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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TRIBUNE LIBRE - Où sont les apprentis garçons ?

Courses - Institution / Ventes / 28.02.2018

TRIBUNE LIBRE - Où sont les apprentis garçons ?

Par le collectif de parents d’apprentis et jeunes jockeys garçons

« Nous sommes un collectif de parents d’apprentis et jeunes jockeys inquiets et nous avons une question à poser au président de France Galop : où sont passés les apprentis garçons ?

La présence de ces jeunes hommes sur les programmes de courses des hippodromes français se réduit considérablement depuis quelques mois. Que se passe-t-il ?

Depuis un an, France Galop a décidé d’accorder une décharge de poids supplémentaire aux femmes jockeys. Cette mesure a priori positive devait permettre aux jeunes filles présentes en grand nombre dans les écuries de monter en course. Si le but recherché a été atteint au-delà des espérances, cette décision a eu aussi un effet pervers : les jeunes jockeys et apprentis sont moins sollicités pour monter en course. Ces jeunes garçons pleins d’espoir, qui ont souvent passé trois ou quatre ans à l’Afasec pour devenir jockeys, n’ont plus vraiment la possibilité de s’affirmer dans les pelotons.

Rappelons la règle actuelle en plat : une fille bénéficie de 4,5 kg de décharge quand elle monte pour son maître d’apprentissage, mais également pour les autres entraîneurs. Un garçon bénéficie, lui, d’une remise de 3,5 kg quand il monte pour son patron et de 2,5 kg pour l’"extérieur". Donc les entraîneurs ont vite compris l’intérêt de faire monter quasi exclusivement les filles, en considérant que le poids est l’ennemi de la vitesse et l’avantage déterminant.

Qui ne sait pas en effet que l’histoire du galop est liée au poids, paramètre prépondérant dans les conditions de courses et les résultats sur la piste ? Et si la fonction de handicapeur a été créée, c’est justement pour attribuer une valeur aux chevaux convertie en kilos. Les entraîneurs et propriétaires ont vite compris leur intérêt et s’arrachent les services des filles, excessivement avantagées, au détriment de jeunes garçons qui n’ont plus assez d’atouts pour rivaliser.

D’où les questions suivantes :

- Les garçons, déjà largement minoritaires sur les bancs de l’Afasec, vont-ils disparaître des effectifs de l’école des métiers des courses hippiques ?

- Est-il logique qu’un entraîneur qui a employé un apprenti garçon fasse appel en course à des filles qui ne travaillent pas chez lui pour bénéficier de cette décharge supplémentaire ?

- Si la situation n’évolue pas, n’est-il pas inéluctable qu’après le départ de nos jockeys têtes de liste dans les années à venir, les pelotons deviennent exclusivement féminins ?

- La réduction d’une livre, mise en place début mars, de cette décharge accordée aux femmes, a pour objectif de réduire cette inégalité et cette concurrence qui peut paraître aujourd’hui comme déloyale, mais sera-t-elle suffisante pour redonner une chance aux jeunes garçons de monter en course et de faire carrière dans ce métier de jockey ?

-Si la décharge de poids pour compenser la différence de morphologie entre les hommes et les femmes semble être justifiée dans l’hippisme (seul sport de haut niveau mixte), n’est-ce pas le fait d’avoir cumulé cette décharge féminine à celle des apprentis et jeunes jockeys qui a pour conséquence ce nouveau déséquilibre ?

- Les turfistes aussi, aujourd’hui, ont du mal à ajuster leurs pronostics, tellement les résultats peuvent être faussés par l’avantage accordé aux femmes. Vont-ils pouvoir de nouveau s’y retrouver ?

Quelles que soient les réponses, il semble temps de réaliser un bilan complet de la situation et de réagir afin de rétablir une certaine équité entre les filles et les garçons qui rêvent de faire une carrière de jockey professionnel. Dans un métier où la compétition est reine, il n’est d’ailleurs pas très valorisant que la gent féminine bénéficie d’un avantage aussi important pour s’imposer.

Enfin, à l’heure où la société progressiste réclame à juste titre l’égalité homme-femme, il est paradoxal que le monde des courses doive, lui, se soucier de l’avenir de jeunes hommes qui ne peuvent aujourd’hui lutter à armes égales. »