LE MAGAZINE - Al Capone II, les origines de son impressionnante aptitude au saut

Courses / 20.03.2018

LE MAGAZINE - Al Capone II, les origines de son impressionnante aptitude au saut

 

Par Adrien Cugnasse

Al Capone est encore aujourd’hui un des chevaux de course les plus connus du grand public. Cette célébrité résulte de son palmarès, de son histoire romanesque mais aussi de son style inimitable sur les obstacles. Cet AQPS était un sauteur hors normes… et c’était tout sauf le fruit du hasard.

Combien d’étalons ont été capables de produire au meilleur niveau, à la fois dans les sports équestres et au galop, dans l’histoire de l’élevage français ? Très peu. Presque aucun même. On peut citer Mourne (Vieux Manoir), Caro (Fortino), Verdi (Maurepas)… et Italic (Carnaval). Le père de l’inoubliable Al Capone II (Italic) a lui aussi une histoire hors norme.

Italic, un étalon comme il n’y en aura plus jamais. Né chez Bernard Cyprès en 1974, d’une très bonne origine familiale, Italic était un AQPS. Le fait qu’il soit resté entier faisait déjà de lui une rareté. Mais son originalité n’a fait que croître tout au long de sa carrière. Entraîné par Luc Cacquevel, ce gros sauteur a gagné en plat, en cross-country et en steeple-chase. C’est encore plus rare pour un entier. À Auteuil, sur les gros obstacles, il s’était notamment imposé dans le Prix Uncas. Proposé à une commission d’achats de l’armée, il fut refusé pour d’obscures raisons et renvoyé à ses propriétaires. Son avenir était donc au haras, mais au début des années 1980, les étalons AQPS et les gagnants sur les obstacles n’étaient pas très populaires. Si bien qu’il n’a pas dépassé les dix produits annuels lors de ses six premières saisons de monte.

Une production exceptionnelle. Mort à 16ans suite à une rupture du diaphragme, Italic n’a laissé derrière lui que 150 produits. Une bonne trentaine a été orientée vers les sports équestres. En tenant compte des accidentés, il ne restait donc pas grand-chose pour courir. Pourtant, la réussite des Italic sur les obstacles fut flamboyante. Outre Al Capone II, on lui doit également The Fellow (Gold Cup de Cheltenham, Gr1, King George VI Rank Chase, Gr1, deux fois, Grand Steeple-Chase de Paris, Prix La Haye Jousselin…), Antonin (Grand National Trial Handicap Chase, Gr3, Ritz Club National Hunt Handicap Chase, L, Racing Post Handicap Chase, Gr3), Quinoa de Saisy (placée de Listed), D'Italic (placé de Listed) Chaoui (deuxième du Prix Lutteur III, L), Tudor des Salines (Prix Gaston de Bataille, L)…

Un père de mère de premier plan. Italic est ensuite devenu un remarquable père de mère, avec Mighty Man (Long Walk Hurdle, Gr1), Bourbon Manhattan (troisième du Tolworth Hurdle, Gr1), Natal (deuxième du Kerrygold Champion Chase, Gr1), Le Duc d'Anzy (deuxième du Prix Saint-Sauveur), Esprit de Cotte (troisième du Prix Maurice Gillois), Original (Stan James Wayward Lad Novices' Chase, Gr2), Safran de Cotte (troisième du Neptune Investment Leamington Novices' Hurdle, Gr2), Lilium de Cotte (deuxième du Tripleprint Juvenile Novices' Hurdle, Gr2), Petit Robin (deuxième du Tingle Creek Trophy Chase, Gr1, Clarence House Victor Chandler Chase, Gr1, deux fois), Anibale Fly (Coral Setanta Sports Hurdle, Gr2, troisième du Lawlor's Hotel Slaney Novice Hurdle, Gr1)…

Au plus haut niveau des sports équestres. La trentaine de produits d’Italic testée dans les sports équestres a obtenu des résultats exceptionnels, y compris au meilleur niveau international. On lui doit notamment Quenotte d'Or III (Iso 151), Retalic (Icc 141), Sorellina (Iso 170, Coupe des Nations), Trésor du Renom (Iso 175, Coupe des Nations), Utopic III (Iso 140), Cinoa Gonge (Iso 162), Crazy Love (Icc 167, équipe de France de CCE.)… Trésor du Renom, le seul fils d’Italic vraiment utilisé au haras, a, lui, donné des gagnants à haut niveau en CSO et CCE. Actuellement, Quenelle du Py (équipe de France  de CSO), Pica d’Or (équipe de France de CCE) et Noé des Vatys (équipe de Suisse de CCE) sont ses meilleurs porte-drapeaux.

 

Une origine maternelle très solide. Al Capone II, coélevé par Jacques Cyprès et Laurent Couétil, était le propre frère d’un autre crack, The Fellow (Gold Cup de Cheltenham, Gr1, King George VI Rank Chase, Gr1, deux fois, Grand Steeple-Chase de Paris, Prix La Haye Jousselin…). Leur mère, L'Oranaise, par le bon père de sauteurs Paris Jour (Herbager), n’avait pas couru car accidentée et il y a peu de femelles dans la descendance. La pérennité de cette famille repose sur Countess Fellow (Italic), l’aïeule de Quart Monde (Prix Montgomery et Prix du Président de la République, Grs3, troisième du Prix La Haye Jousselin, Gr1) et Capferret (troisième du Prix Georges Courtois Chase, Gr2).

Même la naissance de la souche était originale. L’orientation de cette famille sur les obstacles remonte à 1954, lorsque La Sirène (Astrophel) fut croisée avec Orcada (Vatellor), un lauréat du Prix Maurice Gillois. Il y a plus de six décennies, les étalons gagnants en obstacle existaient déjà ! Le produit de ce croisement fut Encore Une (Orcada), la troisième mère d’Al Capone. Et c’est à cet instant que l’histoire devient incroyable. La Sirène, après avoir été saillie par un étalon d’obstacle, est revenue vers un sire avec plus de vitesse pour donner naissance à Puissant Chef (Djefou), le meilleur mâle de 3ans de la saison 1960 et notamment lauréat des Prix de l'Arc de Triomphe, du Cadran, Royal-Oak, Jean Prat et La Force…