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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Il y a dix ans naissait Osarus…

Institution / Ventes / 06.02.2018

Il y a dix ans naissait Osarus…

Par Adeline Gombaud

La première vente Osarus a eu lieu en septembre 2008. Dix années se sont écoulées depuis. La petite agence a grandi. Emmanuel Viaud, directeur général de la société, est revenu pour nous sur l’histoire d’Osarus, son évolution et son avenir…

Jour de Galop. – Commençons par le commencement… Quand et comment a débuté l’aventure Osarus ?

Emmanuel Viaud. – En ce qui me concerne, tout a commencé par un coup de fil de Frédérique Lingua, quelques semaines avant la première vente de la toute récente agence Osarus, à La Teste, en septembre 2008. Elle me demandait de venir à la tribune pour faire le commissaire-priseur. À l’époque, je travaillais pour Christophe German, dans sa compagnie d’assurances qui s’appelait encore Le Centaure. Mais j’avais gardé un pied dans les ventes. J’ai appris le métier d’auctionner à l’Agence française, et je continuais de temps à autre. J’ai accepté, bien qu’on m’ait fortement déconseillé de le faire… Finalement, la vente n’avait pas été si ridicule. Lors de cette vente, nous avions adjugé 46 des 68 yearlings inscrits au catalogue, pour un chiffre d’affaires de 464.700 €. Parmi eux figurait celle qui allait devenir la mère de Goken.

Comment est né Osarus ?

Nadja Govaert avait travaillé pour des ventes de pur-sang qui avaient lieu à Lisieux. Frédérique Lingua avait donné un coup de main à l’équipe pour les pedigrees des chevaux et c’est ainsi qu’elles se sont rencontrées. C’est aussi là qu’elles ont connu Guy Blasco. Nadja s’est dit qu’il y avait certainement quelque chose à faire dans le Sud-Ouest…

Quand les avez-vous réellement rejoints ?

Après la première vente à laquelle j’ai participé, je suis resté en contact étroit avec eux. Ils me demandaient souvent des conseils sur l’organisation… En 2011, j’ai eu l’opportunité de prendre des parts dans la société et de devenir cogérant. J’approchais la quarantaine, c’était le bon moment pour me lancer…

C’était une prise de risque ?

Ce n’était en effet pas gagné d’avance ! En 2011, nous avons vécu une année compliquée. Nous avons pris de bonnes décisions, comme celle de passer la vente de La Teste sur deux jours, d’autres moins bonnes. Nous avons payé pour apprendre en quelque sorte. Mais désormais, nous savons où nous voulons aller. Nous recherchons la qualité, plutôt que le nombre.

Quelles sont les relations avec Arqana ?

Nous sommes en contact régulier, au travers des réunions F.R.B.C. par exemple, en échangeant certaines informations. Mais dans le business, nous ne nous faisons pas de cadeaux ! Qu’Arqana nous considère comme un concurrent, je trouve ça plutôt flatteur. Cela veut dire que nous avons acquis une certaine crédibilité. Désormais, certains vendeurs inscrivent directement leurs poulains chez nous.

Votre mariage avec Tattersalls a donné un vrai élan à Osarus. Comment cela s’est-il passé ?

C’est Tattersalls qui est venu vers nous, via Bertrand Le Métayer. Les premiers contacts ont eu lieu en 2012. J’étais comme un apprenti qui monte en province et qui est sollicité par André Fabre ou Jean-Claude Rouget ! Il y a eu ensuite beaucoup de réunions… Tattersalls a décortiqué le marché français et s'est rendu compte qu’il y avait quelque chose à développer. Ce mariage, c’était une formidable opportunité mais aussi beaucoup de pression. Il fallait être à la hauteur.

Concrètement, que vous a-t-il apporté ?

Cela nous a permis d’offrir la garantie de paiement à nos vendeurs, et à 35 jours. C’était une avancée considérable. Tattersalls nous a aussi aidés financièrement pour la construction des boxes de La Teste. Et évidemment, ils nous ont apporté leur réseau. Plus récemment, Nicolas Bertran de Balanda, représentant en France de Tattersalls Irlande, nous a permis de monter la vente 100 % obstacle de Maisons-Laffitte, sur laquelle Arnault Leraitre a aussi beaucoup œuvré. Nous avons avancé étape par étape et nous en avons encore sous le pied, par rapport à la clientèle anglo-saxonne. À la limite, c’est mieux que certains ne soient pas encore venus à nos ventes. Nous n’étions peut-être pas encore en mesure de les recevoir comme il se doit. Maintenant, c’est le cas, et c’est pour cela qu’on peut avoir confiance dans l’avenir.

Vous avez aussi lancé des ventes de trotteurs…

Je suis issu du trot, j’étais même apprenti dans cette discipline. Il existait un monopole d’Arqana Trot sur ce créneau. J’ai expliqué cela à Tattersalls et ils m’ont donné carte blanche. Nous avons commencé à Argentan, pour le côté pratique, la proximité avec de nombreux haras. Mais pour passer un cap, nous avons voulu organiser une vente à Vincennes. Nous y avons vendu deux Ready Cash à plus de 200.000 €… En seulement trois exercices, nous avons sorti de tout bons chevaux, comme Eridan, qui a gagné cinq Grs2 et que Sébastien Guarato aime beaucoup, mais aussi Elea Madrik… Nous avons recruté Arnaud Angéliaume pour s’occuper de cette partie. Il a été entraîneur en Mayenne et a un très bon réseau.

L’équipe Osarus en 2018, c’est qui ?

La grande nouveauté, c’est que nous avons désormais nos propres bureaux à Lisieux. Sophie Fitzpatrick, mon épouse, s’occupe de l’administratif et de la communication, après le départ à la retraite de Frédérique Lingua. François Leforestier gère la comptabilité. Laura Legentil, qui est en BTS, nous aide aussi pour toutes ces tâches. Moi, je me partage entre le bureau et le terrain. Je fais les inspections avec Arnault Leraitre, qui nous a rejoints en janvier dernier. Il est très doué pour juger les chevaux. Nous sommes en train de voir les 2ans pour la breeze up… Arnaud Angéliaume s’occupe du trot. Pour les ventes, nous recrutons aussi des équipes de terrain, qui sont toujours ultra-motivées. Arnaud Angéliaume et Arnault Leraitre gèrent aussi les équipes terrain. Les deux sont très complémentaires.

Votre prochain rendez-vous, c’est la breeze up de La Teste, le 25 avril. Qu’en espérez-vous ?

C’est une vente qui a déjà sorti plusieurs bons chevaux… Notre spécificité, c’est d’avoir une grande majorité de vendeurs français, qui amènent des poulains moins poussés que ne le font les Irlandais. Un cheval comme Rockdale, qui reste sur trois succès consécutifs, en est un bon exemple. Il avait été vendu 52.000 € par le haras de Saint-Arnoult à Marc-Antoine Berghgracht. Mango Tango, placée de Groupe et qui réalise une belle carrière au Qatar, est aussi issue de cette vente. Elle avait été également achetée par Marc-Antoine Berghgracht, pour 50.000 €, au haras de Saint-Arnoult. Si l’on arrivait à un catalogue de 80 sujets de 2ans, cela serait très bien. Je veux avant tout miser sur la qualité. Cette vente a sans doute un potentiel de progression important.

Plus globalement, quels sont vos objectifs pour l’année 2018 et celles à venir ?

Nous sommes sur une bonne dynamique, avec des bons résultats en course, compte tenu du volume de chevaux que l’on vend, ce qui génère la confiance des acheteurs et des vendeurs. Je pense aux cinq gagnants de Gr1 en obstacle que nous avons vendus, Punch Nantais, Gémix, Capivari, Master Dino et Royal Boy. Je pense aussi à Sands of Mali, élu meilleur 2ans né en France et entraîné en Europe, à Itsinthepost, qui a gagné son cinquième Gr2 aux États-Unis, à Cavale Dorée, qui fut l’une des meilleures 2ans de sa génération… J’espère que les espoirs que sont Cœur de Beauté et Tigre de Terre prendront le relais cette année. Je souhaite que l’on continue d’évoluer progressivement. La vente aux Rouges Terres, chez Louis Baudron en 2017, a aussi prouvé que nous savions monter une vente de toutes pièces chez un particulier. C’est une autre facette de nos compétences. Je pense aussi que la vente 100 % obstacle a un vrai potentiel En 2017, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 9,5 millions d’euros, galop et trot confondus. J’espère que dans dix ans, nous ferons la même interview et que nous approcherons les 20 millions d’euros !