Cette course anglaise a-t-elle été ensorcelée par un mage noir ?

Courses / 26.04.2018

Cette course anglaise a-t-elle été ensorcelée par un mage noir ?

– Par Franco Raimondi.

La chance est aveugle… mais la poisse a des yeux de lynx !

Le Classic Trial (Gr3), à l’affiche ce vendredi à Sandown, est censé être une étape naturelle vers le Derby. Trois ans de suite, entre 1979 et 1981, le lauréat de Sandown s’est aussi imposé à Epsom. Et pas n’importe qui ! Troy (Petingo), Henbit (Hawaii) et Shergar (Great Nephew).

Mais les trois chevaux n’ont pas eu l’avenir qu’ils méritaient, comme si la poisse collait aux basques des gagnants du Classic Trial de Sandown… Ainsi, Troy était un champion et il aurait pu tracer comme étalon mais il est mort pendant sa quatrième saison. On connaît par ailleurs la triste histoire de Shergar (kidnappé et assassiné par l’IRA). Et Shahrastani (Nijinsky) : lui aussi il a fait le doublé, en 1986. Mais il ne connut pas la réussite que l’on imaginait pour lui au haras. Encore la poisse ?

Depuis 1986 – toujours la poisse – plus un cheval n’a refait ce doublé.

 

Est-ce-que le Classic Trial, qui changé de sponsor à de nombreuses reprises, est devenue LA course la plus tricarde du calendrier internationale ? Après Shahrastani et sur une douzaine d’années quatre excellents chevaux ont gagné à Sandown… mais aucun n’a gagné à Epsom, malgré leur qualité : Sakhee (Bahri) a remporté l’Arc de Triomphe à 4ans, Fantastic Light (Rahy) est titulaire de sept Grs1, Pentire (Be My Guest) a gagné les King George & Queen Elizabeth Stakes, Old Vic (Sadler’s Wells) fut le meilleur 3ans d’Europe de sa génération. Mais dans le Derby, Sakhee était tombé sur le crack Sinndar (Grand Lodge), Old Vic avait changé de route en raison du terrain jugé trop dur à Epsom et il avait signé le doublé Jockey Club – Irish Derby. Les deux autres n’ont pas couru à Epsom.

 

Les histoires des gagnants du Classic Trial depuis 2000, l’année de Sakhee, incitent à penser à la malchance. Sur seize gagnants, un seul, Imperial Monarch (Galileo), a remporté ensuite un Gr1, le Grand Prix de Paris. Sept d’entre eux n’ont plus jamais regagné après ! Attendez, ce n’est pas fini : six ont été castrés… Cinq ont tenté leur chance à Epsom, avec comme meilleur résultat la quatrième place de Fracas (In The Wings).

Faut-il être sorcier pour être entraîneur ? John Gosden, lui, croit à la logique. Il a gagné huit fois le Classic Trial mais seuls trois de ses gagnants ont couru le Derby, avec pour meilleur classement la sixième place de Western Hymn (High Chaparral) en 2014. Mais tout de même : les staistiques semblent parfois ensorcelées ! Alors l’année dernière, l’ami John a préféré courir son meilleur 3ans, Cracksman (Frankel), dans le Blue Riband Trial. Cela était censé éviter à Cracksman d’être poissard à Epsom. Las, il n’a fini que 3e… On aurait pu lui dire, à John, que le Blue Riband Trial n’a plus donné un gagnant de Derby depuis Blue Peter (Fairway) en 1939.

 

Je vous raconte une petite histoire italienne. A Milan on a nous aussi notre course maudite. C’est le Premio Gardenghi, la version milanaise du Prix Juigné, pour les inédits de 3ans en début de saison. Pendant une cinquantaine d’année, des poulains et pouliches de belle origine nous y ont fait rêver… avant de tomber sur maladies et blessures.

En 2004, un jeune entraîneur, Valfredo Valiani, avait décidé d’y faire débuter un 3ans qui volait le matin : Electrocutionist (Red Ransom). A ma question « Mais c’est le Gardenghi, il ne faut pas toucher à cette course », il avait répondu : « C’est un maiden comme les autres, avec une allocation plus importante ». La force de la raison ! Electrocutionist a gagné de six longueurs. Ensuite, il a été scratché dans la préparatoire au Derby Italiano (Gr1 à l’époque) en raison du terrain jugé trop lourd. Son propriétaire, l’américain Earle Mack a ensuite empêché Valiani de courir Electrocutionist dans le Derby Italiano parce le poulain n’avait pas assez d’expérience. Il aurait gagné au trot… Puis Electrocutionist a remporté les International Stakes à 4ans et a été vendu à Godolphin. C’est à 5ans qu’il s’est imposé dans la Dubaï World Cup (Gr1). J’avais assisté à la course avec mon ami Valiani et on avait rigolé sur le Gardenghi, la « Course-Poisse »… Six mois après, le pauvre Electrocutionist est mort d’une attaque cardiaque.

Vous savez ce qu’on dit en Italie : la chance est aveugle mais la poisse a des yeux de lynx.