Comment fabrique-t-on un Wootton ?

Élevage / 16.04.2018

Comment fabrique-t-on un Wootton ?

Par Adrien Cugnasse

En s’imposant dans le Prix de Fontainebleau (Gr3), Wootton (Wootton Bassett) s’est affirmé ce dimanche comme l’un des favoris pour l’Abu Dhabi Poule d’Essai des Poulains. Il est le 14e black type élevé par Guido Sels depuis 2007, l’année où il a repris le haras de Quétiéville. La méthode de cet éleveur sort des sentiers battus…

La genèse de Wootton est révélatrice des habitudes de Guido Sels. Ce Belge, qui a fait carrière dans le bâtiment, aime utiliser de jeunes étalons, en première ou en deuxième année de monte, alors que leur production n’a pas encore été vue en piste. Lors de la saison 2014, celle où Wootton a été conçu, son père, Wootton Bassett (Iffraaj), officiait à 4.000 € au haras d’Étreham. Les 14 black types façonnés au haras de Quétiéville par son actuel propriétaire, , sont tous issus d’étalons différents stationnés en France. Dix de ces douze étalons officiaient à 7.000 € ou moins (dont quatre à un tarif ne dépassant pas 3.000 €).

Le croisement qui a donné Wootton. Olivier Foucher, directeur du haras de Quétiéville, se souvient : « Monsieur Sels aimait bien Wootton Bassett en tant qu’individu. Cette année-là, il lui avait d’ailleurs envoyé deux juments. En outre, il utilise souvent des jeunes étalons et à des tarifs raisonnables. Il envoie rarement des juments à la saillie hors de France. American Nizzy (American Post), la mère de Wootton, est une petite jument qui toise environ 1,60m. Comme son fils, elle avait beaucoup d’énergie et un port de tête assez haut. À 2ans, elle s’était notamment classée troisième du Prix du Calvados (Gr3) et deuxième du Prix Roland de Chambure (L). Nous essayons de la croiser avec des étalons pouvant apporter taille et épaisseur. D’ailleurs Wootton a plus de modèle que sa mère. À l’élevage, c’était un poulain assez épais, avec de l’action. Son frère par Dabirsim, qui est yearling, lui ressemble énormément. »

Une relation de confiance avec Henri-Alex Pantall. Avant d’arriver au haras de Quétiéville, Olivier Foucher a travaillé pendant sept ans au haras de la Verrerie. Auparavant, il avait œuvré au service de la famille Devin et de Gaëtan Gilles. Il nous a d’ailleurs confié : « J’ai eu la chance de voir naître puis grandir des chevaux comme Chichicastenango (Smadoun), Mid Dancer (Midyan) ou Shannon Rock (Turgeon). Quand je suis arrivé au haras de Quétiéville, l’équipe était déjà en place. J’ai juste procédé à quelques changements dans la manière d’élever. Wootton correspond à la première génération conçue au haras de Quétiéville depuis mon arrivée. Je l’ai donc bien connu dès le départ. Il a beaucoup changé physiquement entre ses brillants débuts, sous nos couleurs, dans le Prix de Montaigu et la confirmation, pour le compte de Godolphin, dans le Prix Isonomy (L) qu’il avait remporté de cinq longueurs. C’est un beau cheval, bien proportionné. Nous avons un autre Wootton Bassett à l’entraînement chez Henri-Alex Pantall : Time to Fly. C’est un beau cheval et nous avons quelques espoirs avec lui. Chaque année, monsieur Pantall vient au haras pour choisir les poulains qui entrent ensuite dans son effectif. »

De bonnes souches allemandes. La famille de Wootton est d’origine américaine mais ce n’est pas la source majoritaire parmi les pedigrees du haras. Huit des quatorze black types de cet élevage sont en effet issus de souches maternelles germaniques. « Monsieur Sels apprécie les souches allemandes. Il a notamment obtenu de bons résultats avec la descendance d’Alpina (Lavirco), une jument que son épouse lui avait offerte pour son anniversaire. Elle est notamment à l’origine de Black Max (Fuissé), deuxième des Prix de Pontarmé et de Saint-Patrick (Ls), Okapina (Okawango), troisième du Prix Ronde de Nuit (L) et All Speedy (Pyramus), gagnante de Prix Saraca (L). Mascara (Monsun), elle aussi née en Allemagne, a produit Gold for Tina (Lando), troisième du Prix de la Pépinière (L), et Max Dynamite (Great Journey) qui était jusqu’à ce jour le porte-drapeau du haras. Mascara a un yearling par Charm Spirit (Invincible Spirit) et elle va être saillie par Joshua Tree (Montjeu) pour produire un profil polyvalent, capable d’aller à la fois en plat et sur les obstacles. C’est une jument qui donne des chevaux durs mais assez légers. »

Élever pour courir. En France, sous les couleurs de son éleveur, Max Dynamite s’était classé troisième du Prix François Mathet (L). Exporté, il est passé sous la férule de Willie Mullins où il a d’ailleurs réalisé de bonnes performances sur les obstacles. Mais c’est finalement en plat qu’il a continué à briller au meilleur niveau. Gagnant de la Lonsdale Cup (Gr2), il est monté à deux reprises sur le podium de la Melbourne Cup (Gr1). Comme Max Dynamite, 13 des 14 black types de l’élevage ont débuté sous les couleurs de l’écurie haras de Quétiéville. Olivier Foucher nous a expliqué : « Jusqu’à récemment, l’objectif premier de monsieur Sels était surtout de faire courir sous ses couleurs. Depuis deux années, le haras s’ouvre au commerce. Nous vendons des yearlings et des chevaux à l’entraînement. Nous élevons sur 85 hectares et utilisons les aliments Baileys. Depuis 2007, l’année où monsieur Sels repris le haras de Quétiéville, nous avons au moins un black type par saison. C’est avec ce haras, qui appartenait auparavant à madame Del Duca, qu’il s’est lancé dans l’élevage. Auparavant, il avait seulement quelques chevaux sous ses couleurs. Nous avons entre 20 et 24 juments, d’où 16 à 18 foals par an. Au départ, il a commencé avec ses anciennes juments de course, comme American Nizzy, qu’il avait d’ailleurs élevée. »

Le premier étalon maison. American Devil (American Post) fut le premier bon cheval et le premier étalon façonné par Guido Sels.  Olivier Foucher nous a confié : « Nous avons beaucoup soutenu American Devil en lui envoyant un nombre important de juments. Nous voulons lancer notre étalon qui est stationné au haras de Grandcamp. La qualité des premiers poulains nous a encouragés à continuer à lui faire confiance. Nous avons de très bons retours de l’entraînement et du préentraînement. Plusieurs éleveurs ont eux aussi envoyé à nouveau des juments après avoir obtenu leurs premiers poulains. »