ParisLongchamp, un lancement réussi malgré les gouttes

Courses / 29.04.2018

ParisLongchamp, un lancement réussi malgré les gouttes

« All the leaves are brown, and the sky is grey ! » Le groupe de musiciens qui animait la zone proche des balances ce dimanche s’est donné à fond pour faire vivre le plus grand tube de The Mamas and the Papas. Car justement, le ciel était vraiment gris, il a plu et il faisait froid à ParisLongchamp. Malgré une météo peu engageante, le public a répondu présent. Et les spectateurs n’ont pas été déçus car le bilan de cette inauguration est largement positif.

Waterproof. Il régnait une ambiance automnale ce dimanche à ParisLongchamp. D’ailleurs, après l’averse, Cracksman (Frankel) a signé un éclair de classe et son propriétaire nous a donné rendez-vous à l’automne. C’est à cette saison que l’hippodrome va passer son véritable test, à l’occasion du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Dominique Perrault, l’architecte de la nouvelle version du champ de course du bois de Boulogne, a expliqué : « L’hippodrome a été conçu, dans ses teintes et dans son aménagement, pour accueillir un événement du mois d’octobre. » Il faut reconnaître que lorsque le temps n’est pas de la partie, ParisLongchamp ne sombre pas dans la noirceur, contrairement à son prédécesseur. Le public dispose de nombreux lieux, un peu partout sur le site, pour s’abriter tout en continuant à suivre l’action.

Faire naître des vocations. Ce dimanche, il y avait une proportion de jeunes supérieure à ce que l’on a l’habitude trouver sur un hippodrome parisien. Et c’est heureux car cela signifie que les dispositifs de communication mis en place par France Galop ont su atteindre ce public et le faire venir. Et puis il y avait des moins jeunes. Comme le prince Khalid Abdullah, qui était d’ailleurs déjà là le 8 avril. Pour ce jeune homme de 81 ans, Longchamp a une place particulière. C’est ici, en 1956, qu’est née sa passion pour les courses. Il a connu les trois versions du champ de course. Ses déplacements sont comptés mais il s’y est pourtant déplacé deux fois dans le même mois. Tout un symbole. Olivier Delloye, le directeur général de France Galop, nous a expliqué : « Nous espérons qu’il reviendra à ParisLongchamp pour voir Enable dans l’Arc ! Ce dimanche, grâce à Cracksman, nous avons eu un superbe spectacle sportif. C’est important pour un lancement. »

Des améliorations appréciables. Olivier Delloye a poursuivi : « Les prévisions météorologiques étaient très alarmistes. Au final, nous avons été plutôt chanceux car le temps a été moins catastrophique que prévu. Cela n’a pas entamé la bonne humeur du public. L’ambiance était vraiment bonne. Ceux qui étaient là le 8 avril sont revenus. Les gens commencent à apprécier et à s’approprier les lieux. Le public était bruyant et souriant. Les arrivées étaient animées. C’était convivial. Le site est assez lumineux, même lorsque le temps est gris et on le doit en grande partie au parti pris architectural. L’hippodrome est très ouvert, avec moins de bâti et plus de verdure. On est très loin de l’ambiance minérale qui régnait auparavant. On trouve plus de zones de repli face au mauvais temps. Et il y avait des jeunes. C’est une bonne découverte pour eux avant les soirées du jeudi où ils seront notre cœur de cible. Nous avons l’outil de travail pour les fidéliser. »

À table ! La restauration est un point de mécontentement récurrent sur les hippodromes de France Galop. Les différentes personnes que nous avons pu interroger ont déploré quelques difficultés pour voir les courses depuis leur table mais ils ont salué le bon rapport qualité/prix des menus, la beauté du cadre et la qualité du service. Olivier Delloye a précisé : « Nous ne sommes pas encore arrivés au dispositif ultime. Notamment au niveau de la décoration et de l’aménagement intérieur. Mais surtout, nous ne sommes pas encore dans un véritable mode d’exploitation de restaurant. Ce dimanche, nous fonctionnons plus en mode traiteur, avec un choix plus réduit. Mais cela a donné une certaine satisfaction. Nous avons un certain nombre de retours positifs.  J’ai passé du temps dans les espaces réservés aux professionnels. J’ai eu l’heureuse surprise de constater que ceux qui étaient un peu sous le choc face à la nouveauté semblent à présent prendre leurs marques. Ils sont plus à leur aise et nous avons apporté des améliorations. Nous avons encore du travail au niveau des sanitaires, du confort du personnel d’écurie et des sanitaires grand public. »

L’avis du grand public. Outre le climat, la réunion de dimanche a dû faire face à une région parisienne partiellement dépeuplée pendant cette période de vacances, avec en outre le pont du 1er mai. Malgré tout, 24.000 entrées ont été vendues et/ou téléchargées sur internet. Tout au long de la journée, 10.136 personnes se sont déplacées. Un score honorable compte tenu du contexte. À ce sujet, Olivier Delloye a précisé : « Les médias généralistes ont bien relayé l’évènement. Notre partenaire, Noctis, a joué le jeu en sollicitant son fichier de clients qui compte beaucoup de jeunes. The Avener était un facteur déclencheur pour le public des jeunes. » Nous sommes allés à la rencontre du grand public pour prendre la température de cette inauguration. Émilie, Valentin et Audrey, qui travaillent dans le marketing digital, n’étaient jamais venus sur un hippodrome. Ils nous ont dit : « Nous avions des places et nous nous sommes dit que cela pouvait être sympa de découvrir un champ de course. Malgré le temps, nous avons préféré venir voir des chevaux plutôt que rester chez nous devant Netflix  ! C’était marrant. Ça vaut le coup de venir. Par contre nous avons eu du mal à trouver des explications pour parier ou la direction des toilettes. Beaucoup de jeunes qui travaillent au sein de l’organisation sont mal renseignés. Et c’était un peu galère pour arriver jusqu’ici en transports en commun. » Marc est journaliste dans la presse généraliste. Il est venu boire un verre avec ses amis : « L’hippodrome est superbe. Il a un potentiel énorme qui semble sous-exploité. L’ambiance n’est pas guindée. Le DJ set est attractif. C’est une fête foraine mais en mieux ! Il manque juste 10°C. »

LEURS RÉACTIONS

Teddy Grimthorpe (racing manager de Juddmonte) 

« Cela va devenir très bien mais il y forcément besoin d’un peu temps pour que tout se mette en place. Tout le monde doit trouver sa place. Mais c’est une très bonne chose pour les courses françaises. Il faut faire revenir du monde sur les hippodromes. Le public présent ce dimanche est très appréciable. Le prince Khalid Abdullah est très content de s’être déplacé. »

John Gosden (entraîneur)

« Je trouve l’hippodrome très élégant. Je comprends ce que l’architecte a voulu créer. C’est très adapté pour les chevaux. J’aime bien le restaurant en bas à côté du rond. J’espère qu’il va attirer les plus jeunes aux courses. J’aimais beaucoup les anciennes tribunes mais elles n’étaient plus fonctionnelles. Si vous étiez au rond et que vous vouliez monter voir la course, il fallait vraiment se presser. Celui-là est plus pratique. »

Lanfranco Dettori (jockey)

« C’est beau. J’aime Longchamp qui est l’un de mes champs de course favoris dans le monde. Je suis ravi de voir sa nouvelle version. C’est vraiment très bien et nous sommes partis pour une grande saison hippique. »

Anne Hidalgo (maire de Paris)

« Merci à Édouard de Rothschild, merci à Dominique Perrault, merci aussi à monsieur le Ministre d’être là aujourd’hui. Ce lieu est magnifique. J’ai eu la chance de participer au jury qui a retenu ce projet architectural en 2011, et le projet répond à ses promesses. Outre les courses, il va devenir une destination de promenade, un lieu très apprécié des Parisiens et des touristes. Nous sommes au cœur de Paris. Dans la perspective de l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, montrer qu’on a la capacité d’avoir déjà des lieux aussi exceptionnels font partie des atouts de Paris et de la France. Ce sont une ville et un pays qui gagnent ! »

Cyril Linette (directeur général du PMU)

« C’est ma première visite sur cet hippodrome magnifique de ParisLongchamp. C’est un outil qui réunit tous les critères pour permettre au monde des courses de gagner en visibilité, d’attirer de nouveaux publics. Tous les grands stades font face à la même problématique, qui est à la fois d’attirer une nouvelle clientèle et d’animer le lieu en dehors des courses. Il faut faire de ces enceintes un lieu de vie : tout le monde le dit, mais peu le font. Bravo donc à France Galop d’avoir réussi cela. Me concernant, je ne suis pas un expert des courses. Mais j’ai constaté à mon arrivée au PMU qu’il y avait beaucoup de spécialistes, de militants presque ! Avec Bertrand Méheut, nous aurons un regard neuf, avec un peu de recul, ce qui pourrait nous permettre d’apporter des idées nouvelles. »

Hervé Morin (président de la région Normandie)

 « L’architecture est somptueuse. C’est très réussi. L’hippodrome est plus compact, plus convivial, avec moins de distance. Le rond a été préservé. Il y a du monde malgré le froid de canard. À présent, il faut le faire vivre en dehors des journées de courses et que les Parisiens prennent l’habitude d’y venir. »

Astier Nicolas (champion olympique)

« C’est ma première à Longchamp. C’est très chouette. Il fallait le rénover. On trouve une belle diversité d’animations. L’ambiance est bonne malgré le temps, même si c’est très différent du côté fantasque des réunions anglaises que j’ai pu connaître. Mais on doit pouvoir tendre vers cela. C’est ça qu’il faut pour les courses. J’espère avoir le temps de revenir rapidement. »

Alban Oré et Romane Carron de la Carrière (Aux courses les jeunes)

 « Il y a du monde malgré le temps. L’organisation s’est améliorée, aussi bien au niveau des balances que de l’accès aux étages. Il y a pas mal de bars, ce qui est sympa. La tranche des 18 ans - 30 ans est bien représentée. Les jeunes prennent leurs marques et l’ambiance est très bonne. L’impression de foule est très agréable. C’est une belle surprise. Nous n’avons pas encore visité toutes les parties du champ de course. »