LE MAGAZINE - Alain Clavier, de l’élite des sports équestres aux sommets de Cheltenham

Élevage / 21.03.2018

LE MAGAZINE - Alain Clavier, de l’élite des sports équestres aux sommets de Cheltenham

 

Par Adrien Cugnasse

Rares sont les éleveurs qui ont brillé au meilleur niveau au galop et dans les sports équestres. C’est l’exploit qu’a réalisé Alain Clavier. Il a élevé Laurina (Spanish Moon) qui a signé l’une des plus belles impressions de Cheltenham 2018, et plusieurs chevaux de CSO qui ont brillé au niveau international.

 

Laurina (Spanish Moon) a écrasé la concurrence dans l’édition 2018 du Trull House Stud Mares’ Novices’ Hurdle (Gr2). Devant la foule du plus grand meeting d’obstacle au monde, elle s’est imposée dans un style éblouissant. Willie Mullins la compare à l’immense championne qu’entraînait son père, Dawn Run (Deep Run). Ce n’est pas rien car cette dernière est considérée comme la meilleure jument de l’histoire de l’obstacle anglo-irlandais. Quelques jours après la victoire de son élève, Alain Clavier nous a confié : « Laurina a trois coéleveurs : Roger-Yves Simon, Nicolas Simon et moi-même. Nous avons deux produits utérins à l’élevage. Malheureusement, je n’ai pas pu me déplacer à Cheltenham. J’avais peur de lui porter la poisse ! Nous avons donc regardé la course à la télévision avec le docteur Simon. Nous étions tous très stressés. Ce fut fabuleux. Mais je vous assure que si elle recourt à Cheltenham, nous ferons le déplacement. »

À deux doigts de partir au Maroc. Avant d’éblouir l’Angleterre, la pouliche a bien failli partir au Maroc, comme nous l’a expliqué son éleveur : « Laurina a une histoire incroyable. Nous l’avons quasiment vendue deux fois. C’était une très belle yearling et elle avait fait un bon prix à la vacation du Lion d’Angers. Au départ, elle devait partir au Maroc. Le docteur Simon a proposé à l’acheteur qu’elle soit débourrée et préentraînée en France avant d’être exportée. Mais l’investisseur n’a certainement pas honoré tous ses engagements auprès de l’agence de vente et elle a finalement passé une année entière à la maison. C’est un grand modèle et ce repos inattendu lui a peut-être été bénéfique. En 2016, nous l’avons repassée en vente à Osarus. Roger-Yves Simon l’a alors signalée à messieurs Allard et Macaire. C’est à cette occasion que Laurina a pris la direction de Royan. Elle était relativement difficile et chez Guillaume Macaire, elle a eu la chance de tomber dans des mains expertes. Depuis, la pouliche n’a pas cessé de nous faire plaisir. Pourvu que cela dure ! Je ne suis jamais allé à Cheltenham. Au départ, je ne mesurais pas l’importance de cette performance. Mais en voyant l’enthousiasme des médias et de mon ami René Lecomte, j’ai rapidement compris. »

Au sujet de l’acquisition de la mère de Laurina, Alain Clavier nous a précisé : « En revenant des ventes de Saint-Cloud, on nous a proposé Lamboghina (Alkalde). À ce moment-là, elle pouvait se prévaloir des performances de son fils Lamborgino (Silvano), titulaire de huit succès en plat. Roger-Yves Simon, qui connaît bien les pedigrees, pensait qu’elle méritait le détour. Un autre de ses produits s’est plus tard révélé sur les obstacles. C’était Lamigo (American Post), gagnant des Prix Prince d'Écouen et de Beaune (Ls). Lamboghina est une petite jument grise, avec du tempérament. »

 

Des associations fructueuses. Avec un nombre de juments réduit, Alain Clavier s’est dans un premier temps fait un nom dans les sports équestres. Comme au galop, il a souvent fonctionné en association avec d’autres éleveurs comme Christina de Maupeou (d’où l’affixe d’Auzay). Il nous  a expliqué : « J’ai commencé à élever des chevaux de concours hippique dans les années quatre-vingts, alors que je montais encore en compétition. Par bonheur, nous avons eu plusieurs produits qui nous ont fait plaisir. La Cour d’Auzay, la poulinière qui m’a apporté les plus grandes satisfactions, était issue du croisement d’un étalon demi-sang, Double Espoir (Ibrahim), et d’une pur-sang anglais, Kistara (Star). C’était une magnifique jument, très racée, issue d'une souche avec beaucoup de caractère, si bien que La Cour d’Auzay a été croisée avec des sires qui étaient connus pour donner des sujets pratiques. C’est ainsi qu’ont été conçus Galet d'Auzay [médaille d’argent aux Championnats d’Europe, un des piliers de l’équipe de France de CSO au milieu des années 2000, ndlr] et Hermine d'Auzay [115 classements internationaux]. La même famille m’a donné Mister Davier [classé en Coupe des nations et Coupe du monde] et Red Queen Davier [classée Gp CSI3*]. Avec une autre souche, j’ai obtenu l’internationale Help Davier (Quiniou) qui a concouru en Suisse. À présent, je ne fais plus saillir mes juments de sport. Certaines sont à la retraite chez moi, en compagnie de Galet d'Auzay. »

 

Des sports équestres aux courses. Malgré son impressionnante réussite dans le CSO, Alain Clavier s’est à présent réorienté vers le galop : « Le docteur Simon est mon voisin. C’est lui qui assurait le suivi gynécologique de mes juments de sport. En suivant ses conseils, j’ai acheté une première poulinière de course. Il est en quelque sorte mon manager, mon conseiller. Il a rassemblé un groupe d’éleveurs autour de lui et il nous guide. C’est particulièrement intéressant car il connaît beaucoup de choses. Ce premier achat fut Double Melody (Double Bed). Elle m’a donné six gagnants dont Quick Davier (Early March), lauréat du Premio Ezio Vanoni (Gr2), et Double Mix (Sagamix) qui a remporté un Quinté à Chantilly. À son tour, cette dernière a produit un mâle par Pedro the Great (Henrythenavigator) que nous avons vendu 90.000 € à Arqana en octobre dernier [le bon a été signé par Jean-Claude Rouget]. Je m’occupe de mes chevaux moi-même et c’est la raison pour laquelle j’ai présenté le poulain sur le ring. Néanmoins, il n’est pas toujours simple de cumuler mon activité de chef d’entreprise et l’élevage. J’aime beaucoup les pur-sang anglais. C’est l’un des éléments qui me poussent à poursuivre dans l’élevage des galopeurs. En outre, on peut facilement suivre ses élèves en compétition, ce qui est un vrai plus. Enfin, économiquement, lorsqu’on sort des bons chevaux, le galop fonctionne mieux. La filière hippique est en effet plus professionnelle, plus structurée, que celle des sports équestres. Cela donne confiance, surtout quand on est au contact de bons professionnels. J’ai trois ou quatre juments. C’est un chiffre que je ne veux pas dépasser. »

Élever et faire courir. Après l’élevage, Alain Clavier est à présent aussi propriétaire au galop. Il nous a dit : « Jazz Melodie (Soul City), une petite-fille de Double Melody, réalise de bonnes choses. Elle court pour l’association entre Roger-Yves Simon, Jean-Marie Bastin, Olivier Piraud, Valérie Simon, Paul de Chevigny et moi-même. En 2017, elle a gagné une Classe 2 et elle montée deux fois sur le podium au niveau Classe 1. Depuis plusieurs années, j’ai mes couleurs. Au départ, j’étais un peu réticent. Mais dans les faits, c’est une bonne chose. Grâce à des gens comme Guillaume Cousin ou le docteur Simon, j’ai la chance d’avoir des interlocuteurs qui sont disposés à transmettre leurs connaissances. J’ai beaucoup de choses à apprendre mais je pense que si on élève bien des chevaux de sports équestres, il n’y a pas de problème pour élever des galopeurs. »