Winx - Non à Royal Ascot, oui au respect du cheval  Par Franco Raimondi

International / 28.03.2018

Winx - Non à Royal Ascot, oui au respect du cheval Par Franco Raimondi

 

C’est finalement l’intérêt de la jument qui a primé. Winx (Street Cry) ne viendra pas sur le Vieux Continent en rockstar, pour chanter sa musique devant la reine d’Angleterre. Comme tous les turfistes avertis, Sa Gracieuse Majesté appréciera la décision prise par l’entourage de la championne australienne et annoncée via un communiqué de presse de l’entraîneur Chris Waller : « Nous avons pris en compte les risques pour la santé de la jument, liés au voyage ainsi qu’au changement de saison, ce qui peut provoquer des problèmes de caractère hormonal… Pour nous, c’était un rêve de la courir devant la reine mais notre décision a été prise dans l’intérêt de Winx. La jument restera en Australie après les Queen Elizabeth Stakes (Gr1) du 14 avril à Royal Randwick. Le programme est de continuer à la courir pendant le printemps [notre automne, ndlr] et nous espérons accueillir et affronter des visiteurs étrangers lors de notre carnaval. »

Les risques du voyage. Winx doit être très heureuse de la décision de son entourage. Après les Queen Elizabeth, elle ne sera pas obligée d’enfiler un costume de Wonderwoman comme ce fut le cas de Black Caviar (Bel Esprit). La championne avait dû subir un long voyage de l’Australie à l’Angleterre, avec le changement d’hémisphère et de saison. Royal Ascot tombe – pour cheval australien – en fin d’année. Auriez-vous envoyé Trêve (Motivator) courir en décembre en Australie après son deuxième Arc de Triomphe ? Tout extraordinaires qu’ils soient, les cracks demeurent des chevaux, pas des machines. Sans rien enlever à Moonlight Cloud XX (Invincible Spirit) et Restiadargent (Kendargent), Black Caviar aurait dû gagner les Diamond Jubilee de quatre longueurs, la queue en trompette. Or, la jument, qui avait déjà son poil d’hiver, s’est imposée d’une tête (même s’il est vrai que son jockey s’était relâché à la fin) en affichant un Racing Post rating de 122, soit onze livres de moins que son meilleur niveau, et huit plus bas que son standard, situé à 130. Une baisse de régime suite au voyage est inéluctable. Une Winx diminuée de huit livres serait une proie facile.

Black Caviar, une industrie. L’entourage de Black Caviar avait accepté de prendre le risque de courir la championne à Royal Ascot par goût du défi, bien sûr, mais surtout pour des raisons économiques bien plus convaincantes que l’allocation (283.550 £) promise à la gagnante des Diamond Jubilee Stakes. David Taylor, l’un des propriétaires, avait dit à l’époque que Black Caviar était bien plus qu’une jument. C’était une société, et pas une PME, au point qu’un manager s’occupait d'en gérer le business. Le merchandising est l’une des premières sources de revenus contemporaines dans le sport. Les cravates, casquettes, chemises et tous les gadgets reproduisant la célèbre casaque rose à pois noirs se vendaient comme du petit pain et la victoire de la championne à Royal Ascot avait fait monter en flèche les affaires.

Il y a plus d’argent en Australie. Ce n’est pas le cas de Winx, dont les propriétaires n’ont pas besoin de rentabiliser la popularité de jument. Ils veulent se faire plaisir avec elle et prolonger ce plaisir, sans courir le risque de détruire un rêve sur une défaite. Côté rentabilité, il y a une autre considération : les allocations. Lors de sa campagne de printemps en 2017, elle avait gagné 2,675 millions de dollars australiens (1,453 millions de livres sterling). Les deux Grs1 possibles à Royal Ascot, les Queen Anne et les Prince of Wales’s Stakes, offrent une allocation pour le gagnant respectivement de 388.000 £ et 425.000 £. Dans le même temps, l’hippodrome de Mooney Valley doit annoncer dans les prochains jours l’augmentation de l’allocation du Cox Plate qui était de trois millions de dollars australiens depuis 2002.

Un quatrième Cox Plate. Chris Waller a ajouté dans son communiqué de presse que Winx, après vingt-quatre victoires consécutives et dix-sept Grs1, n’a plus rien à prouver. Elle est déjà et restera une légende du turf. Après les Queen Elizabeth, elle prendra des vacances avant de se préparer pour un quatrième Cox Plate, qui sera probablement sa quarantième sortie. Le 28 octobre, jour du Cox Plate, elle sera une jument de 7ans et d’ici là, elle peut aussi être battue une ou plusieurs fois, comme cela arrive à tous les champions. Le renoncement au voyage n’est pas la victoire de la couardise. C’est la victoire du cheval – de la jument – et des hommes de chevaux, face à ceux qui voudraient transformer les champions en clowns ou rock stars.