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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Avec Patascoy, Barbara Moser accède pour la deuxième fois à l’élite

Courses / 07.06.2018

Avec Patascoy, Barbara Moser accède pour la deuxième fois à l’élite

Installée au haras du Long Champ (14) avec William Thareau, Barbara Moser a goûté pour la première fois à la joie des podiums classiques avec la deuxième place de son élève Patascoy dans le Qipco Prix du Jockey Club. Elle nous a expliqué la genèse de son fer de lance actuel.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. – Que représente l’accessit classique de Patascoy ?

Barbara Moser. – Pour de petits éleveurs comme nous, c’est une grande émotion. Nous ne sommes pas une grande structure mais en 2013, Testa Rossi (Dr Fong), une autre de nos élèves, s’était classée deuxième à ce niveau, dans la Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1). Atteindre deux fois ce niveau en l’espace de cinq ans, cela nous laisse sans voix.

Pourquoi avoir croisé Wootton Bassett (Iffraaj) et Noble World (Winged Love) ?

Je voulais apporter de la vitesse sur cette mère. En outre, j’aime beaucoup le sang d’Iffraaj (Zafonic). J’étais allé voir l’étalon au haras d’Étreham, il m’avait beaucoup plu. Le croisement était aussi bien compatible sur le plan morphologique que généalogique. À l’âge de 2ans, la mère s’était blessée et c’est la raison pour laquelle elle n’avait pas fait une grande carrière. C’était une grande jument, avec beaucoup de cadre. Typiquement allemande. Xavier Thomas-Demeaulte avait déjà acheté et entraîné le frère de Patascoy : Joropo (Kheleyf). Ce dernier avait remporté cinq courses et s’était classé deuxième de Quinté à Auteuil. Nous avons présenté Patascoy à Arqana et c’est là que son entraîneur l’a acheté.

Quelle analyse faites-vous de cette édition du Prix du Jockey Club ?

Xavier Thomas-Demeaulte a préparé Patascoy avec beaucoup de soin en vue de son objectif classique. Il a pris son temps. À 2ans, je pense que le cheval a été présenté au niveau Listed pour y voir un peu plus clair. Et sa saison à 3ans a été préparée aux petits oignons. Jusqu’à présent, le poulain n’a fait que progresser et je pense qu’il doit être capable de continuer ainsi. Lors de sa deuxième place dans le Prix de Guiche (Gr3), il réalisait une très bonne performance, pour sa première sortie parisienne. Ce dimanche, malgré un mauvais numéro à la corde, il a prouvé qu’il fallait compter sur lui. On ne peut pas condamner cette édition du Jockey Club comme certains l’ont fait. Louis d’Or (Intello), le troisième, avait certes mal couru dans l’Emirates Poule d’Essai des Poulains (Gr1), mais il avait de véritables excuses pour expliquer cette contre-performance. Certains médias portent des jugements trop hâtifs, c'est dommage. Les poulains à l’arrivée ont de nombreuses courses à venir et beaucoup ont certainement encore de la marge. Et c’est justement ce que Xavier Thomas-Demeaulte a superbement réalisé, en amenant son pensionnaire avec de la fraîcheur, sans avoir usé le poulain. Il est important que les petits éleveurs montent parfois sur le podium des classiques. À leur niveau, ils investissent beaucoup et prennent des risques. Ils ont le droit de cité.

Pourquoi avoir choisi la France pour élever ?

Au niveau du climat et des sols, c’est l’idéal, surtout en Normandie. En Allemagne, c’est plus difficile. Le climat est plus rude l’hiver et on trouve moins facilement de la terre pour élever. Toute notre production passe en vente, sauf exception. Nous élevons surtout pour courir en plat. Actuellement nous avons entre huit et dix juments personnelles. Avec celles de nos clients, nous atteignons en ce moment une trentaine de mères.

Quels sont vos objectifs de production ?

Nous voulons produire de vrais chevaux de course. Certains sont précoces, d’autres moins. Aujourd’hui, tout pousse à produire précoce. Les ventes et les primes vont dans ce sens. On n’a plus vraiment le choix, mais ce n’est pas forcément une obsession pour moi.

La majorité de vos black types est issue d’étalons français ?

Oui principalement, mais j’envoie aussi quelques juments en Angleterre et en Irlande.

Pour quelles raisons avez-vous procédé au croisement ayant donné Testa Rossi ?

Dr Fong était très compatible avec la jument sur le papier. C’était un petit cheval assez compact alors que la mère était grande, avec du cadre. À l’époque, Dr Fong n’était pas du tout commercial. D’ailleurs, je pense qu’aujourd’hui la mode se focalise trop sur les étalons. Leurs noms éclipsent parfois les familles. Quand la mère de Patascoy a été saillie par Wootton Bassett, cet étalon n’était pas encore à la mode. Par le passé, nous avons produit des black types à partir d’étalons peu connus, comme Inespera (Zayyani), lauréat du Del Mar Derby (Gr2), ou Ice Love (Three Valleys). Cela serait très compliqué de nos jours. Surtout si les chevaux doivent passer en vente. Le problème est bien sûr différent pour les personnes dont la production ne passe pas sur un ring, en exploitant en partenariat avec un entraîneur.