LE MAGAZINE - Les dix travaux d’Al Capone II

Courses / 20.03.2018

LE MAGAZINE - Les dix travaux d’Al Capone II

Par Christopher Galmiche

Al Capone II (Italic) a fêté ses 30ans ce mardi 20 mars, le jour de l’anniversaire de son coéleveur Jacques Cyprès et du petit-fils de celui-ci, Pierre. Le crack connaît une longévité exceptionnelle en tant que retraité, après en avoir connu une autre en compétition. De 4ans  à 12ans, le champion de Robert Fougedoire a fait les beaux jours d’Auteuil, de la race AQPS et des amoureux de l’obstacle. Retour sur les dix faits marquants de la carrière du tonton flingueur d’Auteuil. Joyeux anniversaire champion !

  1. Des débuts difficiles. Dans l’ouvrage réalisé par Pierre Champion, Heureux qui, comme Al Capone…, son entraîneur, Bernard Secly, avait déclaré que dans son jeune âge, l’élève de Jacques Cyprès et de Laurent Couétil était assez sur l’œil. Il prenait alors peur pour un rien sur la piste. Si bien qu’un jour, à 3ans, il éjecta son fidèle jockey, Jean-Yves Beaurain, prit la poudre d’escampette et fut bousculé par une voiture. Le jockey l'avait alors récupéré dans le jardin d’un particulier, dans un mauvais état et nécessitant des soins. Après cet événement, Bernard Secly avait avoué que le cheval était devenu difficile, étant psychologiquement marqué. Mais en grand champion, il a réussi à surmonter cette épreuve pour progresser et atteindre les sommets.

  1. Le premier coup d’éclat. Le Prix Maurice Gillois (Gr1) 1992 a marqué l’arrivée au sommet d’Al Capone. Après avoir subi la loi de Nimrouz (Sadler’s Wells) dans le Prix Orcada (Gr3), il a battu nettement ce dernier dans le Grand Steeple-Chase des 4ans (Gr1). Une victoire qui a fait polémique dans l’entourage de Nimrouz, avec à la clé la décision de retirer tous les chevaux de chez Bernard Secly.

  1. Une édition d’anthologie du Grand Steeple. En 1993, Al Capone a seulement 5ans et il affronte son premier Grand Steeple. Seul le crack Ucello II (Quart de Vin), grand spécialiste du bon terrain et plus expérimenté, le devance facilement. Le pensionnaire de Bernard Secly finit deuxième devant The Fellow (Italic), cinquième, lequel va remporter la Cheltenham Gold Cup (Gr1) 1994 et fait déjà partie des rois d’Auteuil. Si bien que la famille Cyprès comptabilise trois chevaux parmi les cinq premiers de l’épreuve 1993.

  1. Le premier d’une longue série. Quelques mois après sa deuxième place dans le Grand Steeple, Al Capone enlève son premier Prix La Haye Jousselin (Gr1) en 1993. Six autres succès dans le Grand Steeple automnal suivront. En 1993, il bat Ucello II et The Fellow, prenant ainsi sa revanche sur le premier nommé, moins à l’aise en terrain lourd. Pour l’anecdote, ils n’étaient que quatre en lice dans la Haye Jousselin 1993.

  1. La tête et les jambes. Dans le Prix Georges Courtois (Gr2) 1994, Al Capone, d’ordinaire très respectueux du rail-ditch, fait une faute sérieuse à cet obstacle. Malgré cela et ses 70 kilos, il va chercher une deuxième victoire dans ce Gr2. Sauteur de classe, Al Capone a aussi du courage à revendre.

  1. Une saison extraordinaire. Mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept est la grande année d’Al Capone. En mars, il s’offre le Prix Troytown (Gr3), au prix d’une fin de course dont il a le secret. Son propriétaire, Robert Fougedoire, a gardé un souvenir ému de cette épreuve puisqu’Al Capone a devancé ses deux autres chevaux, Baccarat Collonges (Olmeto) et Cumberland (Cyborg), tous AQPS.

  1. Un impressionnant changement de vitesse. Le Prix Ingré (Gr3) 1997 a démontré qu’Al Capone était un AQPS, donc un "diesel", mais avec un moteur de Ferrari. Dans cette épreuve, il a encore beaucoup de retard sur Chamberko (Chamberlin) pour aller sauter la dernière haie. Sur le plat, Jean-Pierre Bailly, commentateur, pense que la victoire est acquise pour le représentant de Gérard Margogne. Mais Al Capone met la flèche, termine en boulet de canon et partage la victoire avec Chamberko. Du rarement vu dans l’histoire contemporaine d’Auteuil.

  1. Son succès dans le Grand Steeple. Al Capone est un cheval d’automne, ce qui explique pourquoi il n’a enlevé qu’un Grand Steeple. C’est en 1997. Seulement cinq adversaires lui font face. Le lot est à sa portée et seule la chaleur pourrait l'empêcher de s’imposer. Mais après un parcours sans encombre, il s’envole sur le plat pendant que Christophe Pieux, jockey de son principal rival, Chamberko, fautif sur la dernière haie, essaie de se remettre en selle. Enfin, à 9ans, Al Capone tient son Grand Steeple !

  1. Fan club. En 1999, Al Capone a fini deuxième du Grand Steeple derrière Mandarino (Trempolino). À l’automne, il se transcende à nouveau sous les yeux de son fan club. Il enlève son septième Prix La Haye Jousselin, prend sa revanche sur Mandarino et renforce un peu plus sa légende. Difficile d’imaginer un cheval capable, dans le futur, de battre le record d’Al Capone.

  1. Émotion. Au passage du poteau dans le Prix La Haye Jousselin (Gr1) 2000, Jean-Yves Beaurain, jockey d’Al Capone, lève le bras. Certes, son champion a échoué derrière le phénoménal First Gold (Shafoun), mais il a réalisé une course magnifique. Et il sort par la grande porte, sous les ovations du public.

Quelques anecdotes autour d’Al Capone II

La carrière d’Al Capone est forcément riche d’anecdotes. En commençant par son nom. À l’époque, son coéleveur, Jacques Cyprès, est un grand fan du film Le Parrain et il opte pour le nom d’Al Capone pour ce poulain. Un poulain qui illustre parfaitement le mariage des familles Cyprès et Couétil puisque son père, Italic, a été élevé par Bernard Cyprès, et L’Oranaise (Paris Jour), par Lucie Couétil, mère d’Andrée Cyprès. Lucie Couétil a fait cadeau de L’Oranaise à Jacques Cyprès et voilà comment tout a commencé. Avec 2.623.874 € de gains, Al Capone a longtemps été le sauteur le plus riche d’Auteuil. Et si les allocations avaient été les mêmes dans les années 90 que 2000, il le serait probablement encore. Autre fait d’arme impressionnant, le nom des champions qu’il a devancés tout au long de sa carrière : Ucello II, The Fellow, Ubu III, Mandarino, Arenice, Chamberko, Algan ou encore Vieux Beaufai… Ce qui justifie d’être le seul sauteur à avoir eu droit à sa statue à Auteuil !