A Parigi ! - Par Franco Raimondi

Courses / 07.04.2018

A Parigi ! - Par Franco Raimondi

A Parigi !

Par Franco Raimondi

J’aime ParisLongchamp avant même de le découvrir. Son nom est pour moi un élixir de jeunesse. Quand j’étais gamin, à San Siro, chaque retour aux balances d’un champion avait pour bande sonore le refrain « A Parigi ! » Dans notre tête et dans nos cœurs, Longchamp, c’était Paris. Crapom, Nearco, Ribot, Molvedo et Tony Bin ont tous gagné à Paris, pas à Longchamp. Nous y avons fait chaque année le pèlerinage du premier dimanche d’octobre. Longchamp était sous-entendu. Oui, on pouvait faire un canter d’échauffement le jeudi à Saint-Cloud ou le vendredi soir pour la nocturne de Vincennes ou encore aller décompresser le lundi à Enghien sur les traces d’Hemingway qui le préférait aux autres. Mais pour nous, les « Ritals », Longchamp c’était déjà ParisLongchamp...

Après soixante ans, la nostalgie risque de prendre le pas sur le goût de la découverte. Je dois vous l’avouer : quand j’ai vu dans nos colonnes le premier dessin de la nouvelle tribune, ma réaction n’a pas été très favorable. Pire, j’ai même dit à mes amis : « Je n’irai jamais ! Ils ont transformé mon hippodrome en un parking de banlieue. » Heureusement, j’avais tort et, petit à petit, ParisLongchamp est devenu mon nouvel hippodrome. J’ai maintenant hâte de le découvrir, d’y vivre des histoires encore plus belles que celles qui m’ont accompagné jadis.

Gladiateur a repris sa place et dimanche, Paolo Ferrario, le doyen des propriétaires italiens, aura un partant dans le Prix d’Harcourt, un gris au nom évocateur : Way to Paris. Ajoutez-y Longchamp et comme mon ami Paolone, vous aurez la formule de la jeunesse éternelle. L’hippodrome va devenir une maison, un club, l’endroit où l’on apprécie les belles choses de la vie.

Paolo, avec quelques années d’avance sur tout le monde, et d’autres milliers d’Italiens ont découvert le charme de Paris par le biais de Longchamp et celui de Longchamp via Paris. Le Longchamp qui m’a rendu amoureux était grand, majestueux, mais pas beau. Mon San Siro adoré, un petit joyau, c’était autre chose ! On se faisait petit en franchissant les grilles de Longchamp et ensuite commençait le voyage-découverte. Les horribles sandwichs jambon beurre façon caoutchouc étaient immangeables par rapport à notre panino con la cotoletta. Il fallait parler français – ce qui est plus facile si vous pratiquez l’argot milanais – et apprendre que l’accoppiata c’était un jumelé et le couplé, une autre chose.

À l’époque de mes premiers voyages – en train de nuit et sans couchette pour économiser les lires et jouer un peu plus – Paris était une autre planète et les courses françaises encore plus. C’est à Longchamp que j’ai découvert que l’on pouvait connaître avant la course la cote PMU d’un cheval. Chez nous, nous en étions encore au guichetier qui vous donnait pour un pari de 4.000 lires quatre tickets de 1.000 lires avec le numéro du cheval et qui compostait celui de la course avec un coup de manette… Il fallait toucher le bon cheval et attendre vingt minutes pour avoir les rapports.

Longchamp, c’était pour nous l’hippodrome où le célèbre Sydney rigolait avant la course en s’adressant aux jockeys et aux entraîneurs et d’où l’on rentrait en ville dans des bus privés qui étaient de vraies écoles de vie, le journal fraîchement sorti de l’imprimerie dans la poche avec les partants du jour suivant et déjà les résultats des quatre premières courses. Un jour, j’ai découvert que la ville n’était pas si proche de son hippodrome. C’était un lundi de Pâques quand, pour assister à la course de rentrée de Saint Cyrien dans le Prix de Fontainebleau, j’avais décidé de me rendre à pied au champ de courses. Pas une riche idée, parce que cinq kilomètres dans le Bois de Boulogne sous la pluie, en compagnie d’une jeune femme obligée de marcher sur ses hauts talons, ce n’est pas le meilleur des préludes à une belle histoire d’amour… Mais en vérité, j’étais amoureux de Longchamp. La jeune femme venait après…

Bref, j’aime le passé et mes souvenirs à Longchamp et j’ai hâte de tomber amoureux du nouveau ParisLongchamp. L’homme, et peut-être encore plus le professionnel des courses, n’aime pas sortir de ses habitudes. Le sens de notre sport est à l’opposé. Les courses, c’est la découverte de ce qui va se passer, pas une revue du passé. Refaire les courses, c’est typiquement français, mais c’est inutile si l’on n’arrive pas à donner le gagnant de la prochaine. ParisLongchamp c’est un pari, voire plusieurs paris… Avant tout, celui de donner un champ de courses à une ville qui en a besoin et surtout redonner une ville aux courses. L’un de mes livres de chevet, À quoi jouent les hommes de Christophe Donner, m’a fait savourer le rapport entre une ville et ses hippodromes. Il faudra apprendre à vivre ParisLongchamp, transformer un bel hippodrome en NOTRE hippodrome. L’odeur de peinture si caractéristique des maisons neuves sera bientôt remplacée par le parfum de la maison.