RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP J-3 - Les japonais à l’attaque de Meydan

International / 27.03.2018

RÉUNION DE LA DUBAI WORLD CUP J-3 - Les japonais à l’attaque de Meydan

Par Anne-Louise Echevin

Quatorze partants ! Ne cherchez pas, c’est un record : jamais les Japonais n’avaient envoyé un tel contingent à Meydan pour la nuit de la Dubai World Cup. Les précédents records de partants étaient en 2016 et 2017 (dix chevaux).

La plus belle année : 2014. En tout, le Japon a eu 99 partants lors de la nuit de la Dubai World Cup, pour dix victoires : cela représente 10,10 % de réussite à la gagne, soit le cinquième meilleur taux. En comparaison, la France est deuxième avec 12,05 % de réussite et l’Australie en tête avec 12,5 %.

Le meilleur score des japonais lors de la nuit de la Dubai Word Cup sont des coups de deux. En 2006, Heart’s Cry (Sunday Silence) remporte la Dubai Sheema Classic. La même année, Utopia (Forty Niner) survole le Godolphin Mile : une victoire qui attirera l’œil du cheikh Mohammed Al Maktoum. Il achètera ensuite le cheval à Kaneko Makoto, l’homme de Deep Impact (Sunday Silence) et King Kamehameha (Kingmambo).

En 2016, les chevaux japonais comptent deux victoires : Real Steel (Deep Impact) remporte la Dubai Turf et le fantasque Lani (Tapit) s’impose dans l’UAE Derby (Gr2) malgré un départ raté.

La grande année des japonais à Dubaï reste 2014. Gentildonna (Deep Impact) s’impose de façon spectaculaire dans la Dubai Sheema Classic (Gr1). Just a Way (Heart’s Cry) survole de son côté le Dubai Turf (Gr1). Il y a glané un rating de 130 qu’il conservera jusqu’à la fin de sa carrière, devenant le premier cheval japonais sacré meilleur cheval du monde selon les Longines ratings internationaux de la Fiah.

Partants, victoires et places du Japon lors de la nuit de la Dubai World Cup

Nombre de partantsVictoires2e places3e places
Dubai World Cup33120
Dubai Sheema Classic17332
Dubai Turf14401
Dubai Golden Shaheen9000
Al Quoz Sprint2000
UAE Derby15113
Dubai Gold Cup2000
Godolphin Mile7100

En 2018, ce ne sera pas simple. Les meilleures chances japonaises en 2018 se situent dans les épreuves sur gazon. Dans la Dubai Sheema Classic, les japonais alignent trois vainqueurs de Grs1 : Rey de Oro (King Kamehameha), gagnant du Derby l’an passé et deuxième de la Japan Cup (Grs1), est la meilleure chance. Mais ce n’est pas un penalty : Cloth of Stars (Sea the Stars) peut le battre, surtout que Rey de Oro a encore un gros point faible, qui est le départ. Satono Crown (Marju) n’a pas encore refait surface depuis sa deuxième place derrière le champion Kitasan Black (Black Tide) dans le Tenno Sho - Automne 2017 (Gr1), couru dans des conditions "typhoniques". Quant à Mozu Katchan (Harbinger), elle doit faire ses preuves dans un tel lot.

Concernant le Dubai Turf, le Japon comptera sur trois vraies chances : Real Steel (Deep Impact), gagnant en 2016, Vivlos (Deep Impact), gagnante en 2017, et Neorelism (Neo Universe) qui est capable de grandes choses dans un bon jour. Le problème concernant Real Steel et Vivlos est qu’ils n’ont pas été épargnés par les soucis de santé. Leur forme est un point d’interrogation.

Les engagés japonais pour la nuit de la Dubai World Cup 2018

ÉpreuveEngagéJockeyCotes bookmaker
Dubai World CupAwardeeYutaka TakePlus de 50/1
Dubai Sheema ClassicMozu KatchanCristian Demuro11/1 à 14/1
Rey de OroChristophe Lemaire4/1 à 7/1
Satono CrownJoao Moreira8/1
Dubai TurfCrocosmiaYasunari Iwata16/1 à 25/1
DeirdreChristophe Lemaire10/1 à 16/1
NeorealismJoao Moreira6/1 à 8/1
Real SteelMickaël Barzalona7/1 à 10/1
VivlosCristian Demuro9/2 à 13/2
Dubai Golden ShaheenMatera SkyYutaka TakePlus de 50/1
UAE DerbyRuggeroChristophe LemairePlus de 30/1
Taiki FerveurJoao MoreiraPlus de 25/1
Godolphin MileAdiratoChristophe Lemaire14/1 à 22/1
Akito CrescentYutaka TakePlus de 25/1

Difficile pour le dirt et les sprints. Le Japon compte deux victoires sur le dirt de Dubaï : Utopia, par l’américain Forty Niner et une mère par Nothern Taste, a remporté le Godolphin Mile sur le dirt à Nad Al Sheba en 2006. La seconde est celle de Lani (Tapit et une mère par Sunday Silence), gagnant de l’UAE Derby (Gr2) après une course folle, puisqu’il avait manqué son départ… Une mauvaise habitude chez lui !

Les Japonais ont des chevaux de dirt, puisqu’ils ont un circuit de dirt dans leur pays. Mais sur cette surface, les chevaux japonais restent en-dessous des bombes américaines : remporter la Dubai World Cup, le Godolphin Mile ou le Dubai Golden Shaheen est quasiment mission impossible désormais. L’UAE Derby reste à leur portée : les Américains n’ont pas d’intérêt à imposer un long voyage à Meydan à leurs 3ans avant le Kentucky Derby.

Les scores des japonais sur les deux Grs1 de sprint sont aussi mauvais. Encore une fois, c’est assez logique : l’élevage n’est pas tourné vers la vitesse. Le Japon peut sortir des champions sprinters, comme ce fut le cas récemment avec Lord Kanaloa (King Kamehameha). Mais cela tient plus de l’exception que de la règle.

Le cas de Victoire Pisa. Les japonais ont déjà gagné la Dubai World Cup… Mais sur la Tapeta, pas sur le dirt, puisque c’était en 2011. Reste que ce succès de Victoire Pisa (Neo Universe) fut un grand moment. Il devançait un autre japonais, Transcend (Wild Rush). Ce jumelé avait créé une grande émotion chez les supporters nipons : le 11 mars, le pays avait été touché par un séisme de magnitude 8,9, suivi d’un tsunami. Victoire Pisa était entraîné du côté de Sendaï, ville durement touchée par cette catastrophe naturelle.

Les dix gagnants japonais lors de la nuit de la Dubai World Cup

AnnéeÉpreuveGagnantPère
2001Dubai Sheema ClassicStay GoldSunday Silence
2006Dubai Sheema ClassicHeart’s CrySunday Silence
2006Godolphin MileUtopiaForty Niner
2007Dubai TurfAdmire MoonEnd Sweep
2011Dubai World CupVictoire PisaNeo Universe
2014Dubai Sheema ClassicGentildonnaDeep Impact
2014Dubai TurfJust a WayHeart’s Cry
2016Dubai TurfReal SteelDeep Impact
2016UAE DerbyLaniTapit
2017Dubai TurfVivlosDeep Impact

Sunday Silence, évidemment. Ce n’est pas une grande révélation : celui qui a tout changé pour le Japon à Dubaï – et partout ailleurs – se nomme Sunday Silence. Il est le père de Stay Gold, premier gagnant japonais à Dubaï. C’était en 2001. Stay Gold a fortement contribué à placer le Japon hippique sur une carte grâce à sa victoire dans la Dubai Sheema Classic, ou du moins son équivalent de l’époque, où il battait Fantastic Light. En fin d’année, Stay Gold remporta aussi le Hong Kong Vase.

Le constat est simple : quasiment tous les vainqueurs japonais à Dubaï, sur gazon et Tapeta, descendent de Sunday Silence. On retrouve l’étalon dans l’ensemble des pedigrees des gagnants, en père (Stay Gold et Heart’s Cry), père de père (via Deep Impact, Neo Universe ou Heart’s Cry) ou en père de mère (pour Admire Moon et Lani). Un seul cheval échappe à cette règle : Utopia, par Forty Niner et Northern Taste, l’autre étalon de base de l’élevage japonais.

Évidemment, à cette amélioration de l’élevage via l’importation d’étalons et d’une jumenterie de premier plan, il faut ajouter la progression des hommes. Luca Cumani, dernier entraîneur européen à avoir gagné la Japan Cup, avait expliqué à Franco Raimondi dans ces colonnes : « Le galop japonais a progressé sur deux niveaux. Le premier est celui de l’élevage. (…) Le second est, d’après moi, encore plus important. Les Japonais ont beaucoup voyagé et donc beaucoup appris. Il y a vingt ans, ils avaient encore un vrai retard dans l’entraînement et le savoir-faire avec les chevaux. » Et les voyages ouvrent encore plus l’appétit des voyages : autant dire que nous n’avons pas fini de voir les Japonais à l’international… Même s’ils ont aussi de bonnes raisons de rester chez eux.

La résistance s’organise. Pour le Japon, comme dans les pays de pari mutuel, le nerf de la guerre est le pari et le financement des allocations, très élevées au pays du Soleil Levant. La Japan Racing Association le sait bien : les chevaux stars boostent la présence du public sur les hippodromes ainsi que les paris. Mais, d’un autre côté, il est aussi important pour les chevaux japonais de se déplacer à l’international pour montrer leur niveau et obtenir de bons ratings. Rappelons que, depuis 2016, les Japonais sont désormais autorisés à parier sur certaines courses étrangères. Mais les enjeux à l’étranger sont encore loin d’atteindre le niveau de ceux sur les courses locales. Peut-être que cela viendra avec le temps.

Le passage de l’Osaka Hai au niveau Gr1 en 2017 n’est pas anodin. L’épreuve avait le niveau pour obtenir ce grade mais sa promotion a été accompagnée d’une augmentation de l’allocation, qui s’élève désormais à 2.360.000 $ environ. L’Osaka Hai se dispute ce dimanche 1er avril et entre donc en concurrence avec Meydan et deux épreuves en particulier : la Dubai Turf et la Dubai Sheema Classic, puisqu’il se dispute sur 2.000m. Les Japonais déplacent un joli contingent, de haut niveau, pour les Grs1 de Meydan. Mais ce contingent aurait pu être encore plus important : on retrouve dimanche, dans l’Osaka Hai, des chevaux comme Cheval Grand (Heart’s Cry), gagnant de la Japan Cup 2017 (Gr1), Satono Diamond (Deep Impact), meilleur 3ans japonais en 2016, Suave Richard (Heart’s Cry), un 4ans qui a les moyens de devenir l’un des meilleurs chevaux d’âge de son pays, ou encore Persian Knight (Harbinger), un 4ans gagnant l’an dernier du Mile Championship (Gr1)…

Sacrifier le printemps ou non. Il faut souligner un autre élément : aller chercher une grosse allocation à Meydan, à la fin du mois de mars, a souvent pour conséquence d’empêcher les chevaux de courir durant la majorité du printemps, le temps de récupérer du voyage. Une Gentildonnna, après Meydan, ne réapparaissait que pour le Takarazuka Kinen (Gr1), à la fin du mois de juin. Un Just a Way n’a pu revenir que pour le Yasuda Kinen (Gr1), également au mois de juin.

Il y a des pour et des contre sur un déplacement à Meydan ou le fait de rester à la maison : le programme japonais de chevaux d’âge au printemps reste axé sur le Tenno Sho, épreuve de 3.200m disputée fin avril et avec près de 3.000.000 $ Si vous avez un cheval capable de courir cette distance, mieux vaut rester au Japon et tenter l’Osaka Hai et le Tenno Sho. Si vous avez un cheval un peu juste pour les 3.200m et que vous pouvez attendre la fin du premier semestre, alors Meydan est la bonne option. Tout est une question de choix.

 

Dubai Gold Cup ? Pas intéressant… Le cheval japonais a une image de cheval avec beaucoup de tenue, capable de tenir une distance de 3.200m comme celle de la Dubai Gold Cup. C’est vrai même s’il n’y a pas de stayers à proprement parler au Japon. Les Japonais n’ont jamais marqué un réel intérêt pour cette toute jeune épreuve. Seuls deux concurrents ont tenté leur chance dans ce Gr2 : Makani Bisty (Zenno Rob Roy) et Neo Black Dia (Zenno Rob Roy), dont les faits d’armes étaient d’avoir précédemment conclu dans les cinq premiers d’un Tenno Sho - Printemps (Gr1)… Pas suffisant.

Les Japonais n’ont aucun intérêt à faire le déplacement pour la Dubai Gold Cup. L’objectif de leurs meilleurs chevaux au printemps est le Tenno Sho, sur 3.200m, au début du mois de mai. La route vers le Tenno Sho passe par le Hanshin Daishoten (Gr2), aux alentours du 20 mars. Allocation totale : plus de 1.300.000 $. Allocation de la Dubai Gold Cup : 1.000.000 $... Dans ces conditions, on est bien mieux à la maison.