LE MAGAZINE - Cent poulains américains pour les breeze up

Institution / Ventes - International / 08.03.2018

LE MAGAZINE - Cent poulains américains pour les breeze up

Par Franco Raimondi

 

Une vague américaine va bientôt frapper les ventes de 2ans en Europe. Au premier coup d’œil, dans les catalogues de Doncaster (10 avril) et Tattersalls Craven (17 et 18 avril), on a l’impression d’avoir téléchargé le mauvais fichier. En feuilletant les pages, on saute de Scat Daddy (Johannesburg) à More than Ready (Southern Halo) en passant par Kitten’s Joy (El Prado). On trouve aussi des étalons qui n’étaient plus que des souvenirs dans notre mémoire. Ces vacations européennes ressemblent… à un breeze américain ! Les chiffres prouvent que sur cinq années, la présence des produits d’étalons américains est en hausse. Mais jusqu’à 2018, ce n’était pas encore une vague.

Cent 2ans issus d’étalons américains. Dans ces deux catalogues, en attendant celui d’Arqana, on trouve 75 poulains et pouliches issus d’étalons qui ont officié aux États-Unis en 2015. Il faut en ajouter 35 qui sont prévus à Arqana, et on arrive à 100. Il s’agit donc de 18,5 % du total sur les quelque 540 sujets catalogués. En 2013, l’offre de 2ans américains fut de 56 sujets, c’est-à-dire 12,1 % des trois ventes. Mais il faut noter que chez Tattersalls, la hausse est très faible (de 38 à 42), alors qu’à Goffs, on passe de cinq à 23 et Deauville de 13 à 35.

Deux top prices sur trois en 2017. En 2013, les américains avaient réalisé le top price à Tattersalls – 760.000 Gns pour un Elusive Quality (Gone West) – et ils ont généré 22,8 % du chiffre d’affaires des trois ventes qui avait atteint 21 millions d’euros. En 2017, la seule vente n'ayant pas eu un top price issu d’un étalon américain a été Doncaster. L’invaincu Walk in the Sun (Street Sense) a fait celui de Deauville avec 1,4 million d’euros. King Shields (Scat Daddy) a été le plus cher à Tattersalls (675.000 Gns) et il a aussi gagné de belle manière lors de ses débuts. Les 62 petits américains adjugés dans les trois ventes ont coûté 9,6 millions d’euros, c’est-à-dire 25,8 % du chiffre d’affaires qui a dépassé les 37,2 millions. Si vous voulez un autre indicateur, le chiffre d’affaires des américains a presque doublé par rapport à 2013, alors que celui des autres a progressé de 70 %.

Éric Hoyeau : « Les pinhookers font le choix » L’augmentation de l’offre des poulains issus d’étalons américains a une explication très simple. Éric Hoyeau, président directeur général d’Arqana, nous a expliqué : « Le marché des ventes breeze up est fait par les pinhookers. On sait que la première règle pour bien vendre des 2ans… c’est de bien les acheter quand ils sont yearlings. Je pense que les pinhookers ont trouvé des sujets à bon prix aux États-Unis avec un profit correct en Europe. En outre, les résultats des américains de naissance sur les rings l’année dernière ont été très brillants. »

Vitesse et précocité coûtent cher en Europe. Il ne faut jamais oublier que le marché du pur-sang, avec ses modes et ses fluctuations dantesques, n’est pas comme les autres. L’année dernière, les yearlings issus d’étalons de vitesse et précocité ont vu leur prix augmenter. Le prix moyen des yearlings de Dark Angel (Acclamation) est passé de 99.000 Gns en 2015 à 149.000 Gns l’année dernière. Les Kodiac (Danehill) sont passés de 85.000 € à 113.000 €. Dans ce même créneau, on trouve 117.000 € en moyenne pour les Acclamation (Royal Applause), alors que parmi les jeunes, il fallait compter sur 123.000 € pour s’assurer un No Nay Never (Scat Daddy) ou 95.000 € pour un Dabirsim (Hat Trick). Cette hausse des prix a donc forcé les pinhookers à chercher ailleurs des sujets qui donnent en principe une meilleure marge pour réaliser un profit. À Keeneland, le deuxième segment du marché a enregistré en 2017 une légère baisse du prix moyen. Alors que toutes les ventes de yearlings en Europe ont progressé. Les pinhookers, on le sait, sont de vrais pros, de mieux en mieux avertis, et se sont donc dirigés vers les États-Unis.

Les derniers Scat Daddy. Un des étalons qui ont refait parler de l’Amérique en Europe… c’est Scat Daddy. On connaît l’engouement de Coolmore pour sa production, et en 2017, ses derniers yearlings ont réalisé un prix moyen de 318.000 $. C’est beaucoup d’argent pour risquer du pinhooking, mais ce printemps, l’offre des produits de Scat Daddy en Europe est importante. Huit figurent dans le catalogue de Tattersalls, trois dans celui de Doncaster et pas moins de six sont annoncés à Deauville. Parmi ceux préparés pour Newmarket, cinq n’ont pas atteint leur prix de réserve quand ils sont passés yearlings.

Deux américains qui aiment le gazon. More than Ready – père de 83 gagnants de Groupe – est plus apprécié hors des États-Unis que dans son propre pays de stationnement. Il sera représenté dans les trois grands breezes. Il a quatre produits à Tattersalls et deux à Doncaster. Tous sont des achats raisonnables et inférieurs au prix moyen (139.000 €) de ses yearlings en 2017. Kitten’s Joy a été champion sire aux États-Unis et a donné 39 lauréats de Groupe. Il n’est pas très apprécié outre-Atlantique car il donne plutôt des sujets de gazon. Kitten’s Joy n’a pas de produits à Doncaster mais sera présent dans le catalogue d’Arqana et pourra compter sur trois 2ans à Tattersalls.

Combien ont-ils coûté ? Quarante des 42 américains du catalogue de Tattersalls sont déjà passés en vente et 28 ont été adjugés pour un total 2,674 millions de dollars. Mais en considérant le prix des rachats, la facture monte à 4.252.240 $. Dix-neuf des 24 américains de Goffs ont déjà vu un ring et 15 ont trouvé preneurs pour 706.000 $. Lorsque nous aurons en main le catalogue d’Arqana, nous ferons le même calcul.

Le dernier Derby des américains remonte à 2003. Ces dernières saisons, on a noté un retour vers les États-Unis de certains éleveurs, même si l’impact des Européens sur le marché américain n’est plus celui des années 1970 et 1980. L’année dernière, la belle Senga (Blame) a été la seule gagnante classique en France, Irlande ou Angleterre issue d’un étalon officiant de l’autre côté de l’océan. Le score des américains sur les dernières années est de 12 victoires sur 130 classiques. Le dernier lauréat de l’Irish Derby issu d’un étalon faisant la monte aux États-Unis fut Zagreb (Theatrical), en 1996, et le dernier Derby winner d’Epsom a été Kris Kin (Kris S), en 2003. Pour les Guinées, il faut remonter à Henrythenavigator en 2008. Mais le pensionnaire d’Aidan O’Brien était par un étalon qui avait fait carrière en Europe comme Kingmambo (Nureyev), qui est aussi le père de la dernière lauréate américaines des Oaks, Light Shift (2007), et du dernier gagnant du St Leger, Encke (2012).

Le dernier Arc de Triomphe en 2001… En France, Karakontie a gagné la Poule d ‘Essai des Poulains en 2014 pour son père, Bernstein (Storm Cat), qui avait couru en Europe, tout comme Giant’s Causeway (Storm Cat), qui a donné Shamardal, le héros du Jockey Club en 2005. Flotilla (Mizzen Mast), gagnante de la Poule d’Essai des Pouliches en 2015, était arrivée en France dans le ventre de sa mère, Louvain (Sinndar). Et l’Arc ? Le dernier américain de naissance qui a remporté notre course phare est Sakhee (Bahri). Il avait nagé comme un dauphin à Longchamp en 2001. Et pourtant, à l’école primaire du turfisme, on m’a appris que les américains détestent le terrain lourd…