CHELTENHAM 2018 - L’élevage français est le meilleur et les chiffres le prouvent

Élevage / 17.03.2018

CHELTENHAM 2018 - L’élevage français est le meilleur et les chiffres le prouvent

CHELTENHAM 2018

L’élevage français est le meilleur et les chiffres le prouvent

Au-delà du challenge anglo-irlandais de l’entraînement, le festival de Cheltenham accueille un autre "match dans le match", celui de l’élevage et du commerce. Et en 2018, selon les chiffres, ce sont les "FR" qui ont connu la meilleure réussite…

Par Adrien Cugnasse

De l’autre côté de la Manche, le rêve de tout propriétaire est de voir ses couleurs s’imposer à Cheltenham, devant une foule en délire (et parée de tweed). D'ailleurs, plus de 260.000 spectateurs s’étaient déplacés cette année. Un record. Dès lors, la pression est énorme pour tous les acteurs de la filière de l’obstacle anglo-irlandais… qui savent qu’il faut gagner à Cheltenham, car c’est dans cet objectif que les propriétaires investissent tout au long de l’année. Pour un entraîneur, un courtier, un éleveur ou un étalon, une victoire à Prestbury Park, surtout au niveau black type, change considérablement la donne. Traditionnellement, c’est l’élevage irlandais qui dominait la discipline. Mais l’arrivée des chevaux français a considérablement changé la donne ces dernières décennies et l’édition 2018 s’inscrit dans cette tendance.

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La France remporte la bataille de l’élevage. Notre étude se base sur les 23 courses d’obstacles black types de Cheltenham. Avec 10 victoires, l’élevage français réalise le meilleur score de ces dernières années. Et il fait jeu égal avec l’Irlande qui compte également 10 succès. L’Angleterre est loin derrière avec seulement trois victoires. Le fait que la France atteigne un tel score est d’autant plus remarquable que les "FR" sont minoritaires parmi les engagés des épreuves de notre étude (31,8 %), alors que les "IE" représentent un peu plus de la moitié des chevaux présents sur le programme du festival (50,3 %). Le taux de réussite à Cheltenham des chevaux élevés dans l’Hexagone est donc largement supérieur à ceux qui ont vu le jour en Angleterre et en Irlande.

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Et pourtant, le contexte n’est pas favorable aux français. Si on élargit l’étude au podium des 23 épreuves black types du festival, l’équilibre entre nations d’élevage est mieux respecté, avec un léger avantage pour les irlandais. Pourtant, la valeur de l’élevage hexagonal est renforcée par deux éléments. Il y a bien sûr la taille des générations. En 2016, selon les chiffres de la Fédération Internationale des Autorités Hippiques, l’Irlande comptait 9.400 naissances de galopeurs, contre 6.400 en France (environ 5.400 pur-sang anglais et 1.000 AQPS) d’après les données fournies par le SIRE. D’autre part, la majorité des meilleurs chevaux élevés en Irlande visent Cheltenham, qu’ils soient entraînés en Grande-Bretagne ou sur leur île de naissance. Ce n’est pas le cas des "FR". Malgré les nombreuses exportations, une grande partie de la production reste à l’entraînement… en France et vise Auteuil !

LES PODIUMS DES ÉPREUVES BLACK TYPES DE CHELTENHAM 2018

FR - IE - GB - Autre

Partants par pays d’élevage - 114 - 180 -  57 -  7

Partants par pays d’élevage (%) 31,8 - 50,3 - 15,9 - 2,0

Podium par pays d’élevage (%) 31,9 -  52,2 - 14,5 - 1,4

Également la victoire du dressage français ? Il est intéressant d’étudier le parcours des 15 "FR" ayant remporté une course black type en 2017 et en 2018 à Cheltenham. Quatorze d’entre eux ont été formés par un entraîneur français avant de franchir la Manche, alors même que les exportations de chevaux d’élevage sont très nombreuses. Cela atteste donc de la plus-value apportée par les qualités de préparation et de dressage des entraîneurs français. On notera que 3 de ces 15 lauréats sont passés chez Emmanuel Clayeux.

LES "FR" LAURÉATS DE BLACK TYPE À CHELTENHAM EN 2017 ET 2018

Cheval - Âge d’exportation - Premier entraîneur (pays)

Apple's Jade - Cheval à l’entraînement - Emmanuel Clayeux (FR)

Balko des Flos -  Store - Willie Mullins (IE)

Bénie des Dieux - Cheval à l’entraînement - Isabelle Gallorini (FR)

Bleu Berry - Cheval à l’entraînement -  Éric Vagne (FR)

Buveur d'Air - Cheval à l’entraînement - Philippe Chemin (FR)

Coo Star Sivola -  À l’élevage - Nick Williams (GB)

Défi du Seuil - Cheval à l’entraînement -  Emmanuel Clayeux (FR)

Delta Work Cheval - à l’entraînement -  Emmanuel Clayeux (FR)

Farclas - Cheval à l’entraînement - Jean-Michel Lefebvre (FR)

Footpad - Cheval à l’entraînement -  Robert Collet (FR)

Labaik - Cheval à l’entraînement - John Hammond (FR)

Laurina - Cheval à l’entraînement - Guillaume Macaire (FR)

Le Prezien - Cheval à l’entraînement - Thomas Trapenard (FR)

Let's Dance - Cheval à l’entraînement - Guillaume Macaire (FR)

Un de Sceaux - Cheval à l’entraînement - Fabrice Foucher (FR)

Le meilleur hurdler de Cheltenham 2018 est un "FR". Contrairement aux Français, les professionnels et le public anglo-irlandais accordent une grande importance aux ratings, en plat comme sur les obstacles. Dès lors, leur étude fait sens dans le cadre de Cheltenham. Selon les ratings attribués par les échellistes du Racing Post, c’est Buveur d’Air (Crillon), avec une valeur de 167, qui a réalisé la meilleure performance sur les haies durant le festival, en conservant son titre dans l’Unibet Champion Hurdle Challenge Trophy (Gr1). Dans le top 10 des hurdlers de Cheltenham 2018, on ne trouve que deux "FR", dont Mick Jazz (Blue Brésil), troisième de la course remportée par Buveur d’Air et crédité d’un Racing Post Rating de 162.

Les "FR" dominent sur le steeple-chase. Les deux meilleurs chevaux sur les gros obstacles lors du Festival 2018 sont irlandais de naissance. Il s’agit d’Altior (Queen Mother Champion Chase, Gr1), avec un rating de 183 et Native River (Cheltenham Gold Cup, Gr1) à 178. Mais dans cette discipline, le top 10 est dominé par les français de naissance qui sont au nombre de cinq, contre quatre irlandais et un anglais. Les cinq "FR" sont Min (deuxième du Queen Mother Champion Chase, Gr1, à 176), Balko des Flos (Ryanair Chase, Gr1, 173), Footpad (Arkle Challenge Trophy Novices' Chase, Gr1, 172), Anibale Fly (troisième de la Cheltenham Gold Cup, Gr1, 170) et Un de Sceaux (deuxième du Ryanair Chase, Gr1, 169).

La réussite de Coolmore et des sauteurs chez les étalons. En Irlande, le marché des saillies de pères de sauteurs est colossal. D’ailleurs, on a parfois tendance à oublier que la famille Magnier a commencé sur ce créneau. Un de leurs premiers bons reproducteurs fut un cheval acheté en France, et qui plus est, un lauréat à Auteuil ! En effet, Fortina (Formor) s’était classé deuxième du Grand-Steeple Chase de Paris en 1946. Après son exportation, il a ensuite gagné la Cheltenham Gold Cup. Pour le compte de la famille Magnier, il est devenu un étalon très important. Il est le seul lauréat de la Gold Cup de Cheltenham à avoir engendré un lauréat de cette épreuve, ce qu’il a fait à deux reprises. Près de sept décennies plus tard, les étalons de Coolmore sont encore bien présents sur ce marché et les sauteurs sont toujours aussi efficaces pour produire… des sauteurs. En 2017, dans l’Hexagone, selon France Galop, seulement 85 entiers ont couru sur les obstacles. C’est très peu et ce chiffre est en réalité plus faible, car certaines castrations sont déclarées avec du retard. Dès lors, le fait que quatre des six étalons français les plus présents à Cheltenham soient des sauteurs tient du miracle (Robin des Champs, Blue Brésil, Denham Red, Kapgarde…) ! De même, l’irlandais de naissance Native River, gagnant de la Gold Cup 2018, est un fils d’Indian River (Cadoudal) qui avait remporté le Prix du Président de la République (Gr3) à Auteuil.

LES SIRES LES PLUS PRÉSENTS À CHELTENHAM EN 2018

Étalons - Descendants (*) - Lieu de monte (Pays)

Oscar - 5 - Coolmore (IE)

Presenting - 4 - Glenview Stud (IE)

Robin des Champs -  4 - Haras de Saint-Voir (FR) puis Glenview Stud (IE)

Bob Back -  3 -  Burgage Stud (IE)

Flemensfirth - 3 - Coolmore (IE)

Old Vic - 3 - Sunnyhill Stud (IE)

Sadler's Wells -  3 - Coolmore (IE)

Supreme Leader - 3 -  Coolmore (IE)

(*) En tant que père et en tant que père de mère

LES ÉTALONS FRANÇAIS LES PLUS PRÉSENTS À CHELTENHAM EN 2018

Étalons - Descendants (*) - Lieu de monte (Pays)

Robin des Champs -  4 -  Haras de Saint-Voir (FR) puis Glenview Stud (IE)

Assessor - 2 - Haras Nationaux (FR)

Blue Brésil - 2 - Haras de la Croix Sonnet (FR) puis Yorton Farm (GB)

Denham Red - 2 -  Haras de la Rousselière (FR)

Kapgarde - 2 -  Haras de la Hêtraie (FR)

Video Rock -  2 - Haras Nationaux (FR)

(*) Avec au moins deux "FR", en tant que père et en tant que père de mère

George Strawbridge à Cheltenham ? En tant qu’éleveur et en tant que propriétaire, George Strawbridge a des ambitions classiques. Il aime courir les épreuves de tenue lorsque ses élèves en ont les capacités. Ses couleurs et son élevage se sont notamment distingués grâce à Montare (Prix Royal-Oak), Lucarno (St. Léger), Turgeon (Irish St. Léger & Prix Royal Oak), Presenting (3e du Derby d’Epsom), Oscar (2e du Prix du Jockey-Club sur 2.400m)… Dès lors, il n’est pas étonnant de constater que ces trois derniers sont devenus de très bons étalons d’obstacle. En outre, Oscar et Presenting sont deux des sires les plus présents à Cheltenham en 2018. À l’image des Strawbridge, la tenue est majoritaire parmi les 13 étalons de notre échantillon. Outre les sauteurs de la liste (Robin des Champs, Blue Brésil, Denham Red, Kapgarde…), alors que tout type d’étalons est utilisé pour produire en obstacle, il faut noter les performances d’Assessor (Prix Royal Oak & du Cadran), Video Rock (2e du Prix Niel), Old Vic (Derby d'Irlande & Jockey Club sur 2.400m), Sadler's Wells (2e des King Georges et du Jockey Club sur 2.400m), Bob Back (2e du Derby Italien)… L’exception semble venir de Flemensfirth (Prix Lupin, Premio Roma, Prix Dollar, deux fois), lauréat de quatre Groupes sur 2.000/2.100m, qui n’avait pas confirmé pour sa seule tentative sur plus long. Pour tous les étalons de notre liste où cette information était aisément vérifiable, l’aptitude au terrain souple était bien présente.