Zarkava et les autres, championnes, mais aussi matrones ! - Par Franco Raimondi

Courses / 22.04.2018

Zarkava et les autres, championnes, mais aussi matrones ! - Par Franco Raimondi

Zarkava et les autres, championnes, mais aussi matrones !

Par Franco Raimondi

Championne ne rime pas forcément avec matrone, mais la semaine dernière, des pouliches issues de Zarkava (Zamindar) et Dar Re Mi (Singspiel) ont ouvert leur palmarès à ParisLongchamp et Newbury. Les parents de Zarkamiya (Frankel) totalisent quinze succès de Gr1, ceux de Lah Ti Dar (Dubawi) n’arrivent qu’à six. Le programme de Zarkamiya est encore à dessiner, alors que Lah Ti Dar, avec une course et une victoire, est devenue la troisième favorite des Oaks.

Zarkava vs Dar Re Mi, en piste. Zarkava et Dar Re Mi se sont déjà affrontées une fois, dans le Qatar Prix Vermeille (Gr1) en 2008. La française, qui s’est retirée invaincue, avait bien entendu triomphé ! L’anglaise a aussi combattu avec d’autres championnes de son époque. Elle avait battu sur la piste Stacelita (Monsun) dans la même course l’année suivante, mais avait été rétrogradée à la cinquième place à la suite d’une enquête qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque et qui n’aurait pas eu la même issue de nos jours. Dar Re Mi a aussi battu la japonaise Buena Vista (Special Week) dans le Sheema Classic (Gr1). Goldikova (Anabaa) avait croisé le chemin de Zarkava avant de remporter ses trois Breeders’ Cup Mile et quatorze Grs1.

Dix superstars, quatre-vingts Grs1. Sur ces quelques lignes, j’ai déjà nommé cinq des dix championnes qui ont fait chavirer nos cœurs il y a une dizaine d’années. Elles sont nées dans la période 2004/2006. Les cinq autres ? L’invaincue Black Caviar (Bel Esprit), la presque invaincue Zenyatta (Street Cry), la merveille Rachel Alexandra (Medaglia d’Oro), la japonaise Vodka (Tanino Gimlet) qui avait battu les poulains dans le Derby. La dixième est Midday (Oasis Dream). À elles dix, elles ont gagné quatre-vingts Grs1, ce qui est énorme. Huit d’entre elles ont battu les mâles à plusieurs reprises.

Quelle belle époque ! Quels souvenirs ! Probablement, dans l’histoire du pur-sang, on n’avait jamais eu la chance d’apprécier autant de championnes en une période aussi courte. Il ne s’est en effet écoulé que cinq ans et demi entre le premier Gr1 de Zarkava et le dernier de Black Caviar. Il est désormais plus intéressant de parler du présent de ces superstars et surtout du futur. Comment réussissent-elles au haras ? L’histoire est riche en anecdotes de championnes qui n’ont pas réussi à produire un cheval décent. Sans avoir la prétention de proposer une nouvelle étude comme celle de l’Américain John Estes qui avait démontré il y a cinquante ans, chiffres à l’appui, que les meilleures femelles en piste produisent plus de champions, j’ai passé en revue les débuts au haras de ces championnes.

Le cas Zenyatta. Parmi nos dix sujets d’étude, une seule n’a pas encore donné un gagnant. Il s’agit de Zenyatta qui a pouliné de son premier produit le 8 mars 2012. Ce poulain par Bernardini (A.P. Indy), nommé Cozmic One, a couru cinq fois avec comme meilleur classement une quatrième place. Un mauvais cheval. Le deuxième, Ziconic (Tapit) est encore maiden à 5ans, mais il a quand même glané huit places en douze sorties. Les deux suivants, une pouliche et un poulain par War Front (Danzig) sont morts avant d’avoir un an. Il reste une yearling par Medaglia d’Oro (El Prado). Zenyatta est un vrai cas. Elle a eu de la malchance, mais avec son gabarit hors norme, elle n’était pas une poulinière facile à croiser.

Jument Année Produit Année Produit

Black Caviar 2016 F. Snitzel 2017 F. More than Ready

Buena Vista 2016 F. King Kamehameha 2017 M. King Kamehameha

Dar Re Mi 2016 M. Dubawi 2017 M. Dubawi

Goldikova 2016 Goldika (F. Intello) 2017 Alikova (F. Galileo)

Midday 2016 Daytime (F. Frankel) 2017 F. Frankel

Stacelita 2016 F. Deep Impact 2017 F. Deep Impact

Vodka 2016 F. Invincible Spirit 2017 M. Frankel

Zarkava 2016 M. Invincible Spirit 2017 F. Siyouni

Zenyatta 2016 - 2017 F. Medaglia d'Oro

Rachel Alexandra, quel regret ! L’autre grande championne américaine, Rachel Alexandra, semblait partie pour une grande carrière de poulinière. Son premier produit, Jess’s Dream (Curlin), avait gagné lors de ses débuts, mais s’est accidenté ensuite et il est étalon en Floride. La deuxième, Rachel’s Valentina (Bernardini), a gagné les Spinaway Stakes (Gr1) à 2ans avant de terminer deuxième dans la Breeders’ Cup Juvenile Fillies (Gr1). Elle n’a couru que six fois, mais elle s’est placée de Gr1 à 3ans aussi. Rachel Alexandra a connu de sérieux problèmes après avoir pouliné de Rachel’s Valentina en 2013. Elle a eu des interventions chirurgicales et coule des jours heureux dans un paddock à Stonestreet. D’après sa propriétaire, Barbara Banke, elle pourrait être un jour à nouveau saillie par un étalon, mais avec un risque. C’est donc sa fille Rachel’s Valentina qui doit continuer la lignée et qui a déjà un foal par Curlin.

Six ont déjà un gagnant de Groupe. Dix championnes ne sont pas une large base statistique, mais trois d’entre elles ont déjà donné un gagnant de Gr1. En plus de Rachel Alexandra, Zarkava a produit Zarak  (Dubawi) et Stacelita a donné Soul Stirring (Frankel), gagnante du Hanshin Juvenile Fillies (Gr1) et des Oaks au Japon. Trois autres comptent déjà des gagnants de Groupe. Goldikova est la mère de Terrakova (Galileo), troisième du Prix de Diane Longines, et Dar Re Mi a produit So Mi Dar (Dubawi) qui a remporté un Gr3, mais en montrant assez de talent pour remporter un Gr1. Midday est la mère de Midterm (Galileo) qui est gagnant de Gr3 et a été castré, et de la gagnante de Listed et placée de Gr2 Mori (Frankel).

24,1 % de gagnants black types. Les dix championnes comptabilisent vingt-neuf produits de 3ans et plus, dont sept sont gagnants black types (et trois de Gr1), soit une réussite de 24,1 %. C’est plus qu’énorme ! Celles qui n’ont pas encore produit de Stakes winner sont Zenyatta, Black Caviar (qui a deux produits en âge de courir et un gagnant), Buena Vista (deux gagnants sur deux dont la 3ans Social Club qui a des moyens) et l’autre star japonaise Vodka. Certes, toutes ont eu droit aux meilleurs étalons. Sur les quarante-neuf produits – y compris les 2ans, yearling et foals – la valeur des saillies équivaut à 4,8 millions d’euros et il faut en ajouter cinq de Galileo (Sadler’s Wells) qui est affiché privé. L’étalon qui a été le plus croisé avec les championnes matrones est Frankel (9), suivi par Dubawi (6) et les deux frères Sea the Stars (Cape Cross) et Galileo.

Le voyage de Vodka. L’histoire la plus amusante est celle de Vodka. Elle est venue en Europe et a rencontré à trois reprises Sea the Stars. Le premier produit avait un joli nom, Volare, mais il a battu un seul record : il pesait 590 kg et galopait au ralenti. Le deuxième, Case by Case, n’était pas beaucoup plus rapide. La troisième, Tanino Urban Sea, 5ans, a gagné deux stakes qui ne donnent pas le droit au black type, mais elle a pris plus de 480.000 € de gains. Avec cette somme, elle a payé les trois saillies de Sea the Stars et un peu plus. Yuzo Tanimazu, le propriétaire de Vodka, a offert à sa championne deux rendez-vous avec Frankel et un avec Invincible Spirit (Green Desert) et il a dépensé 659.000 €. Le 3ans par Frankel, Tanino Frankel, est proche du black type et a pris 190.000 €. Tout compte fait, le Japonais a déjà récupéré ce qu’il a dépensé et il a une 2ans par Invincible Spirit et un yearling par Frankel. C’est beau d’avoir une championne-matrone !