ParisLongchamp, encore en rodage mais déjà très sympa

Courses / 08.04.2018

ParisLongchamp, encore en rodage mais déjà très sympa

Par Adeline Gombaud

Vous avez forcément déjà été invité à une pendaison de crémaillère d’amis proches. Suffisamment proches pour qu’ils vous convient dans leur nouvelle demeure alors que les cartons sont tout juste déballés et que les plinthes, comme les cadres, ne sont pas encore posés. S’ils vous ont invité, bien que conscients que tout n’était pas parfait, c’est parce qu’ils savaient que vous vous montreriez indulgent. Parce qu’ils avaient simplement très envie de vous faire partager leur nouveau nid. Parce que le plaisir de se retrouver prendrait forcément le pas sur les désagréments d’une maison pas encore complètement finie. Parce que vous êtes des intimes.

Indulgence ! Ce dimanche, jour de réouverture tant attendu de ParisLongchamp, nous étions tous des intimes de France Galop. Parce qu’objectivement, l’hippodrome a encore besoin de finitions. Mais France Galop savait que nous, socioprofessionnels des courses, serions indulgents. Vous avez sans doute remarqué qu’aucune communication à destination du grand public n’a été faite sur cette journée pourtant si symbolique pour nous. Quand nous avons demandé à Olivier Delloye, en début de journée, de nous communiquer les chiffres de la fréquentation, le directeur général de France Galop nous l’a dit sans détour : « Bien sûr, nous les communiquerons. Mais nous ne nous sommes fixé aucun objectif. » [Pour l’anecdote, 4.000 personnes furent finalement comptabilisées à Longchamp dimanche, ce qui n’est franchement pas nul du tout vu le contexte.]

Pour le vrai coup d’envoi de ParisLongchamp, il faudra attendre le 29 avril, date de l’inauguration officielle. C’est pour ce rendez-vous qu’il faudra mettre le paquet sur la communication et que tout devra être parfait. Parce que les visiteurs de cette journée hors du commun ne pardonneront pas, comme nous l’avons fait, les imperfections d’un vaisseau en cours de finalisation. Parce que le vrai enjeu ne sera pas de les faire venir, mais de les faire revenir.

En mode progressif. France Galop ne nous a pas pris en traîtres. En amont, ses équipes avaient relayé inlassablement le message : entre le 8 et le 24 avril, le site de ParisLongchamp sera ouvert en mode "progressif". Dans le domaine de la communication, le choix des mots est capital. On appelle cela des éléments de langage.

Parmi les choses qui nous ont frappés : il faudra absolument rétablir la présence d’un tableau d’affichage de l’arrivée au niveau du poteau ! Et aussi mieux publier les résultats et les rapports de la course précédente sur les nombreux écrans.

Mais de l’avis de tous, le mode "progressif" a surtout été frappant dans les lieux de restauration. Nous étions tous prévenus, mais cela n’a pas empêché quelques déceptions. Des entraîneurs venus de loin avec des clients se sont retrouvés devant un restaurant du Panorama complet depuis de nombreux jours. Et les solutions de repli n’étaient pas nombreuses. Elles pouvaient prendre la forme des planches de charcuterie et de fromage servies au salon Trêve (l’ex-salon des propriétaires) ou au salon Sea Bird, réservé aux locataires des loges. Mais les places assises étaient loin d’être suffisantes pour accueillir les plusieurs centaines de personnes dont l’estomac criait famine.

Le locataire d’une loge trouvait cette métaphore : « Entre les loges et le salon Sea Bird, c’est un peu comme si une autoroute à quatre voies se transformait subitement en chemin de campagne ! » Quand vous laissez penser à quatre cents personnes qu’elles pourront boire un verre alors que le salon peut accueillir quarante personnes assises, l’embouteillage est inévitable.

Restait alors – pour les personnes en mal d’espace où se restaurer – les bars et les buvettes. Le vieux Longchamp n’avait pas bâti sa réputation sur la qualité de ses sandwichs. Autant vous prévenir : ce n’est pas mieux à ParisLongchamp !

J’ai quand même trouvé quelques personnes organisées qui avaient réservé à temps (et prépayé en ligne) leur table au Panorama. Elles y ont mangé « une cuisine standard, servie un peu lentement, mais ce qui est tout à fait logique pour une première » (sic). De l’indulgence, on vous dit ! Un fin gourmet nous a prévenus : « J’attends avec impatience l’ouverture de la brasserie. Je me suis même mis au régime pour pouvoir y ripailler comme il se doit ! » Les mange-debout installés à l’entrée des balances, avec des stands servant du champagne, ne sont pas restés longtemps vides. Ils étaient installés à proximité du rond, là où se déploiera d’ici quelques semaines la fameuse brasserie tant attendue !

Du côté des loges, on retrouvait le même sentiment : un mélange entre le plaisir d’être là et l’évidence de quelques détails à améliorer. Exemple symbolique : les cinquante premières loges ont, pour se faire reconnaître, une petite plaque en laiton indiquant le numéro de la loge… alors que les suivantes doivent se contenter d’un autocollant qui commençait déjà à se décoller ! Plus sérieusement, les bancs en bois façon banc de jardin (ils ont été préférés aux fauteuils que l’on trouve traditionnellement dans ce genre d’espaces) mériteraient un ou deux coussins. Quelques prises pour recharger les téléphones portables seraient aussi appréciées.

Tradition et renouveau. Le ventre plus ou moins plein, il était temps de comprendre notre nouvel hippodrome. Le nouveau rond, plus étroit et plus long que l’ancien, permet au public d’être beaucoup plus proche des chevaux. C’est bien (à part pour ceux qui emmènent des chevaux un peu tendus)… La tribune, objet de toutes les attentions, a beaucoup fait parler par son coloris doré. Cela plaît à certains, beaucoup moins à d’autres… Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est de pouvoir assister au plus près au spectacle qui est proposé. Dans les écuries, au rond, puis sur la piste bien entendu. De ce point de vue-là, c’est réussi. Très réussi aussi : les bornes de paris sont très nombreuses, ainsi que les hôtes et hôtesses munies d’un terminal mobile. C’est très prometteur pour les parieurs.

L’open-stretch ? On en a déjà beaucoup parlé. Certains chevaux, les plus immatures, ont tendance à flotter quand ils se retrouvent dans un grand espace vide. Ils cherchent un appui. D’autres, plus droits, en ont profité. Il est encore un peu tôt pour avoir un jugement définitif.

Et le sport dans tout cela ? Il est forcément passé au second plan, au moins pendant la première partie de la journée. Les esprits chagrins retiendront que les chevaux anglais ont gagné deux des trois Groupes de la journée. Mais c’est bien une française qui a laissé la plus belle impression de la journée. Barkaa (Siyouni) s’est envolée dans le Prix Vanteaux (Gr3). La pouliche de Gérard Augustin-Normand et de José Bruneau de La Salle restait sur sa victoire dans le Prix de la Californie (L), à Cagnes. Barkaa a été élevée au haras d’Ellon, qui a signé dimanche un coup de deux très symbolique, confirmant sa réussite constante au plus haut niveau. Son éleveur est le docteur Jean-Pierre Colombu, vice-président de France Galop, et elle est entraînée par Fabrice Vermeulen, qui tient toujours la tête du classement des entraîneurs par les gains. Francis-Henri Graffard, un autre membre de la nouvelle vague des entraîneurs français, a quant à lui réalisé un coup de trois. La tradition, le renouveau. Tout un symbole.

Une boîte à idées pour ParisLongchamp

France Galop propose aux personnes présentes lors des premières réunions organisées dans le nouveau Longchamp de faire parts de leurs remarques, suggestions et idées. Pour cela, il suffit d’écrire à cette adresse : boiteaidees@parislongchamp.com