L’histoire de Barkaa… tout sauf un long fleuve tranquille !

Élevage / 10.04.2018

L’histoire de Barkaa… tout sauf un long fleuve tranquille !

Par Adrien Cugnasse

Latita (Silver Frost), lauréate du Critérium du Languedoc (L), Seaella (Canford Cliffs), proche deuxième du Prix Miesque (Gr3), et enfin Barkaa (Siyouni), impressionnante dimanche à ParisLonchamp... Leurs points communs ? Des engagements classiques, et un copropriétaire, José Bruneau de La Salle ! Il nous a raconté l’histoire atypique de la lauréate du Prix Vanteaux (Gr3).

Une vente cassée… et récupérée « J’ai de bonnes relations avec Fabrice Vermeulen et Jérémy Para. Ils devaient recevoir un lot de cinq yearlings aux ventes, dont Barkaa [Marc Antoine Berghgracht a signé le bon à 66.000 € en août 2016 à Arqana, ndlr]. Au départ, je devais être copropriétaire de ces chevaux. Mais les autres investisseurs n’ont finalement pas honoré leurs engagements. Arqana a donc annulé la vente. Plutôt que de tout perdre, je suis allé voir Éric Hoyeau en lui demandant de me laisser un délai de quelques semaines et je me suis engagé à finaliser la transaction. En échange, l’entraîneur a accepté de faire un effort sur les pensions. Barkaa n’a pas tardé à me récompenser. Latita fut elle aussi achetée pour une somme modique. »

Des associations choisies. « Fabrice Vermeulen, Jérémy Para et leur équipe estimaient beaucoup la pouliche. Mais avant d’éventuellement m’associer avec un autre propriétaire, je voulais être certain de sa qualité, pour que tout se passe bien. C’est ainsi qu’après son premier succès, de deux longueurs, au mois de novembre de ses 2ans, Gérard Augustin-Normand en a acquis la moitié. Je m’entends très bien avec lui. Nous avons fait un deal qui nous permet de conserver cette bonne pouliche. Quelques semaines plus tôt, j’ai suivi les conseils de Fabrice Vermeulen et Jérémy Para en investissant dans Seaella qui fut acquise pour 22.000 € à réclamer. Elle aussi a confirmé au niveau black type. Nous sommes quatre copropriétaires, Gérard Augustin-Normand, Daniel-Yves Trèves et Jean-Claude Rouget. »

La pouliche d’une vie ? « Depuis cet hiver, Barkaa a beaucoup progressé, tant sur le plan physique que mental. J’ai des chevaux depuis 1973, sans interruption, et j’ai eu la chance d’avoir plusieurs bons chevaux, en tant que propriétaire avec Santalino (Grand Prix de Deauville, Gr2), Mille et Mille (Prix du Cadran, Gr1) et Carilo (3e du Prix Cambacérès, Gr1), mais également en tant qu’éleveur avec Flying Trio (2e du Critérium de Saint-Cloud, Gr2). Mais je dois avouer que Barkaa m’impressionne. Je ne suis pas joueur, mais après l’avoir vue à ParisLonchamp, j’ai mis une pièce sur elle ! J’aime beaucoup travailler avec Fabrice Vermeulen et Jérémy Para, ils sont complémentaires, compétents et très agréables. C’est important, pour un propriétaire, d’avoir du plaisir à passer du temps à l’entraînement, en ayant le sentiment d’être le bienvenu. »

 Côté pedigree : peu commun aussi !

On peut regarder la généalogie de Barkaa de plusieurs manières. Elle est bien sûr le 13e gagnant de Groupe de Siyouni, un étalon aujourd’hui internationalement reconnu. La pouliche a vu le jour au haras d’Ellon, une structure dont on connaît la réussite (Latita, La Canche, Almorox, Royal Dolois…) et qui avait déjà élevé une très bonne fille de Siyouni avec Volta XX (Prix de Sandringham, Gr2, deuxième du Prix Rothschild et troisième du Prix de Diane Longines, Grs1). De plus, la mère de Barkaa a donné trois autres black types, dont My Old Husband (Gentlewave), triple lauréat de Listed.

Mais si l’on remonte un peu dans son pedigree, Barkaa est aussi et surtout le fruit d’un véritable coup de poker de Jean-Pierre Colombu. Et pour cause, cet éleveur sans sol a conservé cette famille pendant deux générations sans qu’elle ne lui donne un seul gagnant significatif ! Mieux encore, pour concevoir Dentelle (Apeldoorn), il a tenté un inbreeding sur R B Chesne (Brigadier Gérard), un étalon aujourd’hui complétement oublié.

Au mois de février, Jean-Pierre Colombu nous avait confié : « Six produits de Bedford Row [3e mère de Barkaa, ndlr] ont été vus en course, mais aucun n’avait réussi à gagner. Sa fille, Dryden, avait été accidentée après avoir été poursuivie par des chiens. Elle n’a jamais couru. Mais Dryden a donné naissance à cinq produits, tous issus de mon élève Apeldoorn, d’où un inbreeding 2×3 sur R B Chesne. Un seul a gagné et c’était une femelle, Dentelle. Avant de rentrer au haras, elle avait remporté trois courses dans l’Ouest […] Parfois, on est tenté d’essayer des choses auxquelles personne ne croit. Tout le monde me déconseillait de conserver la souche de Dryden. Mais quand j’ai vu Dentelle, alors qu’elle était foal, je me suis dit : "C’est celle-là qu’il faut que je garde !" […] Surtout que j’ai le sentiment d’avoir véritablement façonné cette poulinière : je l’ai élevée, mais j’ai aussi élevé son père et sa mère. »