Un Grand Steeple… et deux casquettes

Courses / 17.05.2018

Un Grand Steeple… et deux casquettes

Par Anne-Louise Échevin

Dimanche, Richard Corveller va vivre intensément le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), sous deux casquettes différentes. Il est le propriétaire de Perfect Impulse, deuxième de l’épreuve reine d’Auteuil l’an passé. Elle sera certainement la favorite de cette édition 2018. Mais il est aussi l’éleveur de Djakadam, le pensionnaire de Willie Mullins qui tente un sacré défi face aux meilleurs steeple-chasers français.

Jour de Galop. – Dimanche, vous serez présent dans le Grand Steeple-Chase de Paris sous les casquettes de propriétaire, avec Perfect Impulse, et d’éleveur, avec Djakadam. Comment vous-sentez vous ?

Richard Corveller. – Cela n’a pas dû arriver très souvent dans l’histoire du Grand Steeple ! Je suis aussi l’éleveur de Polidam, qui va courir le Prix du Maréchal Foch. Il faudra avoir le cœur bien accroché !

Dans quel état d’esprit êtes-vous avec Perfect Impulse, qui a été impressionnante dans le Prix Murat (Gr2) ?

Nous nous sommes fait vraiment plaisir dans cette épreuve avec elle. Elle a été parfaite, de bout en bout. Nous avons rarement eu l’occasion de la voir aussi fluide. Pour un propriétaire, Perfect Impulse est rassurante. L’obstacle donne des émotions, parfois difficiles. Mais avec elle, ce sont de bonnes émotions. Évidemment, nous sommes amoureux d’elle ! Elle est tombée une fois dans sa carrière. Elle devait avoir mal à la tête ce jour-là, je ne sais pas trop ! Dans le Murat, elle était tellement sereine, fluide, féline. Lorsqu’elle est rentrée aux balances, elle était cool. La jument a fait un bon boulot en piste alors que, derrière elle, il y avait de sacrés chevaux. C’était vraiment hallucinant.

Cette course a dû vous faire d’autant plus plaisir que l’on vous a senti tous très déçus après sa troisième place dans le Prix La Haye Jousselin l’an dernier…

Dans la préparatoire précédente, le Prix Héros XII (Gr2), elle nous avait un peu laissés sur notre faim. Mais il s’agissait davantage d’un petit problème technique. Nous étions confiants en arrivant sur le Prix La Haye Jousselin. Elle avait vraiment bien travaillé. Et nous n’avons absolument pas compris pourquoi elle était complètement déréglée dès le début de la course. Certes, elle était troisième, mais elle n’était pas bonne troisième. Nous avions donc une petite inquiétude avant le Prix Murat 2018, où elle revenait sur le steeple.

Avez-vous pensé à l’arrêter après cette grosse déception du Prix La Haye Jousselin ?

Non. Nous ne nous sommes pas posé la question du haras avec Arnaud [Chaillé-Chaillé, entraîneur et copropriétaire, ndlr]. Nous avons la chance d’avoir une jument ayant le potentiel pour bien faire dans un Grand Steeple-Chase de Paris. Si nous avions senti la moindre lassitude durant ce printemps, elle serait rentrée au haras. Mais elle a fait sa rentrée en haies et elle a montré la volonté de lutter. Elle a eu une course ce jour-là : elle a été attaquée et a résisté, uniquement montée aux bras. Après le Prix La Haye Jousselin, le point d’interrogation était celui de sa volonté. Les réglages sur les obstacles, c’est le travail d’Arnaud.

Pensez-vous qu’elle a encore passé un cap entre 5ans et 6ans ?

L’avantage qu’elle a par rapport à 2017, c’est la maturité. Elle a pris de l’expérience. Physiquement, elle est magnifique. Elle pèse 20 kilos de plus par rapport à la même période l’an dernier. Elle qui était un peu plate est maintenant puissante. Et son jockey a aussi pris de la maturité et de l’expérience par rapport à 2017 ! De plus, nous avons eu une préparation idéale.

Qu’est-ce qui vous a poussé à acheter Perfect Impulse ?

Je l’ai achetée à l’amiable juste après qu’elle a été rachetée à Arqana. Elle possède des origines que je suivais depuis longtemps… Elle est par Poliglote, avec une mère par Cadoudal : je n’ai rien inventé ! Franchement, je n’ai jamais compris pourquoi personne n’a voulu d’elle. Quand je suis allé aux ventes, je n’ai vu qu’elle. C’est vraiment une belle famille et je voulais rentrer dedans : j’avais voulu acheter dans le passé une de ses sœurs, qui était par Califet, mais elle me plaisait moins physiquement. Finalement, nous avons eu Perfect Impulse !

La jument a-t-elle ensuite motivé votre achat, à Arqana, de sa nièce Listenmania ** ?

Lorsque j’ai acheté Listenmania, qui était foal, j’ai voulu assurer nos arrières et avoir une autre jument de cette famille. Elle me plaisait aussi beaucoup. Listenmania a de la qualité et du gaz, elle a vraiment fait un truc lors de ses débuts. Elle est différente de Perfect Impulse.

Combien de poulinières avez-vous actuellement ?

Jusqu’à aujourd’hui, j’avais quatre ou cinq poulinières. Mais depuis cette année, j’en ai environ dix. J’ai rentré de bonnes juments comme Corabella, Arkaline… Ce ne sont pas des juments que l’on vend ! Je n’ai plus qu’une seule vieille "mémère", Eladame, qui est la mère de Polidam. L’objectif est, tous les ans, de rentrer du qualitatif. L’élevage est un métier difficile. Quand on se lève le matin, qu’on va nourrir les chevaux, il faut avoir des étoiles qui brillent dans les yeux.

Djakadam tentera de faire briller votre élevage. Il avait débuté sous vos couleurs à Compiègne, se classant deuxième, avant d’être vendu.

Il a couru ce jour-là et, dix minutes après, j’ai été assailli de coups de fil ! C’est finalement Pierre Boulard qui l’a acheté pour Willie Mullins.

C’est un cheval exceptionnel, un Poulidor des Gold Cups. Comment avez-vous vécu la suite de sa carrière en Irlande ?

Pour moi, Djakadam est un cheval hors norme. L’histoire va peut-être retenir qu’il a été un éternel deuxième… Mais on peut voir les choses d’une autre façon. Il a couru huit Gold Cups, a été six fois deuxième et toujours à l’arrivée ! Tous les ans, il revient et répond présent, là où ses adversaires ne s’en remettent pas. Il avait 6ans lors de sa première Gold Cup, soit un jeune cheval. Il a débuté en course à l’âge de 3ans. Être capable d’aller à Cheltenham, Punchestown… et d’y revenir tous les ans, c’est incroyable ! Pour moi, il était exceptionnel dès sa naissance. Il lui manque ce petit coup de bol qui lui permettrait d’obtenir sa grande victoire.

Comment envisagez-vous sa candidature dans le Grand Steeple-Chase de Paris ?

J’ai peur que, comme beaucoup de chevaux anglais et irlandais quand ils viennent en France, il marque un petit arrêt avant les obstacles. J’aurais préféré qu’il ait une préparatoire en France. Mais Willie Mullins me dit depuis des années que c’est un cheval de Gold Cup. Depuis qu’il l’a, en réalité. Il me disait : « Le jour où il remportera sa Gold Cup, il viendra courir le Grand Steeple-Chase de Paris. » Je serai heureux de le retrouver. C’est un grand cheval, un cheval de train et de piste souple. Il lui manque peut-être une classe de plat. J’ai perdu sa mère, qui est morte en 2016. J’ai encore un propre frère de Djakadam, âgé de 2ans, que j’aime beaucoup.

Pensez-vous le garder ou vendez-vous tous vos mâles ?

Je n’ai pas de fil conducteur. Pour des raisons financières, je suis obligé de vendre certains de mes élèves. Les coûts liés à l’élevage ont augmenté. Mais je suis toujours animé par la passion et j’aime garder les chevaux si je le peux. Djakadam est arrivé à un moment où il fallait que je le vende. Pour Perfect Impulse, j’ai eu beaucoup de propositions mais je l’ai gardée. Je décide cela au coup par coup. L’objectif, c’est aussi d’avoir des chevaux qui courent ! J’entends trop souvent dire qu’un bon cheval d’obstacle est un cheval vendu… C’est aussi à nous de prendre nos responsabilités de ce côté-là !