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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Saint Calvados, le cheval qui tombe à pic

Courses / 25.02.2018

Saint Calvados, le cheval qui tombe à pic

Par Christopher Galmiche

Saint Calvados (Saint des Saints) est la nouvelle star française en Angleterre. Vainqueur de six de ses sept sorties, il a seulement été battu dans le Prix Amadou (Gr2) par la championne De Bon Cœur XX (Vision d’État). Désormais entraîné par Harry Whittington pour le compte d’Andrew Brooks, il a fait forte impression en remportant le Kingmaker Novices’ Chase (Gr2). Il est désormais l’un des favoris de l’Arkle Chase (Gr1) du prochain Festival de Cheltenham. Une progression constante pour celui qui aurait dû s’appeler Colt Seavers, le héros de la série "L’homme qui tombe à pic". Pour son éleveur belge, Jérémy Buez, Saint Calvados, c’est le cheval qui tombe à pic !

Belge passionné par les courses grâce à son père, Jérémy Buez vit sa passion en famille. Le premier cheval qu’il a élevé est Saint Calvados. D’emblée, ce dernier s’est révélé un cheval de Groupe. Une chance unique pour un éleveur débutant. « Saint Calvados a été notre premier partant de Groupe et notre premier gagnant à ce niveau. C’est une chance incroyable de vivre cela aussi rapidement. Nous espérions qu’il soit black type depuis un certain temps, aussi ressentons-nous sa dernière victoire comme une délivrance. Il a devancé des chevaux de Gr1 à Warwick, et puis il y a sa manière de courir et de sauter... Il franchit les obstacles comme un vrai bon sauteur, en gagnant du terrain. Il a un rythme, une facilité, une amplitude que l’on voit rarement. C’est du pur bonheur ! D’autant qu’auparavant, il y avait eu la mésaventure du Prix Amadou, dans lequel il affrontait De Bon Cœur, qui était aussi invaincue. Il a donné du rythme pour la pouliche et c’était une grande déception. Nous savions que notre poulain avait du potentiel. Déjà, yearling, il était dynamique et bien formé. »

Saint Calvados a débuté en fin d’année de 3ans, à Fontainebleau, pour l’entraînement de Sébastien Culin. Jérémy Buez se souvient : « Lors de sa première sortie, à Fontainebleau, face à des chevaux qui avaient déjà couru, nous étions présents avec mon père et nous ne nous attendions pas à gagner avec une telle avance. Or, il a répété à Cagnes. Nous avions décidé de le préserver pour Auteuil, où il a confirmé devant de très bons chevaux comme Dica de Thaix XX (Voix du Nord). Puis il a bien couru en Angleterre. Doté d'un moral exceptionnel, il est très spectaculaire. Il veut donner du rythme à la course, et la durcit assez rapidement. C'est toujours incroyable de le voir si facile durant ses courses. »

Cheltenham, non pas en touriste, mais en acteur ! L’ambiance de Cheltenham est enivrante. Jérémy Buez a pu y goûter l’année dernière, en simple passionné. En 2018, il va reprendre la direction de l’hippodrome anglais avec la casquette d’éleveur et donc, en tant qu’acteur du Festival. « Nous irons voir courir Saint Calvados à Cheltenham. Ma compagne et moi y étions présents l’an dernier. C’était un cadeau d’anniversaire, le poulain venait de gagner en France. Nous avions rêvé de nous rendre un jour à Cheltenham pour voir courir l’un de nos élèves. Nous ne savions pas que Saint Calvados allait être si rapidement dirigé vers l’Angleterre. Alors, un an après, avoir un partant avec une première chance dans un Gr1… c'est une chance ! »

Saint Calvados devrait être au départ de l’Arkle Chase, face notamment à deux autres chevaux français, Footpad et Petit Mouchoir. « La presse commence à s’emballer fortement autour de lui. À présent, il est clairement un prétendant à la victoire dans l’Arkle, pour lequel il est passé de 60 à 5/1… C’est une des stars qui montent et nous ne connaissons pas ses limites. Nous espérons battre les autres chevaux français ! Tout l’entourage est convaincu que c’est un cheval qui peut faire plus. Pour son entraîneur, il peut commencer à être rallongé car il a beaucoup de potentiel. Peut-être pourra-t-il devenir un cheval de Gold Cup ? Son propriétaire rêve aussi de cette course. Mais… restons humbles. Son propriétaire est déjà comblé par sa grande qualité et par le fait qu'il va courir l'Arkle. À titre personnel, c'est un rêve que je suis en train de réaliser. »

Des désillusions avant les grandes joies de Saint Calvados. Le début de l’article peut laisser penser que tout a été très facile pour Jérémy Buez, sa compagne, Karine, et son père, lorsqu’ils se sont lancés dans l’élevage. Mais c’est loin d’être le cas. « En 2010, nous sommes allés à la vente d’élevage Arqana à Deauville. Nous n’y allions pas spécialement pour acheter une poulinière, mais d’abord pour voir, peut-être acheter un cheval, sans certitude. Mon père et moi avions flashé sur Lamorrese (Pistolet Bleu), sur son gabarit, son origine. C’était Pistolet Bleu et des origines dont mon père m’avait parlé. En termes de modèle, elle représentait ce que nous cherchions. Nous ne pensions pas l’avoir à ce prix [3.000 €, ndlr]. Nous avons levé la main et les choses se sont faites naturellement. Nous étions avec ma compagne et nous nous sommes dit : "On y va !" Elle était pleine d’un produit de Maresca Sorrento, qui est le premier produit que nous avons élevé. Ensuite, nous avons fait le croisement avec Saint des Saints. Nous avions acheté une autre poulinière à Deauville, par Sleeping Car, qui était pleine de Saint des Saints parce que nous voulions absolument un produit de cet étalon. Mais elle a perdu le poulain quelques semaines après les ventes. Pour nous, éleveurs, qui commencions, c’était une vraie déception ! C’est là que nous nous sommes obstinés. Mon père était fan des origines de Cadoudal, d’autant que nous adorions Long Run. Lamorrese venait d’Étreham à la base et monsieur Champion nous a aidés à avoir une saillie de Saint des Saints. Saint Calvados est issu du premier croisement que nous avons fait nous-mêmes. Cette année, Lamorrese était vide de Saint des Saints car elle a pouliné très tard l’année passée. Pour 2018, nous avons reçu de nombreuses propositions depuis la victoire dans le Gr2. Nous avons en tête le nom de deux étalons confirmés et nous allons nous décider rapidement.  »

Les bonnes rencontres au bon moment. La réussite, c’est souvent une histoire de bons choix et de bonnes rencontres, réalisés aux bons moments… Les succès de Saint Calvados en sont une illustration. « Saint Calvados est aussi une belle histoire d’élevage. Il est né avec quelques problèmes. Ce n’était pas un poulain parfait. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Bernard Stoffel, un autre Belge. À force de bonnes pratiques et de bons soins, le cheval a bien grandi et nous avons rapidement eu différentes offres pour lui. Nous l’avons emmené aux ventes de Deauville et nous l’avons racheté et placé chez Jean-Pierre Dubois grâce à monsieur Stoffel. Le cheval a donc été mis à très bonne école. C’est vraiment important de placer le cheval dans de bonnes maisons, qui ont de bonnes pratiques. Pour le préentraînement, monsieur Dubois est une référence en la matière. Ensuite, il a placé le cheval chez Sébastien Culin et celui-ci en a fait un vrai champion. Je le remercie énormément. Je pense que c’est un homme qui connaît bien les chevaux. Il a vraiment façonné le poulain. Monsieur Dubois étant associé à Andrew Brooks, l’objectif était évidemment que le cheval reparte en Angleterre. Car le rêve de chaque Anglais est de courir à Cheltenham. »

Des étalons confirmés pour une poulinière qui l’est tout autant. Avec Lamorrese, la mère de Saint Calvados, le jeune éleveur n’hésite pas à aller à des étalons confirmés car la poulinière, avec le fils de Saint des Saints, a démontré sa qualité au haras… « Lamorrese est très grande, donc pour le croisement, nous avons tenté Saint des Saints à cause de ses origines et de son modèle. Nous avions été influencés par les produits qu’il a donnés. Lamorrese a eu un foal de Brave Mansonnien l’an dernier. C’est un étalon en lequel nous croyons beaucoup. De plus, mon père est fan de Mansonnien, d’où aussi le choix d’aller à Bonbon Rose. Nous allons à des étalons confirmés maintenant car la poulinière est confirmée elle aussi. L’année précédente, nous étions allés à Sageburg. Nous avions eu une magnifique pouliche qui malheureusement s’est tuée une semaine avant la première course de Saint Calvados à Fontainebleau. Auparavant, nous avons eu un poulain de Bonbon Rose qui appartient lui aussi à monsieur Brooks. Il va débuter prochainement en Angleterre. Ce que nous vivons est une énorme chance, j’en suis conscient. Mais c’est aussi le résultat d’une alliance de bonnes pratiques entre l’élevage, le préentraînement, l’entraînement et une gestion du cheval raisonnable. Nous avons la chance de collaborer avec messieurs Stoffel, Dubois, Culin, Brooks, mais aussi avec Richard Powell, avec lequel nous sommes toujours en contact pour certains choix. Nous travaillons aussi avec les étalons du haras de Cercy et monsieur Thiriet, que je remercie de nous donner des conseils. Grâce aux chevaux, nous voyageons, nous faisons de belles rencontres et découvrons la France ! »

Le cheval qui tombe à pic. Si Saint Calvados est désormais le nom officiel du poulain, il ne s’appelait pas ainsi au tout début de sa vie : « À la base, Saint Calvados s’appelait Colt Seavers, le nom du héros de la série "L’Homme qui tombe à pic" dans les années 80. C’était le premier poulain que nous avions nommé. J’ai essayé de baptiser les chevaux avec des noms qui ont façonné mon enfance. En plus, Colt Seavers était un cascadeur. Après les nombreuses déceptions que nous avions eues à l’élevage en commençant, le nom de "L’homme qui tombe à pic" sonnait bien. Monsieur Brooks a ensuite renommé le cheval. Mais pour nous, c’est un peu le cheval qui tombe à pic ! »

Une passion de famille. C’est par l’intermédiaire de son père que Jérémy Buez s’est pris de passion pour les chevaux, les courses et l’élevage. « Mon père est dans les chevaux depuis très longtemps et il a commencé à s’intéresser énormément aux origines des pur-sang lorsque j’étais enfant. Puis il m’a communiqué l’adrénaline des courses. Il y a une dizaine d’années, nous avons commencé à aller à Auteuil. J’ai rapidement pensé que s’investir dans les courses pouvait être un superbe challenge car mon père était plutôt impliqué dans les chevaux de CSO. J’ai vu les courses, l’adrénaline que cela provoque et le bonheur de pouvoir construire un cheval pour l’emmener au plus haut niveau. »

Éleveur sans sol. Jérémy Buez est éleveur sans sol et ses chevaux sont répartis dans différents lieux en France : « Nous sommes basés en Belgique. Il y a très peu de terres disponibles chez nous. Nous avons d’abord acheté Lamorrese. Elle est basée tout près de Deauville, au sud de Lisieux. Mais nous avons différents amis ou connaissances qui prennent nos deux poulinières. Saint Calvados est par exemple né dans l’Orne, chez des amis de mon père. Nous travaillons avec différents haras ou amis pour l’élevage en France. Nous avons la chance que les foals partent rapidement, au sevrage, notamment pour monsieur Brooks. Et dans ce cas, ils continuent à être élevés au haras des Marais ou dans différents endroits. J’ai de la famille en France et nous comptons prochainement acheter une propriété en Normandie, pour éventuellement centraliser les choses. Chez nous, nous reprenons des poulinières réformées. Nous avons aussi repris un 2ans pour le préentraînement. Nous travaillons avec un ami pour cette activité. »