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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

La Sardaigne, l’île aux jockeys, se bat pour ses courses

International / 09.02.2018

La Sardaigne, l’île aux jockeys, se bat pour ses courses

La Sardaigne, l’île aux jockeys, se bat pour ses courses

La Nouvelle-Zélande a une incroyable capacité à sortir des rugbymen de haut niveau. La Sardaigne, qui est aussi une île, c’est un peu la même chose, mais avec les jockeys. La ferveur et la passion des courses y sont très fortes. Malheureusement, la filière hippique locale est en train de subir de plein fouet une décision du gouvernement.

Par Franco Raimondi

 

Les courses en Sardaigne sont en danger et les trois hippodromes de la région sont en état d’alerte, tout comme les milliers d’éleveurs, propriétaires, professionnels et passionnés du cheval qui peuplent l’île. La semaine dernière, le sous-secrétaire du ministère de l’Agriculture, Giuseppe Castiglione, député élu en Sicile, a donné le feu vert pour la répartition des hippodromes en quatre catégories. Dans sa liste, on ne trouve que trois hippodromes stratégiques au galop (Milan, Rome et Merano pour l’obstacle) alors que Pise et Syracuse ont été classés comme institutionnels, c’est-à-dire de deuxième catégorie. Quatre autres hippodromes de galop (Florence, Grosseto, Naples et Varèse) ont reçu l’étiquette commerciale. Tous les autres, dont ceux de Sardaigne, sont dans le collimateur. Ils ont reçu l’étiquette fuori ruolo, c’est-à-dire hors norme.

 

Les trois hippodromes risquent la fermeture. Les critères du classement sont en premier lieu les enjeux dans le réseau des agences hippiques, les pistes et le centre d’entraînement. Les trois hippodromes de Sardaigne (Chilivani, Sassari et Villacidro) sont donc tombés dans la liste des fuori ruolo. En fait, cela signifie que la contribution payée par le ministère de l’Agriculture à tous les hippodromes sera réduite d’un quart et que les trois sociétés de gestion doivent présenter un plan de relance pour 2019 sans lequel leur licence leur sera retirée. Dans l’immédiat, les hippodromes vont perdre à peu près 150.000 de leurs 560.000 € de subventions.

 

Pas assez d’enjeux, comme dans toute l’Italie. Les enjeux sur les courses en Sardaigne sont très faibles, c’est vrai. À tel point qu’en 2017, dans un contexte de crise générale, les paris sur les 181 courses de l’île ont généré 2.715.826 €, c’est-à-dire 15.004 € par course. C’est peu, c’est même très triste. Mais en Italie, certains ont fait pire. Et sans la contribution de l’État, les courses seraient déjà "foutues" depuis cinq ou six ans. Le cumul des enjeux hippiques en Italie est tombé à 515 millions et le taux de retour aux courses avoisine les 8 %. C’est-à-dire que pour payer les allocations, les contributions aux hippodromes, assurer l’ordre et le fonctionnement de la machine du Ministère, il ne reste qu’une quarantaine de millions. C’est donc le Ministère qui paye le reste et chaque course qui se dispute en Italie est subventionnée par l’État.

 

La Région aide des courses. Les trois hippodromes de Sardaigne coûtent assez peu par rapport à d’autres. Les allocations garanties par le Ministère ont été de 633.000 € en 2017, soit une moyenne par course de 3.500 €. Une misère. Depuis trois ans, la Région Sardaigne a décidé d’intervenir avec une subvention de 500.000 € qui a permis de maintenir un calendrier des courses digne, en assurant la survie de l’activité. Gianfranco Ganau, président du Conseil régional de Sardaigne, a adressé une lettre publique au ministre de l’Agriculture, Maurizio Martina : « Il est injuste de pénaliser les trois hippodromes d’une région qui, malgré les difficultés, a beaucoup investi dans l’élevage – surtout des anglo-arabes – et dans la formation professionnelle. Courses et élevage sont très importants dans l’économie de la Sardaigne et c’est pour ça que la Région est en train de proposer un décret pour soutenir le secteur. »

 

L’île du cheval. Le rôle de la Sardaigne dans la filière hippique italienne est bien plus important que ses seules courses. L’île a produit les meilleurs jockeys du pays et les a exportés dans le monde entier. Les anglo-arabes élevés en Sardaigne sont de bon niveau et la grande tradition est bien vivante. Pour comprendre cela, il suffit d’assister une fois à la Sartiglia, la course à l’étoile, une manifestation populaire qui est à l’affiche dimanche et mardi à Oristano. Il y a entre la Sardaigne et les chevaux un lien impossible à couper avec un simple décret du Ministère. Andrea Atzeni est le plus sarde des Sardes, au point que Lanfranco Dettori, fils de Gianfranco (Sarde A.O.C.), l’a surnommé Gavino. Gavino, c’est un peu comme Loïc pour un Breton ou Patchi pour un Basque. Dario Vargiu, cinq fois champion des jockeys, est 100 % sarde, tout comme Fabio Branca. Les frères Mirco et Cristian Demuro sont sardes de deuxième génération. Le sarde est la langue officielle dans les écuries en Italie et il se diffuse un peu partout, comme en Angleterre avec les lads de Godolphin, aux États-Unis où Antioco Murgia exerce sa profession de jockey, et aux Émirats où Antonio Fresu se distingue. En France, Gabriele Congiu, petit-fils du légendaire Gianuario Muroni, a remporté 30 courses en 2017. Paolo Aragoni a gagné en janvier sa première épreuve comme entraîneur. Le jeune homme, mordu des courses, avait commencé sa carrière à 12 ans sur l’hippodrome de Chilivani, avec un Cavallino della Giara, un poney typique de l’île. Les Sardes ont le cheval dans le sang. Ce sont les Irlandais de la Méditerranée.