À la découverte d’Armand Lefeuvre, un jeune entraîneur qui monte

Courses / 05.04.2018

À la découverte d’Armand Lefeuvre, un jeune entraîneur qui monte

Par Christopher Galmiche

Entraîneur public dans la Sarthe depuis 2012, Armand Lefeuvre a vu sa carrière prendre un premier tournant avec Épatante. Son écurie et ses installations sont en pleine évolution. Ses résultats parlent pour lui puisque, depuis le début de l’année 2018, treize de ses dix-huit partants ont fini dans l’argent, soit un ratio de 73 % de chevaux avec une allocation… Et ce n’est que le début !

Un vrai "effet" Épatante. Le 24 novembre 2017, Épatante a offert un premier Gr1 à son jeune entraîneur Armand Lefeuvre en gagnant le Prix Jacques de Vienne, le Derby des AQPS, comme à la parade. Vendue ensuite, elle est partie en Angleterre pour une nouvelle carrière. « Lorsqu’Épatante (No Risk at All) a gagné au Lion-d’Angers, j’ai eu beaucoup d’émotions, plus qu’à Saint-Cloud, car dans l’Ouest, nous avons la chance d’avoir une ferveur qui vous pousse. À Saint-Cloud, c’était surtout le sentiment du travail accompli qui prédominait, et aussi celui de la reconnaissance pour mes parents qui m’ont soutenu depuis mon installation, avec ses hauts et ses bas. Pour mes parents et leurs années d’élevage, la victoire d’Épatante était l’apothéose. » Cette pouliche a contribué à faire progresser l’écurie : « Épatante nous a fait décoller. Elle a contribué à ce que l’on me place beaucoup plus de jeunes chevaux l’année dernière. Dès son début d’année de 3ans, elle nous avait montré des choses que je n’avais jamais vues chez un poulain. Grâce à sa vente, nous avons énormément fait évoluer l’écurie durant l’hiver. Nous avions déjà de très bonnes infrastructures, mais là, nous avons encore passé un palier. Nous avons ajouté dix boxes, construit un marcheur. Nous avons transformé tous les obstacles en synthétique avec des haies sur pivots pour pouvoir herser correctement… Beaucoup de choses ont été refaites. Nous avons aussi un steeple et nous avons refait des contre-allées. »

La belle aventure des Élégantes. Armand Lefeuvre a seize chevaux à l’entraînement (source France Galop) à l’heure où sont écrites ces lignes, et parmi ses propriétaires, il compte le haras de Saint-Voir qui lui a confié deux 3ans, Fille du Père Noël (Network) et Main de Maître (Lord du Sud), sans oublier la comtesse de Tarragon et Douglas McMillan… Mais pas seulement ! « Je remercie tous mes clients qui me sont très fidèles. Nicolas de Lageneste et le haras de Maulepaire me soutiennent notamment. Notre écurie Les Élégantes est un moteur pour moi. Elle a un impact médiatique important. Bien sûr, grâce à Épatante, les gens ont un regard différent sur moi, il ne faut pas se mentir. Mais l’écurie Les Élégantes a aussi une grande importance. Cette écurie a été lancée par une de mes sœurs, une de mes belles-sœurs et mon épouse. Elle a été la première écurie composée seulement de femmes. Nous avons des profils différents avec des personnes de 20 à 70 ans. Nous sommes partis avec un petit budget et des chevaux en location. Petit à petit, l’écurie s’est agrandie. Elles ont pris une part d’Ellipse (No Risk at All), qui vient d’être deuxième à Loudéac et elles ont eu Éclair de Beaufeu (Monitor Closely), lequel a été vendu et exporté. Elles ont eu de nombreux gagnants par rapport à leur nombre de partants. Il est proposé énormément de sorties aux actionnaires, comme la visite de Versailles, de la clinique de Meslay, du haras de Maulepaire, les matinées à l’entraînement… C’est aussi cela qui fait que l’écurie marche bien. Cela demande beaucoup d’énergie mais j’ai la chance d’avoir ma sœur, ma belle-sœur et mon épouse qui s’occupent de cette écurie. Sur le même principe, nous allons créer une écurie composée seulement d’hommes. »

Maintenir le ratio et trouver le très bon cheval. Armand Lefeuvre a des objectifs bien précis pour 2018 : « J’accorde beaucoup d’importante à mon ratio de réussite. Je veux courir à bon escient, et bien sûr commencer à gagner plus de courses PMU. Et trouver le vrai bon cheval. Nicolas de Lageneste m’a mis pour la première fois des 3ans. Je n’oublie surtout pas tous mes clients, mais ce dernier fait partie des exemples dans les courses parce qu’ils aident les jeunes. J’ai beaucoup plus de passion pour l’obstacle parce qu’on vibre plus pendant les courses et qu’il y a un plaisir à dresser les chevaux. Mais ce qui me plaît, c’est de préparer un cheval pour un objectif précis. »

La patience récompensée. Armand Lefeuvre a obtenu de bons résultats en ce début de saison et ce n’est pas le fruit du hasard. « Cette année, j’ai quatre ou cinq 4ans qui avancent. Avec Épatante, nous nous attendions à avoir une bonne pouliche car elle a tout de suite été très bonne. Il ne faut pas être prétentieux, mais en 2018, je m’attendais à un bon début d’année. J’avais des 3ans qui m’avaient montré de belles choses en fin d’année et nous les avons respectés. De ce fait, nous sommes récompensés, mes clients et moi, d’avoir été patients. »

Un cursus solide. Armand Lefeuvre a décroché sa licence d’entraîneur public en 2012. Mais il a suivi un circuit international et complet avant de se lancer d’abord dans le débourrage et le préentraînement, puis dans l’entraînement. Il a en effet travaillé pour Marc de Montfort, Jean-Hugues de Chevigny, en ce qui concerne l’élevage, le débourrage et la préparation aux ventes. Puis il est parti chez Shadwell, en Angleterre, pour le préentraînement. Il a ensuite travaillé en Australie chez David Hayes et David Brideoake avant de revenir en France chez Jehan Bertran de Balanda. Parallèlement, il a aussi monté en gentleman-rider, en plat et en obstacle. « Chez Jehan Bertran de Balanda, j’ai appris à respecter et écouter les chevaux. C’est ce qui se passe avec mes 4ans qui font une bonne année, après que nous les avons respectés. En Australie, j’ai appris l’organisation du travail car l’entraînement est totalement différent. Nous avons une organisation qui est à cheval entre les trotteurs et l’Australie le matin pour perdre le moins de temps possible. Il faut regarder un peu partout ce qu’il se passe et en tirer les points intéressants à exploiter pour soi. Avoir monté en course, c’est un plus pour donner les ordres et connaître les hippodromes. »

Une tradition familiale. Armand Lefeuvre s’est installé dans la Sarthe, à Chemiré-le-Gaudin, où il dispose donc d’installations, qui sont celles de sa famille. Elles ont bien sûr beaucoup évolué, mais le jeune professionnel ne se voyait pas entraîner autre part. « À l’époque, ma mère entraînait sur l’hippodrome du Mans, puis nous avons eu nos installations. Depuis cette période, nous avons doublé le nombre de pistes, quadruplé le nombre de boxes. Pour moi, c’était une évidence de venir dans les installations familiales. J’attache beaucoup d’importance au patrimoine familial, ça a beaucoup de sens. Mais c’est une vraie contrainte car cela représente beaucoup d’investissements financiers et de temps. Nous faisons tout nous-mêmes. Mais ça m’a permis de construire l’outil de travail que je voulais. En revanche, nous passons du temps sur notre tracteur, nous bricolons nos obstacles… J’ai aussi repris notre exploitation agricole, ce qui me permet de faire mon foin et ma paille. Nous essayons de contrôler le plus de choses possible. J’ai également avec moi une équipe qui est très investie. » La famille Lefeuvre est dans les courses et l’élevage depuis plusieurs décennies, mais ce n’est pas pour autant que la passion a été innée chez Armand. « La passion des courses m’est venue assez tardivement. Nous avons appris à monter à cheval très jeune, mais je n’étais pas plus passionné que cela au début. J’aimais tout autant l’agriculture. Puis, à partir de 14 ou 15ans, après avoir monté mon premier canter, c'est devenu une évidence ! »