LE MAGAZINE - Pas besoin d’être classique pour produire classique !

Élevage / 14.05.2018

LE MAGAZINE - Pas besoin d’être classique pour produire classique !

Par Adrien Cugnasse

Ce dimanche à ParisLongchamp, Camacho et Declaration of War ont donné leur premier gagnant de Gr1 avec Teppal et Olmedo**. Leur point commun ? Ils ont tous deux des carrières atypiques et bien différentes de celles d’un étalon "classique".

Les précédentes éditions des Guinées françaises ont, sans surprise, été remportées par des produits d’étalons qui avaient eux-mêmes été capables de monter sur le podium au niveau Gr1 à 2ans ou 3ans (Tamayuz, Le Havre, Siyouni, Rajsaman, Galileo, Makfi, Mizzen Mast…). Ce n’est pas le cas en 2018. En effet, à ces âges, Camacho (Danehill) et Declaration of War (War Front) étaient très loin de ce niveau…

Des débuts anonymes à Pornichet. Declaration of War a débuté sa carrière chez Jean-Claude Rouget. Le Palois a déjà entraîné deux classiques issus d’un père qu’il avait eu dans ses boxes : La Cressonnière et Avenir Certain, deux filles de Le Havre (Noverre). La grande différence vient du fait que Le Havre, deuxième de la Poule d’Essai des Poulains et lauréat du Prix du Jockey Club (Grs1), était un vrai classique. Declaration of War ne peut pas se prévaloir d’un tel palmarès à 3ans. Cet élève de Joseph Allen a effectué ses premiers pas au mois de novembre de ses 2ans sur la P.S.F. de Pornichet. Il a également gagné sa deuxième sortie, le Prix Habitat (D), de huit longueurs, sur la fibrée de Deauville. Dans les deux cas, Declaration of War battait des lots relativement modestes.

L’explosion à 4ans. Avant la saison classique, le poulain a quitté le Sud-Ouest pour rejoindre les boxes d’Aidan O’Brien. Le bilan de son année de 3ans est modeste : trois sorties et une victoire dans les Diamond Stakes (Gr3) sur la piste tout temps de Dundalk, devant des chevaux qui n’ont pas répété au niveau supérieur. C’est seulement à l’âge de 4ans que Declaration of War a véritablement explosé en remportant les Queen Anne Stakes et les Juddmonte International Stakes (Grs1). À York, il réalisait la meilleure valeur de sa carrière, devant Trading Leather (Teofilo) et Al Kazeem (Dubawi). Pour son ultime sortie, qui était aussi la première sur le dirt,  Declaration of War fut battu du minium dans la Breeders' Cup Classic (Gr1). L’année suivante, à l’âge de 5ans, il a effectué ses débuts au haras en Irlande. Proposé par Coolmore à 40.000 € la saillie, ce pur américain a effectué une bonne première saison de monte malgré son profil atypique. Sa première génération compte 124 naissances, dont Olmedo**. L’étalon a donné cinq black types sur 80 partants (6,25 %). Après cette unique saison européenne, il est parti faire la monte aux États-Unis où son tarif n’a cessé de baisser, passant de 40.000 $ en 2015 à 25.000 $ en 2018.

Camacho s’est fait tout seul. Comme Declaration of War, Camacho, le père de Teppal, n’a jamais goûté aux joies du classicisme. Il s’est imposé dès ses débuts, au mois de juillet de ses 2ans, en modeste compagnie, avant de se classer troisième des McKeever St. Lawrence Conditions Stakes, à distance de Librettist (Danzig). À 3ans, pour sa rentrée, Camacho a gagné une Listed sur 1.200m à Haydock, devant des chevaux qui n’ont pas répété au niveau supérieur. Il s’est ensuite classé deuxième des Jersey Stakes (Gr3) de Proclamation (King’s Best), lequel s’est imposé dans les Sussex Stakes (Gr1) lors de sa sortie suivante.

Bien né, puisque frère utérin de l’étalon Showcasing (47 black types pour 238 partants, soit 19,74 %), Camacho a débuté sa carrière modestement, au tarif de 4.000 €, en Irlande, avec des générations peu fournies (26 partants la première année). Cet élève de Juddmonte a fait sa réputation en produisant précoce et "vite", conformément à ce que son pedigree pouvait le laisser espérer. Teppal est d’ailleurs son unique gagnant de Groupe sur le mile. Son prix de saillie a progressivement augmenté pour atteindre 7.500 €, à Yeomanstown Stud. Il compte 16 black types sur 271 partants (5,9 %).

Le bon début d’année des "FR". Avec Teppal, Cœur de Beauté (Dabirsim), Olmedo et Dice Roll (Showcasing), quatre "FR" sont montés sur le podium des deux premiers classiques français. C'est la deuxième fois seulement que les "FR" réussissent de telles performances sur les deux dernières décennies. Si l’on ajoute la deuxième place de Laurens (Siyouni) dans les 1.000 Guinées, on obtient alors le meilleur début de saison classique de l’élevage français depuis très longtemps. Ces quatre poulains sont passés par les ventes, trois à Arqana (Teppal, Dice Rool, Olmedo) et une à Osarus (Cœur de Beauté). Dans les Poules d’Essai 2018, un seul étalon français est monté sur le podium, c’est Dabirsim (Hat Trick). À sa manière, l’étalon de Grandcamp, qui décroche une première place au niveau classique, s’inscrit dans une particularité bien française.

La France est toujours un peu à part. En effet, des lignées mâles assez atypiques dans le contexte européen se développent au cœur de l’élevage hexagonal. Hat Trick (Sunday Silence) reste désormais toute l’année au Brésil. Son fils Dabirsim est pour l’instant le seul exemple d’implantation du sang de Sunday Silence (Halo) en Europe. De même, Le Havre (par Noverre, qui a terminé sa carrière en Inde) représente l’une des dernières branches actives de la lignée mâle de Blushing Groom (Red God) sur le vieux continent. Kendargent (Kendor) porte les espoirs de pérennité en Europe de la lignée mâle de Grey Sovereign (Nasrullah). Enfin Siyouni (Pivotal) et Wootton Bassett (Iffraaj) semblent être les mieux placés pour assurer l’avenir de Pivotal (Polar Falcon) et d’Iffraaj (Zafonic)…