Hommages à Trempolino et Poliglote

Élevage / 19.03.2018

Hommages à Trempolino et Poliglote

Charles-Henri de Moussac : « Nous devons beaucoup à Trempolino »

«  Trempolino a une place à part dans notre famille et au Mézeray. C’est grâce à lui que le haras a acquis une reconnaissance internationale. Il a fait partie des premiers yearlings que nous avons envoyés chez André Fabre, et c’est à partir de ce moment que notre casaque a pris une dimension classique. J’avais poussé mon père à le faire. Trempolino était né aux États-Unis, car c’était l’époque où nous envoyions des juments à la saillie d’étalons américains. Mon père et Antoine Bozo avaient acheté sa mère, Tréphine, à madame Couturié. Il était revenu foal au Mézeray, et avait été débourré et préentraîné chez nous. C’était un cheval de taille moyenne, avec beaucoup d’influx. Il était souvent mouillé avant la course. Je pense qu’il tenait son caractère de son grand-père maternel, Viceregal. Il y a encore quelques années, il pouvait vous attraper le bras quand vous veniez le caresser ! C’est peut-être grâce à ce caractère qu’il a vécu si vieux. Il avait débuté dans le Prix de Caen, à Deauville. Il pleuvait des cordes, au point que nous étions en bottes au rond de présentation ! Il avait gagné en faisant impression. Il avait tendance à brûler son énergie devant. Il avait besoin de courses avec beaucoup de rythme. C’est peut-être ce qu’il lui a manqué dans le Jockey Club, où Natroun, formidablement monté par Yves Saint-Martin, était venu le crucifier au poteau. Pendant l’été, le cheval a connu des problèmes de dos, et il ne montrait plus sa valeur du printemps. Dominique Giniaux, l’un des maîtres de l’ostéopathie équine, l’avait soigné, et le cheval avait retrouvé son niveau à l’automne. Je me souviens qu’après le Prix Niel, Pat Eddery, l’un des cracks jockeys de l’époque, avait réservé sa monte dans l’Arc auprès de mon père. C’est dire si sa victoire l’avait impressionné. Le cheval a ensuite été courir le Breeders’ Cup Turf, où il n’a été battu que par Theatrical. Nous avions vendu la moitié du cheval à Bruce McNall avant l’Arc. Après la Breeders’ Cup, il fut syndiqué et débuta la monte à Gainesway, au Kentucky. Il y est resté treize ans. Je l’ai ramené en France en 2000. C’est là qu’il s’est vraiment révélé. Il a donné des chevaux de plat de tout premier plan comme Valixir, Vadapolina, Dernier Empereur, Trampoli, Juvenia. Avec le temps, sa jumenterie s’est diversifiée et il a produit superbement en obstacle.

Nous sommes tous un peu tristes de le voir partir. C’est un cheval qui nous a énormément apporté et nous l’en remercions, là où il est ! »

Pierre-Yves Bureau : « La disparition de Poliglote, c’est une page qui se tourne »

« La disparition de Poliglote, c’est une page qui se tourne, tant il nous a apporté de joies, notamment par le biais de Solemia.

Ce fut d’abord un super 2ans, et j’ai encore en mémoire sa victoire dans le Critérium de Saint-Cloud. Il n’a pas démérité ensuite, puisqu’il a été notamment deuxième du Jockey Club. C’était un cheval très généreux. Après sa victoire dans le Grand Prix d’Évry, à 4ans, nous l’avons envoyé poursuivre sa carrière aux États-Unis, comme nous le faisions souvent à l’époque. Son caractère fougueux a sans doute joué dans le fait qu’il ne s’est pas adapté à ce nouvel environnement. Ses débuts au haras n’ont pas été fracassants, pour plusieurs raisons. Il avait été un peu oublié par les éleveurs, il n’était pas très grand, c’était un cheval de distance… Mais il avait pour lui un superbe pedigree. Notre grande fierté est qu’il fut tête de liste en plat et en obstacle la même année, quand Solemia a gagné l’Arc. Nous croyions beaucoup dans le croisement avec Brooklyn’s Dance, une jument assez grande, et Solemia nous a donné raison. Poliglote a produit beaucoup d’autres chevaux black types en plat, avant de se révéler comme étalon d’obstacle. Les éleveurs ont très bien compris comment l’utiliser, et le haras d’Étreham s’en est merveilleusement occupé. »

Nicolas de Chambure : « Il apportait son influx à la jumenterie d’obstacle »

« C’est bien triste. Poliglote nous a apporté beaucoup de joie, à la fois en plat et sur les obstacles. Avoir été tête de liste sur les deux fronts, c’est formidable. Il est arrivé avant Saint des Saints, à une époque où l’obstacle était moins présent au haras d’Étreham. À la fin des années 1990, il était possible d’essayer de lancer ce type d’étalons, car les éleveurs français recherchaient moins la vitesse. Malgré tout, Poliglote était lauréat de Gr1 à 2ans sur 2.000m. Aujourd’hui, ce serait plus difficile. Il avait par ailleurs un remarquable pedigree, étant issu de Sadler’s Wells et d’une grande famille Wertheimer. Pendant quelques années, il a fait avec succès la double saison de monte avec l’Amérique du Sud, où sa production a connu une très bonne réussite. Nous n’avons pas poursuivi l’aventure pour des questions d’instabilité des structures et du marché. En plat, on lui doit un certain nombre de black types, y compris sur 1.600m. Une partie de ces chevaux se sont reconvertis en tant que sauteurs et, petit à petit, sa clientèle est devenue 100 % obstacle. Néanmoins, les frères Wertheimer ont continué à le soutenir et c’est ainsi qu’a été conçue la gagnante d’Arc Solemia. Plus tard, on s’est rendu compte que la lignée de Sadler’s Wells réussissait bien en obstacle. On peut certainement dire que Poliglote, très racé et typé Sadler’s Wells, apportait un certain influx à la jumenterie d’obstacle. À présent, on mesure la réussite des étalons qui ont gagné sur les obstacles, comme Saint des Saints. Mais ils sont extrêmement rares. Dès lors, il faut se tourner vers des chevaux qui ont gagné en plat et qui présentent un certain nombre de critères convenant pour l’obstacle, en termes de pedigree, de tenue, de dureté… C’était le cas de Poliglote et c’est ce que nous essayons de faire avec Masked Marvel (par le père de père Montjeu), qui représente lui aussi la lignée mâle de Sadler’s Wells, et avec Kamsin (Samum), qui représente celle de Monsun. Chacun a sa méthode et personne n’a de boule de cristal, mais ces critères apportent une certaine garantie. »