RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP J-2 - Quand les Américains viennent chercher l’or à Dubaï

International / 28.03.2018

RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP J-2 - Quand les Américains viennent chercher l’or à Dubaï

 

Par Franco Raimondi

Quand, en 1998, il se promenait avec ses bottes de cowboy entre les écuries et la tribune de Nad Al Sheba à la veille de la World Cup de Silver Charm (Silver Buck), Bob Baffert faisait figure de Groucho Marx dans Chercheurs d’Or. Il rigolait en avouant qu’il avait pour l’occasion demandé son premier passeport, et ses seuls voyages à l’étranger s’étaient jusque-là limités au Mexique, c’est-à-dire à quelques kilomètres de sa ville natale de Nogales, en Arizona. L’entraîneur a trouvé une mine d’or à Dubaï, où ses chevaux ont remporté trois World Cups et ont cumulé 15.360.000 $ de gains, soit 5,65 % du total de sa carrière (271,8 millions). Ce petit trésor a été déniché avec 13 partants, alors que d’après les statistiques, il en a eu 12.605 aux États-Unis. Vingt ans après, Bob Baffert explique : « Pour les courses et l’élevage de mon pays, la réunion de la Dubai World Cup est devenue le troisième grand événement de la saison, avec les courses de la Triple couronne et la Breeders’ Cup. Il faut remercier les frères Maktoum qui ont eu cette idée merveilleuse de faire une Breeders’ Cup dans le Moyen-Orient. »

Les partants de Bob Baffert dans les différentes courses de la réunion de la Dubai World Cup

AnnéeCourseChevalJockeyClass.
1998World CupSilver CharmGary Stevens1
1999World CupSilver CharmGary Stevens6
2001World CupCaptain SteveJerry Bailey1
2010World CupRichard's KidGarret Gomez7
2012World CupGame on DudeChantal Sutherland12
2016World CupHoppertunityFlavien Prat3
2017World CupArrogateMike Smith1
2017World CupHoppertunityFlavien Prat6
2015Golden ShaheenSecret CircleVictor Espinoza1
2004Godolphin MileDuringJerry Bailey6
2009Golden ShaheenIndian BlessingEdgar Prado2
2011Golden ShaheenEurorearsMike Smith2
2012Golden ShaheenThe FactorRafael Bejarano6

Un rendez-vous de champions. Bob Baffert avait écrit un chapitre important dans l’histoire de la Dubai World Cup quand il fut le premier à envoyer dans le désert un gagnant de Kentucky Derby – Silver Charm – et il garde un sacré respect pour la course : « Il s’agit d’un rendez-vous de champions et il ne faut pas courir de petits chevaux. Je l’ai gagnée trois fois mais j’ai toujours envoyé de bons chevaux. Pas question de compter sur la chance ou de courir pour une petite place. » En plus de Silver Charm et de ses deux autres gagnants, Captain Steve (Fly So Free) et Arrogate (Unbridled’s Song), il a présenté des vrais chevaux de Gr1 et il faut noter qu’il est le seul entraîneur avec Saeed bin Suroor à avoir sellé plus d’un gagnant de la World Cup.

West Coast, le grand favori. Cette année, Bob Baffert a deux candidats, le grand favori, West Coast (Flatter), et Mubtaahij (Dubawi), qui en est à sa troisième participation. Il ne veut pas mélanger les genres en les comparant avec ses gagnants de World Cup : « West Coast est un cheval de tout premier niveau, il est un gagnant de World Cup en puissance et l’a démontré à plusieurs reprises. Il a remporté les Travers Stakes (Gr1) et il a très bien couru face à Gun Runner (Candy Ride) dans la Breeders’ Cup et la Pegasus. Mubtaahij aime beaucoup Meydan, il y a gagné l’UAE Derby (Gr2) et a terminé deuxième de la World Cup, battu par California Chrome (Lucky Pulpit). Les deux ont bien voyagé et leur préparation s’est passée sans souci. »

Un départ à la Arrogate trop dur pour le cœur… Le cœur de l’entraîneur américain a été mis à rude épreuve à deux reprises à Meydan. La première fois en 2012, quand il a été victime d’une crise cardiaque une semaine avant la World Cup, et la seconde l’année dernière, quand le futur lauréat, Arrogate, avait perdu une bonne dizaine de longueurs au départ. Il dit en rigolant : « Je ne veux surtout pas d’un autre départ comme celui d'Arrogate : c’est trop ! La sortie des boîtes est très importante ici, à Meydan. On ne refait pas beaucoup de terrain, même si dans un lot de dix partants, c’est un peu moins difficile qu’avec quatorze. West Coast et Mubtaahij sont deux chevaux assez rapides au départ et j’aimerais les voir tout de suite dans le cœur de la course. »

Vingt-cinq succès en trois courses. Les États-Unis sont le deuxième pays dans le classement par victoires pour la réunion de la Dubai World Cup. Ils comptent 25 succès face aux 54 des locaux, mais toutes les victoires sont concentrées en trois courses : la World Cup (11), le Golden Shaheen (11) et le Godolphin Mile (3). Les États-Unis sont à zéro sur cinquante-sept dans les courses sur le gazon (avec sept places dans les trois premiers) et à zéro sur seize dans l'UAE Derby.  Le score d’équipe dans la World Cup est excellent : 11 sur 66 (16,6 %) avec 45,4 % dans les trois premiers, alors que dans toutes les épreuves de la réunion, on arrive à 25 victoires sur 223 partants (11,2 %) et 73 places dans les trois premiers (32,7 %). Ce samedi, les États-Unis auront 15 partants – un de plus que le Japon – et d’après une projection statistique bas de gamme, ils peuvent sortir un ou deux gagnants et quatre ou cinq placés.

Les partants américains samedi prochain

CourseChevalEntraîneurJockey
Dubai World CupForever UnbridledDallas StewartMike Smith
GunneveraAntonio SanoJoel Rosario
MubtaahijBob BaffertVictor Espinoza
West CoastBob BaffertJavier Castellano
PavelDoug O'NeillMario Gutierrez
Golden ShaheenMind you BiscuitsChad SummersJoel Rosario
X Y JetJorge NavarroEmisael Jaramillo
Roy HPeter MillerKent Desormeaux
Al Quoz SprintConquest TsunamiPeter MillerVictor Espinoza
Holding GoldMark CasseJavier Castellano
Richard's BoyPeter MillerKent Desormeaux
Stormy LiberalPeter MillerJoel Rosario
UAE DerbyRerideSteven AsmussenJavier Castellano
Dubai Gold CupRun TimeMichael MakerJoel Rosario
Godolphin MileEconomic ModelChad BrownJoel Rosario

Forever Unbridled et le zéro des femelles. Aucune femelle n’a jamais remporté la World Cup. Une seule a réussi à prendre une place, la japonaise To the Victory (Sunday Silence), deuxième lors de son premier essai en 2001. La pensionnaire de Yasuo Ikee a retenté sa chance l’année suivante et – comme les huit autres femelles qui ont osé le défi – elle a fini nulle part. Cette année, en plus de la chilienne Furia Cruzada (Newfoundlands), entraînée sur place par Erwan Charpy, il y a Forever Unbridled (Unbridled’s Song), c’est-à-dire la championne des femelles d’âge aux États-Unis, lauréate de quatre Grs1. Ce samedi, elle sera associée à Mike Smith et détient une bonne chance, comme l’a expliqué son entraîneur, Dallas Stewart, qui a son premier partant à Dubaï. Les deux autres américains de la World Cup sont les 4ans Gunnevera (Dialed In), très bon finisseur, et Pavel (Creative Cause).

Le sprint sur le dirt, c’est leur truc. Le palmarès des États-Unis dans le Golden Shaheen, le sprint sur le dirt, est encore plus impressionnant : ils comptent onze victoires réparties entre dix entraîneurs différents en dix-huit éditions. Si l’on excepte Secret Circle (Eddington), lauréat en 2015 sous la férule de Bob Baffert, tous ces gagnants sont issus de petites écuries, comme celle de Chad Summers, qui a fait tous les métiers des courses avant de prendre sa licence d’entraîneur l’année dernière, quelques semaines avant de remporter le Golden Shaheen avec Mind your Biscuits (Posse). Le jeune homme, 33ans, ne sera pas le prochain Wayne Lukas mais il a des idées : « Le succès d’Arrogate dans la World Cup avait un peu éclipsé ce qu’avait fait Mind your Biscuits. Il n’est pas courant de gagner le Golden Shaheen avec le quatorze dans les boîtes. Cette année ; mon cheval est encore plus fort. »

Les survivants de San Luis Rey. Le galop aux États-Unis est riche en belles histoires. Peter Miller, le patron du sprint californien qui a fait ses gammes chez Charlie Whittingham, avait même renoncé à sa licence pendant six ans. Il est revenu plus fort et l’année dernière, il a gagné les deux Sprints de la Breeders’ Cup avec Roy H (More than Ready), sur le dirt, et Stormy Liberal (Stormy Atlantic), sur le gazon. Les deux seront au départ respectivement du Golden Shaheen et de l’Al Quoz Sprint. Dans la course sur le gazon, Peter Miller présente aussi deux autres de ses pensionnaires, Richard’s Boy (Idiot Proof) et Conquest Tsunami (Stormy Atlantic). Ces deux sont des rescapés de l’incendie qui a ravagé San Luis Rey.

Run Time, un marathonien américain. Le sprint, on le sait, est une vraie spécialité maison aux États-Unis mais cette année, l’équipe américaine compte aussi son premier partant, Run Time (Gio Ponti), dans la Dubai Gold Cup (Gr2). Un marathonien qui arrive du Kentucky, c’est un peu comme l’équipe de bobsleigh de la Jamaïque. Il faut considérer quand même que ce 5ans a ouvert son palmarès lors de sa onzième sortie, en septembre de ses 4ans, sur les 2.400m de Kentucky Downs, le plus européen des hippodromes des États-Unis, et qu’il a remporté les Allen Jerkens Stakes (L), une des deux courses black types sur 3.200m du programme américain. Ce n’est pas sa faute s’il est né dans le pays de la vitesse et du dirt.