À LA UNE - À dada sur son canard

Courses / 26.03.2018

À LA UNE - À dada sur son canard

Par Adrien Cugnasse

Dans quelques jours, un nouveau magazine consacré aux courses va faire son apparition en kiosques : Dada. Personne ne sait ce qu’on l’y trouvera, mais sa ligne rédactionnelle devrait être décalée, déjantée, inédite…  puisque l’éditeur de Dada n’est autre que le créateur de SoFoot. Ce que vous allez lire est la première interview de Franck Annese dans un média hippique.  

Jour de Galop. –  Pourquoi lancez-vous Dada ?

Franck Annese. – On m’a raconté pas mal d’histoires qui avaient pour cadre les courses hippiques. Et quand plusieurs personnes te parlent du même sujet sur une période très courte, cela attire l’attention. Nous nous sommes alors dit que ces histoires méritaient d’être traitées. C’est déjà ce qui s’était passé pour plusieurs magazines que nous avons lancés, dont Pédale ! [un magazine consacré au vélo, ndlr]. Pourtant nous n’étions pas spécialistes du cyclisme. Et c’est donc le même processus qui a abouti à la création de Dada. Je ne connais pas très bien le monde des courses. Si ce n’est que j’ai eu l’occasion d’approcher un peu ce milieu alors que je travaillais pour une boite de production. L’objectif était de créer une série sur ce sujet. J’avais donc un peu gravité autour des hippodromes à ce moment-là. Ce fut l’occasion d’observer ce monde et de commencer à écrire. Mais cela restait une approche assez superficielle. Plus récemment, des amis qui connaissent un peu le monde du cheval m’en ont reparlé. Ils m’ont raconté des histoires assez extraordinaires qui m’ont interpellé, au sujet de jockeys, d’éleveurs, de parieurs… En grattant un peu, je me suis rendu compte que les courses regorgent d’histoires intéressantes. Et elles correspondent en tous points au style de sujets que nous aimons traiter dans les différentes publications du groupe SoPress. Ce sont des histoires très humaines et il n’y a pas forcément besoin d’être spécialiste pour les écrire et pour les apprécier. Si on veut faire mouche, l’important, c’est de bien savoir raconter des histoires.

Comme vous le savez, un certain nombre de publications ont échoué avant vous. On pense notamment à Of Course

Avec Dada, nous nous lançons la fleur au fusil. Nous n’avons pas fait d’étude de marché. Mais de toute façon, nous n’en faisons jamais. Ce sera un trimestriel et nous verrons bien ce que ça va donner. Le premier numéro est vraiment cool. Le rédacteur en chef s’appelle Marc Hervez. Il est en face de moi en ce moment-même et il porte une doudoune du plus bel effet. (rires)

Dada sera à cheval entre les courses hippiques et les sports équestres ?

Dada traitera du cheval en général, mais il sera très largement orienté vers les courses. Nous ne sommes fermés à rien et il y aura peut-être un jour un article sur le polo. Mais c’est vraiment dans les courses qu’il y a le plus de sujets à traiter, le plus d’histoires à raconter. Dans la compétition hippique, on retrouve un esprit de performance que l’on peut apparenter à celui de la Formule 1. C’est une compétition acharnée et le cheval, qui est un véritable bolide, doit être ménagé et préparé en vue d’un objectif, d’une performance. Les courses hippiques sont riches d’aventures véritablement épiques. C’est moins le cas dans les sports équestres. Mais cela ne nous empêchera pas de faire un article, de temps en temps, sur l’équitation. C’est le cas dans le premier numéro.

Justement, quel sera le contenu du premier numéro, à paraître au mois d’avril ?

C’est plus drôle de laisser les gens découvrir par eux-mêmes ! Dans tous les cas, cela sera assez surprenant. Il y a des sujets qui vont certainement apparaître comme assez classiques, peut-être un peu attendus. Mais d’autres ne le seront pas du tout.

Certains journalistes de votre équipe sont-ils des spécialistes des courses ?

Nos journalistes apprennent à connaître un sujet en le traitant, en fabriquant le journal. Nous fonctionnons toujours comme cela. Nous n’avons pas la prétention de devenir des spécialistes. Nous nous intéressons à des histoires en creusant de toutes parts, avec une approche un peu candide. Presque pure. Nous sommes débarrassés de toute relation, de toute amitié avec les gens du milieu. D’ailleurs, bien souvent, nous ne les connaissons pas. Cette liberté, cette fraîcheur, peut se révéler salvatrice. À partir de là, au bout d’un moment, même les spécialistes apprennent des choses en lisant nos papiers. Et ceux qui ne sont pas calés sur le sujet, ou qui n’ont qu’un intérêt limité pour la question, sont là pour lire de bonnes histoires.

Je ne connais rien au football et ce n’est pas un sport que je suis. Pourtant, il m’arrive d’acheter SoFoot. Pensez-vous que Dada sera capable de cela, en attirant un public qui connaît mal les courses ?

Je ne sais pas, mais en tout cas je l’espère. Parmi les acheteurs de SoFoot, tous ne deviennent pas de fervents supporters. Mais en tout cas, cela les intéresse de lire des histoires sur le football. Et ils apprennent des choses sur un milieu qu’ils connaissent souvent finalement assez mal. Cela fait tomber quelques préjugés et c’est toujours bien.

Il faut ouvrir le monde des courses hippiques à ceux qui seront peut-être un jour des fans. C’est ce que nous avons fait pour le football ou le cyclisme. Le vélo, au départ, je n’y connaissais rien. Pourtant, Pédale ! est aujourd’hui presque devenu un magazine culte. Y compris pour les vrais connaisseurs de cyclisme. Ce que nous avons réussit avec Pédale !, nous allons essayer de le réussir avec Dada.

Et vous-même, aviez-vous quelques réticences en abordant l’univers des courses de chevaux ?

J’ai rarement des réticences car j’essaye de ne pas avoir d’a priori. Bien souvent, au départ, je suis une personne assez enthousiaste. Concernant les courses, j’y vois surtout un milieu intéressant, marrant et un peu fou, avec un véritable potentiel.

L’étoile montante des médias français

Bien que diplômé de l’Essec [une des deux plus grandes écoles de commerce en France, avec HEC, ndlr], Franck Annese ne correspond pas franchement au portrait-robot du patron. Casquette sur la tête et baskets au pied, on l’imagine plus derrière la batterie d’un groupe de garage rock ou à diriger une start-up de jeux vidéos. Pourtant, après une quinzaine d’années dans la presse, ses qualités d’éditeur et de journaliste ne sont plus à démontrer. Dans un secteur économiquement sinistré – la presse papier grand public –, il a lancé avec succès une série de magazines reposant sur des articles aux angles originaux, une titraille déjantée et des unes léchées. SoFoot, Doolittle (pour les enfants), Pédale !, SoFilm, Society, The Running Heroes Society (course à pied), Tampon ! (rugby), c’est lui !

Sa recette ? Les trois H : Humour, Histoire, Humain. En 2016, il décroche le Trophée de l'entrepreneur de la décennie aux Trophées de l'innovation presse. Et lorsque le journaliste David Abiker lui demande : « Quand vous perdez de l’argent, qui souffre ? », il répond : « Nous ne nous perdons pas d’argent ! Si un titre est déficitaire, nous l’arrêtons, car nous n’avons pas les moyens de combler des pertes. Nous n’avons pas d’actionnaires, pas de dividendes à verser et si nous terminons une année à l’équilibre, cela nous convient. L’aventure a débuté avec 450 € de capital. Notre logique est simple : nous lançons des magazines avec des rentabilités très courtes. L’argent gagné avec un projet finance le suivant. Sur les treize premières années de fonctionnement, nous n’avons pas emprunté un euro. Au départ, c’était une aventure qui nous faisait marrer, avant de nous rendre compte que nous pouvions en vivre. Dans un deuxième temps, nos amis et nos familles nous ont rejoints. En sachant que nous touchons à beaucoup de choses, de la publicité au cinéma, de la presse à la télévision. »

Franck Annese est également auteur pour l’humoriste Thomas N'Gijol, pour Antoine de Caunes (cérémonie des Césars) et pour Le Grand Journal.