Winx, la charmante vieille dame…

International / 01.03.2018

Winx, la charmante vieille dame…

Mon cher et regretté ami Dominique Savary, ou "Bellino" pour tous les turfistes de plus de cinquante ans, ne serait pas d’accord avec moi. Lui, le prince et chevalier des matelassiers, n’attendait qu’un énorme favori imbattable. Moi, plutôt issu de l’école anglaise des parieurs, je me pose toujours la même question quand un cheval est proposé à la côte de 1,08 : « Si j’ai déjà 1.000 € dans mes poches, je n’ai pas besoin d’en grignoter 80 de plus ! » Et je deviens encore plus cacadubbi – une façon italienne de dire trouillard – quand le favori en question est un cheval que j’aime vraiment…

SIGNATURE Par Franco Raimondi

Après les vacances. Ce samedi à Royal Randwick, dans les Chipping Norton Stakes (Gr1), sur 1.600m, Winx (Street Cry) effectuera sa rentrée. Pour la sixième fois de sa carrière, elle retrouvera la compétition en revenant d’une coupure de onze semaines ou plus. C’est une façon très australienne de gérer la carrière des chevaux : trois ou quatre courses rapprochées, puis des longues vacances. La championne australienne a fait ses débuts le 4 juin 2014. Depuis, 1.369 jours se sont écoulés et elle a couru trente-deux fois, soit une course tous les 42 jours, soit toutes les six semaines. Elle a gagné vingt-six courses et sa série de vingt-deux succès consécutifs a commencé le 16 mai 2015.

Big Buck’s, 1.830 jours sans défaite. Le record du nombre de jours sans défaite appartient au sauteur français Big Buck’s (Cadoudal). Il a gagné dix-huit courses en Angleterre à partir du 1er janvier 2009 jusqu’au 1er décembre 2012. Cette série de victoires s’est terminée le 25 janvier 2014, après une absence de 420 jours. Cela représente 1.830 jours, de la première victoire de sa série jusqu’au jour où il a goûté à la défaite. Ou bien, si vous préférez, 1.410 jours passés en gagnant si on choisit de ne pas inclure son absence de 420 jours dans le compte de sa série de victoires.

Autre sauteur élevé en France : la championne Quevega (Robin des Champs). Elle a signé une série de neuf victoires étalées sur 1.510 jours : il faut rappeler que Willie Mullins gérait parfaitement la carrière de sa championne, lui donnant de très longs breaks. De 2010 à 2014, Quevega n’a couru que deux fois par an, suivant toujours le même schéma : meeting de Cheltenham en mars et meeting de Punchestown en avril/mai… Et (très) grandes vacances !

Le record de France appartient au trotteur Ténor de Baune (Le Loir), avec trente succès étalés sur 1.004 jours. En plat, Zenyatta (Street Cry) a remporté dix-neuf victoires avant d’être battue d’un nez dans la Breeders’ Cup Classic, soit 1.080 jours après ses débuts victorieux. Winx en est à 1.023 jours sans connaître la défaite et, pour dépasser l’américaine, elle doit continuer sur ce rythme de victoires jusqu’au 30 avril prochain.

Mais la championne australienne Black Caviar (Bel Esprit) continue de faire la course en tête… Elle est restée invaincue en 25 sorties, étalées sur 1.456 jours ! Ribot (Tenerani) et Frankel (Galileo), autres grands invaincus de l’histoire hippique, n’arrivent même pas à mille jours…

Imbattable sur le papier. Winx est à une cote ridicule de 1,08 et, comme l'explique l’analyste du site australien Racenet, « Bad luck looks the only danger » : le seul danger est un coup de malchance. C’est en réalité beaucoup plus compliqué que cela même si, d’après les ratings, Winx part avec quinze longueurs d’avance sur le deuxième favori, le 4ans Prized Icon (More than Ready), vainqueur du Victoria Derby (Gr1). Quant aux sept autres concurrents des Chipping Norton Stakes, ils sont tous présents avec l’objectif de décrocher une place.

Son jockey, Hugh Bowman, est confiant. Et pourtant, en vrai cacadubbi, je me pose toujours des questions... Le jockey de Winx, Hugh Bowman, est plus serein que moi ! Il a dit à la presse australienne, après le dernier petit galop de la championne ce jeudi matin : « Je pense qu’elle est plus excitée que nous à l’idée d’aller aux courses ! Elle a hâte de retrouver la compétition. Si je compare son attitude actuelle à celle de ses précédentes courses de rentrée, je la trouve plus posée, mieux dans sa peau. Mais pour savoir si elle est mieux qu’auparavant, ou moins bien, il faut attendre la course. C’est la seule façon d’avoir une réponse ».

Quand Winx n’était pas encore Winx. Je ne crois pas à la glorieuse incertitude du turf, mais cette course de rentrée est bien différente des précédentes. Winx est revenue six fois à la compétition après des coupures de onze semaines ou plus. Elle a gagné cinq fois et a été battue à une reprise. C’était en février 2015 quand, après dix-neuf semaines de vacances, elle avait démarré sa campagne classique. Après deux barrier trials, la course de rentrée choisie fut un Gr2 sur 1.200m. Winx s’était classée septième en affichant un Racing Post Rating de 101. Lors de la campagne qui a suivi, elle a couru sept fois en l’espace de soixante-quinze jours, pour trois victoires, dont son premier Gr1, les Queensland Oaks. Sa meilleure valeur a alors été estimée à 108.

Toutes ses campagnes. Winx n’était alors pas la Winx que nous avons depuis appris à connaître… Une fois le passage de 3ans à 4ans fait, elle est devenue une machine alors que ce cap est souvent très difficile pour les pouliches. Et ce qui a suivi est impressionnant :

- Septembre 2015. Repos de quinze semaines, un barrier trial suivi d’une rentrée gagnante, mais dans la toute dernière foulée. C’était dans un Gr2 sur 1.300m. Ont suivi trois courses en 42 jours, un premier succès dans le Cox Plate (Gr1).

Rating Racing Post pour sa rentrée : 109. Meilleur rating de cette campagne : 122.

 - Février 2016. Coupure de seize semaines, deux barrier trials et rentrée gagnante en rigolant dans un Gr2 sur 1.400m. Quatre courses en 48 jours, dont trois succès de Gr1 sur 1.500m et 1.600m

Rating Racing Post pour sa rentrée : 117. Meilleur rating de la campagne : 127.

- Août 2016. Coupure de vingt semaines, deux barrier trials et rentrée gagnante dans un canter dans un Gr2 sur 1.400m. Quatre courses en 63 jours, dont trois succès de Gr1, de 1.600m à 2.040m… dont le deuxième Cox Plate.

Rating Racing Post de sa rentrée : 121. Meilleur rating de la campagne : 130.

- Février 2017. Coupure de seize semaines, deux barrier trials et rentrée gagnante facile dans un Gr2 sur 1.600m. Quatre courses en 53 jours, dont trois succès de Gr1 de 1.500m à 2.000m, dont les Queen Elizabeth Stakes.

Rating Racing Post de sa rentrée : 122. Meilleur rating de la campagne : 130.

- Août 2017. Coupure de dix-neuf semaines, deux barrier trials et rentrée gagnante au bout du suspense après avoir raté le départ dans un Gr2 sur 1.400m. Cinq courses en 70 jours pour trois succès de Gr1, dont un troisième Cox Plate.

Rating Racing Post de sa rentrée : 114. Meilleur rating de sa campagne : 129.

Des signes de faiblesse ? À ce planning il faut ajouter deux observations. Lors de ses deux dernières campagnes, Winx n’a pas affiché le meilleur rating lors de sa sortie finale. L’année dernière, dans les Queen Elizabeth, elle est passée du 130 enregistré auparavant dans les George Ryder (Gr1) à un petit 116 (toujours selon les Racing Post Ratings). Le handicapeur du journal anglais lui a peut-être volé quelque livres… Mais, comme disent les Anglais, Winx n’avait pas save the best for the last, gardé le meilleur pour la fin. En octobre, son troisième Cox Plate a été plus laborieux que prévu. Elle a gagné, mais en affichant un 119, soit dix livres en-dessous de ce qu’elle avait réalisé lors de sa promenade dans les Turnbull Stakes (Gr1) deux semaines auparavant.

Faut-il-avoir peur d’une défaite ? Je suis un peu inquiet, et ce n’est pas à cause de la course en elle-même : même une très petite Winx doit gagner. C’est toujours mon esprit de cacadubbi. Lors de son dernier Cox Plate, Winx venait de prendre 6ans. La jument est donc au début de l’automne de ses 6ans, elle a couru trois barrier trials et fera sa rentrée directement dans un Gr1. Samedi, elle disputera sa trente-troisième course. Vittorio Ugo Penco, l’homme qui a entraîné Ribot, disait toujours : « À chaque fois qu’un cheval arrive au rond de présentation, il entend la cloche qui annonce l’entrée en piste, il voit les autres et c’est une course… même s’il agit d’une promenade ».