Franck Delibéros, une si longue attente !

Courses / 17.05.2018

Franck Delibéros, une si longue attente !

Par Christopher Galmiche

À trois jours du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), dans lequel il sera représenté pour la première fois, Franck Delibéros nous a accordé un peu de son temps pour échanger au sujet de Borice (Network). La discussion a vite débordé sur sa passion pour les chevaux et les courses, et sur les liens qui l’unissent avec tous les hommes impliqués dans la carrière de Borice…

Tout éleveur, propriétaire, entraîneur ou jockey d’obstacle rêve du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Mais la route est très longue pour arriver à participer à cette épreuve. Cette route, Franck Delibéros l’a empruntée et elle l’a mené au Graal : il vivra dimanche le rêve d’avoir un partant dans le Grand Steeple 2018, avec Borice (Network). Un rêve d’autant plus intense qu’il le partagera avec Nicolas et Pascaline de Lageneste, copropriétaires du cheval, avec lesquels il entretient une longue amitié : « Borice sera mon premier partant dans le Grand Steeple sous mes couleurs. Et ce sera aussi le cas pour le haras de Saint-Voir. Avec Nicolas et Pascaline de Lageneste, nous vivons cette aventure avec beaucoup de plaisir. C’est un peu la quête du Graal. Nous élevons tous des chevaux pour avoir, un jour peut-être, un partant dans le Grand Steeple. Nous pouvons rêver d’une bonne prestation. Je voudrais aussi associer à ce moment mes deux enfants Victor et Marie, qui sont aussi passionnés. Ils viendront avec des amis pour soutenir l’équipe, mais aussi pour faire découvrir le monde des courses. C’est ainsi que l’on peut créer des nouvelles vocations… Nous en avons tant besoin ! »

Un cheval tardif. Borice n’a débuté qu’en fin d’année de 3ans, en plat, en 2014. Mais il était tardif. C’est pourquoi il n’a été revu en compétition qu’en 2016. Progressivement, il a monté les échelons. « Borice a montré qu’il méritait d’être engagé dans le Grand Steeple. Il a beaucoup de fond, de force. C’est un cheval qui est arrivé à maturité. Il a été très long à venir. C’est un grand modèle, le profil même des chevaux qui ne sont pas précoces et ont besoin d’arriver à maturité pour affronter les grandes courses. Je pense que ce sont ses origines qui ont fait qu’il était tardif. »

Des histoires d’amitié autour d’un cheval. Borice représente à lui seul l’exemple de ces liens humains qui se créént autour d’un cheval de course. Des liens amicaux entre un propriétaire, des éleveurs et un entraîneur. « J’ai acheté Borice car j’avais son frère, Starnice (Ragmar), chez François [Nicolle, ndlr]. Nous en attendions beaucoup, mais il s’est fracturé une jambe à l’entraînement en 2013. Borice est né en 2011. Je l’ai acheté foal. Je suis un éleveur sans sol, propriétaire, et j’achète des chevaux à la famille Vagne régulièrement. Le jour du Grand Steeple 2011, Nicolas ayant appris que j’avais acheté le poulain, m’a demandé si je voulais l’exploiter tout seul ou si j’acceptais de m’associer avec lui sur ce poulain, comme avec Tir au But ** (Trempolino). J’ai dit à Nicolas : "Au contraire, le partager avec toi sera un vrai plaisir !" C’est comme cela que l’association sur Borice s’est effectuée. Je m’associe avec Nicolas car les chevaux ne sont pas mon métier, juste ma passion. J’aime bien travailler avec des professionnels en qui je peux avoir confiance, qui sont de vrais professionnels, les meilleurs. C’est le cas de François Nicolle avec lequel nous travaillons depuis 1983. C’est vrai aussi avec Nicolas. »

La rencontre avec François Nicolle. Le nom de Franck Delibéros est souvent associé à François Nicolle, même s’il a une pouliche à vocation "plat" chez Alain Couétil et une poulinière chez Guy Cherel. Les deux hommes se sont rencontrés il y a plus de trente ans… « J’ai rencontré François Nicolle alors qu’il commençait sa carrière d’entraîneur. Il était venu chez mes parents, dans la Nièvre, pour voir l’élevage, et nous lui avions loué une pouliche que ma mère m’avait offerte pour me récompenser des coups de main que je donnais pour rentrer les chevaux... Elle s’appelait Quina du Soleil (Reasonable Choice) [une propre sœur de Rambranlt, ndlr]. François l’a prise à 2ans et demi. J’étais un jeune étudiant à l’époque. Elle gagnait assez régulièrement. Il a toujours été d’une grande rigueur, agréable. C’était le début de notre histoire. »

Il était une fois Isopani... En 1981, Isopani a défrayé la chronique en devenant le premier AQPS à remporter le Grand Steeple. Il provenait de l’élevage de la famille Vagne, amie de longue date de la famille Delibéros. C’est à partir de ce moment que la passion des courses a gagné Franck Delibéros. « En 1981, la victoire d’un cheval de la famille Vagne, Isopani, dans le Grand Steeple, a été le point de départ de ma passion pour les courses. J’ai vécu cela de manière intense et je me suis dit : "Un jour, je vivrai cela et j’aurai un partant dans le Grand Steeple." C’était il y a trente-sept ans ! Et nous y sommes enfin. Cela représente beaucoup de patience, de ténacité, de travail et de chance. C’est déjà très bien d’être présent au départ. »

La passion n’avait pas touché que le jeune Franck : « Ma mère élevait des AQPS. Elle a élevé Rambranlt (Reasonable Choice), qui a gagné le Prix du Président de la République (Gr3) 1989 pour Jean-Marc Baudrelle. Elle nous a quittés très tôt et elle n’a pas pu voir la victoire d’Arénice dans le Grand Steeple 1996. Nous l’avions vendu à Francis Montauban sur les conseils de François Rohaut. On n’oubliera pas qu’il a patiemment été façonné par François Rohaut, puis est passé chez Guillaume Macaire pour enlever son Grand Steeple. Je suis très fidèle à cette lignée des "ice". Borice et Farnice (Saddler Maker), qui a gagné brillamment à Dieppe vendredi dernier, sont issus de cette même famille. À travers les chevaux, il y a aussi les liens avec les hommes. J’ai grandi avec la famille Vagne. Mes parents étaient amis intimes avec eux. Il est primordial pour moi de partager les émotions que me donnent les chevaux avec des amis, au vrai sens du terme. Nous partageons les bons et mauvais moments. »

Quatre chevaux à l’entraînement et quatre poulinières. Franck Delibéros a des chevaux aussi bien à l’entraînement qu’à l’élevage, avec toujours dans l’idée de faire des chevaux de course. « J’ai quatre chevaux à l’entraînement. Et j’ai quatre poulinières sur lesquelles je suis associé avec des professionnels comme Nicolas [de Lageneste, ndlr], Patrice et Bruno Vagne ainsi que Guy Cherel. Pour les croisements, nous en parlons et j’écoute leurs conseils. Mes croisements, je les raisonne pour faire des chevaux de course. »

La belle histoire de Tir au But. Tir au But a été l’un des meilleurs sauteurs français, gagnant notamment le Grand Steeple-Chase d’Enghien et le Prix Léon Olry-Roederer (Grs2). C’est aussi grâce à lui, au final, que Saint-Voir et Franck Delibéros se sont associés sur Borice. « Ma plus belle histoire, c’est quand même Tir au But qui l’a écrite. J’avais deux poulinières à l’époque et j’avais demandé à Nicolas [de Lageneste] de m’en prendre une et de me prévenir si un jour elle avait un mâle. Cette jument n’a eu que des femelles. Mais à la génération suivante, Maîtresse de Maison (Vidéo Rock) lui a donné un mâle. Il m’a appelé et m’a demandé de venir le voir. Je l’ai acheté et Pascaline m’a dit qu’ils aimeraient bien l’exploiter avec moi. Il a gagné le Prix Emilius à Auteuil, à 3ans, de brillante manière. C’était bluffant. Puis après, il y a eu la victoire dans le Prix Léon Olry-Roederer (Gr2), le Grand Steeple d’Enghien (Gr2)… C’est le cheval qui a, pour l’instant, marqué ma vie et m’a fait aussi découvrir un ami, Guy Cherel. Je me souviens aussi de Starnice qui avait gagné en province après avoir eu un obstacle d’avance sur les autres. J’ai un souvenir impressionné de ce succès. »

Le week-end de l’obstacle, une bonne initiative. Cette année, le week-end du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) va avoir le renfort de la Grande Course de Haies d’Auteuil et du Prix Alain du Breil (Grs1). Un aménagement qui a fait dire à Franck Delibéros : « Je trouve que l’aménagement du week-end du Grand Steeple est très bien. C’est un mini-meeting qui permet de faire venir beaucoup de gens, tous les professionnels. C’est très dense. »

[à plat]

Un premier partant dans le Grand Steeple pour Saint-Voir

Le haras de Saint-Voir fait partie des plus grands haras d’obstacle au monde. Pour la première fois, il va être représenté dans la colonne des propriétaires dans le Grand Steeple grâce à Borice. Nicolas de Lageneste nous a dit : « Comme propriétaire, Borice va être notre premier partant. Nous avions déjà eu Cokydal (Cadoudal), en tant qu’éleveur. Notre élève Homme du Jour (Vidéo Rock) avait été deux fois non-partant dans la course. Nous sommes ravis de partager ces émotions avec Franck [Delibéros]. Ce n’est pas un objectif facile à atteindre. C’est très sympathique car ce cheval a été élevé par ma belle-famille. Borice n’était pas précoce. Et dès que le terrain devient lourd, il n’est pas à l’aise. Nous aurons aussi De Bon Cœur dans la Grande Course de Haies. Cela va être un grand moment. »