RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP J-1 - Mickaël Barzalona, les yeux dans les Bleus

Courses - International / 29.03.2018

RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP J-1 - Mickaël Barzalona, les yeux dans les Bleus

Par Anne-Louise Échevin

 

Il est moins médiatique – ou moins médiatisé – que les recordmen Christophe Soumillon ou Pierre-Charles Boudot. Pourtant, il est le seul jockey français actuellement en activité à avoir remporté le Derby d’Epsom… Mais aussi la Dubai World Cup, le St Leger de Doncaster ainsi qu’une épreuve de la Breeders’ Cup… Il y a encore beaucoup de Grs1 à ajouter à cette liste et, samedi à Meydan, Mickaël Barzalona a les cartouches nécessaires pour enrichir son palmarès. Premier jockey français de Godolphin, ce Boy in Blue nous a parlé de quelques-unes de ses meilleures chances de la réunion de la Dubai World Cup.

Jour de Galop. – Faisons un point sur quelques-uns de vos partants à Meydan. Il y a tout d’abord Talismanic, qui relève un sacré défi dans la Dubai World Cup (Gr1). Comment abordez-vous la course ?

Mickaël Barzalona. - La grande question, c’est le dirt : savoir s’il va s’adapter ou non à cette surface. Il a l’air de se plaire dessus. Mais ce n’est pas que la surface : le rythme de course est aussi différent sur le dirt, d'autant plus qu’il devrait être rapide ce samedi. Cela part extrêmement vite et il faut voir s’il va réussir à suivre les autres chevaux au départ. Ce sera un moment certainement crucial dans la course. On sait très bien qu’être loin sur le dirt, avec les projections, ce n’est pas évident. Talismanic sort très bien des boîtes, il est très facile à placer dans un parcours. Mais ce samedi, cela va être quelque chose qu’on ne lui a jamais demandé de faire : partir vraiment vite.

C’est aussi un autre sport pour les chevaux américains, qui sont plus habitués aux anneaux qu’à une piste comme celle de Meydan, avec une longue ligne droite…

Pour les américains, c’est effectivement un autre sport. Mais pour nous aussi. Si tout se passe bien, il devrait participer à l’arrivée. Il détient une vraie chance. À Del Mar, le dirt est quand même différent de celui de Dubaï. Je pense que le facteur "va-t-il s’adapter ou non" aurait été moindre aux États-Unis qu’à Dubaï. Le dirt n’est pas évident là-bas. Les chevaux à Dubaï sont des spécialistes… On ne sait jamais !

Cloth of Stars court dans la Longines Dubai Sheema Classic (Gr1). Sur le "papier", il a une première chance, même s’il y a de l’opposition.

Il faut souhaiter une course limpide, sans à-coups. C’est un hippodrome qui devrait lui convenir et c’est un style de course qui est à sa portée. Il y a des bons chevaux dans la course, comme les japonais. Il ne faut pas les négliger, mais il fait partie de l’élite sur cette distance. Cloth of Stars a franchi un cap l’an dernier et s’il répète sa performance de l’Arc, il détient une première chance. Il faut juste que tout se passe bien.

Il y a une petite surprise avec Rosa Imperial XX, finalement au départ du Godolphin Mile sur le dirt et non pas de l’Al Quoz Sprint. Comment cela se présente-t-il avec elle ?

Elle s’est plu sur le dirt. La distance ne devrait pas la déranger. Elle vient des sprints : la vitesse qu’il faut avoir en début de parcours devrait l’avantager. C’est un bon test. Si tout se passe bien, elle a aussi une vraie bonne chance.

Vous avez récupéré une monte de dernière minute avec le japonais Real Steel dans le Dubai Turf (Gr1). Quels sont les bruits le concernant ?

Si j’en crois ce que les Japonais m’ont dit, ça va être tout ou rien. C’est un super cheval, qui a gagné le Dubai Turf en 2016. Il est assez préservé par son entourage. Il s’est plu à Dubaï dans le passé. L’opposition est bonne mais, lorsqu’il a gagné le Dubai Turf, ce n’était pas moins relevé que cette édition 2018. Il faut voir avec l’âge comment il va se comporter… C’est une semi-rentrée mais s’il est là, c’est qu’il est bien.

Vous êtes devenu l’un des jockeys de Godolphin au début du mois de mars 2012. Quelques semaines après, vous remportiez la Dubai World Cup avec Monterosso. Dubaï et vous, c’est une grande histoire…

Je me plais à Dubaï. Cela doit faire sept ou huit ans que j’y vais tous les hivers. J’ai la confiance du cheikh Mohammed et maintenant de son fils, le cheikh Hamdan bin Mohammed Al Maktoum. Je m’y sens bien, je monte des bons chevaux. Il y a tout là-bas pour qu’on s’y plaise. En France, l’hiver, il n’y a pas forcément grand-chose à faire. Et on voit que les déplacements sont fructueux : je ne me serais jamais retrouvé sur Real Steel si je n’étais jamais allé au Japon et peut-être que je n’aurais jamais monté pour Godolphin si je n’étais pas allé à Dubaï l’hiver.

Passer l’hiver à l’étranger, c’est désormais hypothéquer ses chances pour la Cravache d’or. Est-ce un titre qui vous intéresse ?

La Cravache d’or a évolué et ne m’intéresse pas telle qu’elle est maintenant. Si jamais je fais une année formidable et que je vois que je peux me positionner en challenger, je me prendrai certainement au jeu. Mais c’est loin d’être un objectif en début d’année. Si on me propose d’aller monter à l’étranger ou de rester deux mois ici pour faire dix ou vingt gagnants, je préfère partir à l’étranger. C’est un choix. En Angleterre, la saison commence au premier meeting sur gazon et se termine au meeting du dernier Gr1 sur le gazon… Ce serait peut-être plus juste de faire aussi deux saisons chez nous : une saison hivernale et une saison d’été.

La qualité plutôt que la quantité. C’est votre point de vue ?

Je préfère honorer mon contrat au maximum, que tout se passe bien et continuer à travailler ainsi pendant des années… Je ne cracherai jamais sur une Cravache d’or, mais c’est délicat actuellement. C’est une autre vision.

Vous êtes moins médiatisé que des jockeys comme Christophe Soumillon ou Pierre-Charles Boudot, qui ont fait cette course à la Cravache d’or et au record. Pourtant, votre palmarès parle pour vous : Dubai World Cup, Derby d’Epsom, St Leger, Fillies’ Mile, Longines Breeders’ Cup Turf, Prix Ganay, Jean Prat, Jean-Luc Lagardère, Saint-Alary…

J’ai eu de la chance ! J’ai monté de très bons chevaux et c’est aussi ce qui fait les jockeys… Je suis très content d’avoir gagné certaines courses. J’espère que cela va continuer.

Plus anecdotique… Vous avez récemment dit que vous ne feriez plus de célébrations debout dans les étriers comme dans le Derby d’Epsom ou la Dubai Word Cup. Cela avait beaucoup fait parler à l’époque, en bien comme en mal. Est-ce vrai, et pourquoi ?

Des gens ont apprécié, d’autres moins… La jeune génération avait beaucoup aimé : ils avaient fait un sondage en Angleterre qui a révélé cela. L’ancienne génération a un peu moins apprécié. J’étais jeune… Enfin je suis toujours jeune ! Mais je pense qu’il est mieux de rester plus soft.

L’année 2018 se présente bien avec les 3ans. Beaucoup de 2ans ont montré des moyens l’an dernier. On pense à des poulains comme Mind Mapping ou Wootton, pour ne citer qu’eux…

On a gagné beaucoup de courses avec les 2ans l’an dernier et il y a de bons espoirs classiques. La sélection va commencer à se faire. Sur les courses de rentrée ou les deuxièmes courses, nous allons voir quels sont les éléments qui peuvent participer aux classiques. Un poulain comme Mind Mapping a été impressionnant pour sa deuxième course l’an dernier et même pour ses débuts : il était battu mais nous avions vu deux poulains qui faisaient quelque chose ce jour-là. Wootton a été impressionnant pour ses débuts et Godolphin l’a acheté après ce succès. Il avait beaucoup penché. Après cela, on se demande donc s’il l’a fait sur sa folie ou s’il est vraiment bon… Finalement, il est certainement vraiment bon : pour sa deuxième course, il s’est imposé très facilement et n’a pas fait d’écart. Je le pense très bon mais il faudra observer sa rentrée et suivre l’opposition. Nous ne sommes pas à l’abri de voir quelque chose d’encore meilleur.

Après avoir signé pour Godolphin, vous étiez parti en Angleterre avant de revenir en France à l’été 2014 pour devenir premier jockey en France de l’écurie. Avec le recul, comment analysez-vous cette période et ce retour dans l’Hexagone ?

On est toujours bien dans son pays ! Cela a été une expérience extraordinaire en Angleterre : j’ai pu monter sur quasiment tous les hippodromes, toutes les bonnes courses anglaises. J’ai 26 ans et le fait d’avoir passé deux saisons en Angleterre m’aide beaucoup dans ma monte. Mais aussi sur la façon d'aborder de grandes échéances, en France ou lorsque nous nous déplaçons outre-Manche avec des chevaux français. Cela m’a aidé à mûrir.

Y-a-t-il une course en particulier que vous rêvez de gagner ?

Je suis fan de la Breeders’ Cup Classic. Je ne sais pas pourquoi ! Monter sur le dirt aux États-Unis, c’est difficile. Peu de jockeys ont pu gagner une Breeders’ Cup Classic. De très bons chevaux européens ont tenté leur chance et n’ont pas réussi. Lorsqu’on voit la Dubai World Cup ou la Breeders’ Cup à la télé lorsqu’on est jeune, c’est incroyable. On a envie d’y être. Les Américains diraient le Kentucky Derby. Je n’y suis jamais allé, je ne connais pas l’atmosphère. Pour moi, la Breeders’ Cup Classic, ce sont les champions, quelque chose d’intouchable… J’ai toujours été fou de cette course.