Chautauqua, le champion qui en avait marre

International / 19.03.2018

Chautauqua, le champion qui en avait marre

Par Franco Raimondi

Chautauqua (Encosta de Lago) en a marre. Lundi matin, à Cranbourne, le vieux champion du sprint australien a refusé pour la quatrième fois consécutive de prendre le départ d’un barrier trial. Il a pris sa place dans la stalle numéro cinq, il a attendu tranquillement le signal et il est resté là, mué en cheval de bois, sans bouger une oreille. Quand les autres étaient déjà loin, avec l’aide d’un lad, il est sorti au pas, presque endormi, et il est rentré à l’écurie au petit trot. Il n’a plus envie de courir, ou tout simplement il ne prend plus plaisir à participer à ces fausses courses le matin.

Il a perdu son pilote. Le problème, c’est que les commissaires ont décidé qu’il devait passer deux tests aux boîtes et donner entière satisfaction avant de s’aligner à nouveau dans une vraie course. Dura lex, sed lex… Notre ami Chautauqua a perdu son fidèle pilote, Tom Berry, quand ce dernier a déménagé à Hongkong l’été dernier. Depuis, il a couru quatre fois sans gagner et a enchaîné les malheurs. En octobre, après un parcours malheureux (lire une mauvaise monte de Brenton Avdulla) dans The Everest où il s’est classé quatrième, il a été scratché aux boîtes avant les Manikato Stakes (Gr1), devant une tribune qui n’attendait que lui. Un cheval à côté de lui avait fait le fou et Chautauqua avait donné un coup dans les boîtes. D’après la vétérinaire du Racing Victoria, Grace Forbes, il était boiteux, son entourage n’était pas d’accord mais les commissaires ont donné raison à la vétérinaire : Chautauqua non partant et bronca de la foule.

Deux trials et deux refus en vingt minutes. Le cheval a peut-être compris qu’on se moquait de lui…  Le changement de jockey lors de sa sortie suivante, le Darley Classic (Gr1), n’a pas été payant. Il est parti en vacances, comme d’habitude, puis a repris l’entraînement. Il a passé un premier trial début février, sans problème, et il s’est présenté à Royal Randwick pour peaufiner sa condition dans un autre trial. Chautauqua a battu un record : il est resté immobile dans sa stalle lors du trial numéro trois et, vingt minutes après, il a répété… C’est alors que les commissaires, en suivant le règlement, ont demandé les fameux tests sur deux trials. Il a essayé à Rosehill avec le même résultat.

De Sydney à Melbourne, même résultat. Son entourage a alors décidé de le déplacer de Sydney à Melbourne pour lui changer les idées. Il est plutôt têtu ce Chautauqua et il a refusé le départ pour la quatrième fois, avec un nouveau jockey – Dwayne Dunn – sur son dos. Le cheval est parti tout de suite à la campagne en attente d’une décision de son entourage. Lundi soir, Wayne Hawkes, qui entraîne The Grey Flash avec son père John et son frère Michael, a expliqué dans l’émission After the Last son point de vue : « C’est un cheval de course, il est né pour courir et il est hongre, donc pas de haras. Il a 7ans et il a couru trente-deux fois, ce n’est pas beaucoup. Il est sain, il a passé plusieurs tests, il a été vu par plusieurs vétérinaires et kinés. Ses propriétaires ont payé des notes très chères. Tout est parfait. »

Un cheval de cowboy. Chautauqua n’a jamais été un cheval facile à entraîner, comme l’a redit Hawkes : « Il est même très difficile à seller parce que lorsque la course arrive, il s’enflamme. Le matin, il est plus tranquille. » Même trop et John Hawkes a défendu son travail et celui de ses collaborateurs : « Le cheval est allé à la campagne et on a pris soin de lui. Il travaille régulièrement, il va à la plage, il saute aussi quelques haies pour se détendre et on l’a même utilisé pour trier le bétail… On l’a essayé aussi dans les boîtes et à chaque fois, il en sort comme une gazelle. »

Monty Roberts, non merci… L’entraîneur a refusé l’idée de demander de l’aide à Monty Roberts ou à ses élèves. « Ça serait comme appeler un pédiatre pour une vieille personne. Chautauqua est fait à sa façon et il n’est pas le premier cheval qui a perdu l’envie. Je peux en citer plusieurs qui l’ont retrouvé, comme le champion Octagonal (Zabeel) qui était chez mon père. » Les réseaux sociaux ont submergé le pauvre Hawkes de conseils, comme celui d’amener Chautauqua à Mooney Valley pour un barrier trial lors d’une nocturne le vendredi. Il a répondu : « Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, un hippodrome plein de gens qui boivent du champagne et font du bruit, ce n’est pas l’ambiance idéale pour garder tranquille un cheval… »  Toute l’Australie cherche à comprendre et à donner des suggestions pour résoudre le cas Chautauqua. Tous se sentent vétérinaires, dresseurs, magiciens des chevaux. Un mélange de Bartabas et d'André Fabre. Il faut se mettre dans les sabots de Chautauqua, un cheval de 7ans qui a gagné cinq Grs1 et presque neuf millions de dollars australiens, et qui a gardé sa santé et probablement aussi ses moyens. Un jour, il a découvert qu’il était possible d’avoir une belle vie même sans travailler. Que feriez-vous à sa place ?  Le vieux en a marre.