Ce qui fait (encore) courir Gérald Mossé

Courses / 23.04.2018

Ce qui fait (encore) courir Gérald Mossé

Par Adeline Gombaud

À 51 ans, Gérald Mossé se lance un nouveau challenge : une collaboration avec le propriétaire hongkongais Johnny Hon, qui implique une installation à Newmarket. Pour celui qui a monté les plus grandes courses, quasiment partout sur la planète, c’est une nouvelle vie qui commence.

Dimanche soir. Gérald Mossé est tout juste sorti de l’avion qui l’a ramené de Navan, dans l’est de l’Irlande, et il fait route vers Newmarket. Navan, ce n’est pas vraiment le Curragh, mais le crack jockey n’est pas blasé. Surtout que son voyage, pour une seule monte, s’est soldé par un succès dans une Listed. « J’ai été plutôt agréablement surpris par l’hippodrome, l’ambiance qui y régnait, et le niveau de la concurrence. Et puis forcément, quand on s’impose, le voyage est moins long ! » Ce dimanche, Gérald Mossé était associé à The Broghie Man (Cityscape), pour l’entraîneur Adrian Keatley. Basé au Curragh, le jeune professionnel (il a eu sa licence en 2014) a fait appel à un jockey expérimenté. « Je suis allé travailler l’un de ses poulains la semaine dernière, London Icon, qui doit courir la Poule d’Essai, et que je monterai donc sur le nouvel hippodrome de Longchamp… »

Une structure ambitieuse. Gérald Mossé est arrivé depuis quelques semaines seulement à Newmarket. Il a saisi l’opportunité de collaborer avec un propriétaire hongkongais, Johnny Hon. L’acclimatation se passe plutôt bien : « Si ce fut une décision difficile à prendre ? Pas vraiment. Je me suis toujours dit qu’un jour, il fallait que je vienne m’installer en Angleterre. J’ai toujours apprécié les courses anglaises, que je connais depuis plus de trente ans… J’aime la culture des courses qui règne en Angleterre. C’est une tradition, c’est ancré dans les racines de ce peuple. Je ne serais sûrement pas venu ici sans l’appui d’une structure comme celle de monsieur Hon. Il a beaucoup investi dans les jeunes chevaux, et en a une quarantaine à l’entraînement, surtout des jeunes. Ils sont répartis chez quatre entraîneurs, Charlie Hills, Ed Dunlop, Ed Walker et Gay Kelleway. Je suis basé à Newmarket pour pouvoir les travailler le matin, et je vais aussi régulièrement à Lambourn, où sont basés Charlie Hills et Ed Walker. » L’association toute récente compte déjà quelques performances intéressantes. « J’ai pris une deuxième place à Newbury, vendredi dernier, avec le 2ans Global Fighter (Kyllachy), dans un bon maiden, et parmi ceux qui galopent, nous avons aussi Global Applause (Mayson). » Johnny Hon s’est récemment distingué à Newmarket en achetant le deuxième top price de la Craven breeze up de Tattersalls, un mâle de Scat Daddy, au prix de 800.000 Gns.

La reconversion attendra encore un peu. À l’âge où certains ont raccroché les bottes depuis longtemps, voici Gérald Mossé lancé dans un nouveau défi, prêt à faire profiter de son expérience tous les professionnels qui lui feront confiance. Une reconversion ? Cela attendra encore un peu. « En venant m’installer en Grande-Bretagne, c’est un peu comme si je bouclais la boucle. Comme je vous le disais, c’est quelque chose qui a toujours trotté dans ma tête, mais que je n’avais pas encore eu l’occasion d’accomplir. Physiquement et mentalement, je me sens encore très bien. Il est certain qu’un jour, je descendrai de cheval. J’avais dit que je m’arrêterais à 45 ans, alors je n’aime pas trop donner de date ! Mais plus sérieusement, je ne pense pas que j’irai au-delà de 55ans. Je rêve de devenir entraîneur, même si je suis conscient que ce n’est pas facile d’embrasser une telle profession sur le tard. Alors je vais emmagasiner le maximum d’expérience pour le jour où je passerai de l’autre côté de la barrière. A priori, je suis à Newmarket pour deux ans. Ensuite, je saisirai les opportunités qui se présenteront à moi, et tout peut aller très vite avec moi ! Dans l’idéal, j’aimerais commencer mon activité d’entraîneur en Asie, car c’est une partie du monde que je connais parfaitement. Compte tenu de mes relations, Hongkong semble un choix logique. Mais si je ne peux pas le faire là-bas, ça sera en France et nulle part ailleurs. Bien sûr que la France me manque… Mais j’aime les choses agréables à vivre et je sais que s’installer aujourd’hui comme entraîneur en France, ce n’est pas forcément très facile ! »

Un subtil équilibre. La France et ParisLongchamp, Gérald Mossé compte bien les retrouver pour les grands rendez-vous. Il sera présent lors des Poules d’Essai, mais il espère venir régulièrement. « Je ne suis pas loin de Paris et le programme des belles courses outre-Manche, courues le samedi, me laissera l’opportunité de venir monter en France le dimanche. J’espère donc que l’on continuera à faire appel à moi ! » En attendant, c’est de l’autre côté de la Manche qu’il distille son savoir. « Ici, ce n’est pas vraiment la même mentalité qu’en France. On n’hésite pas à faire monter des jockeys avec de l’expérience, et les jeunes entraîneurs sont même assez friands de cela. On l’a vu ce week-end avec Dettori et le jeune Georges Scott. Frankie, ou encore Mike Smith aux États-Unis, n’ont sans doute jamais été aussi forts qu'actuellement… C’est un métier où l’expérience compte. Mais je ne critique pas le système français. Il est aussi normal que des jeunes tapent à la porte. Cela fait marcher le business… Il faut juste un bon équilibre. » L’équilibre. Gérald Mossé l’a toujours eu à cheval. Il l’a aussi trouvé dans son style de vie.