Des côtes australiennes au Bassin d’Arcachon

Courses / 14.06.2018

Des côtes australiennes au Bassin d’Arcachon

Seules deux pouliches au départ du Prix de Diane Longines (Gr1) sont entraînées en dehors de France, mais les propriétaires des 13 partantes viennent des quatre coins du monde : France bien sûr, mais aussi Angleterre, Irlande, Japon, États-Unis et même Australie. Lady Athena (Redoute’s Choice), entraînée à La Teste par Yan Durepaire, défend en effet la casaque de John Hutchins, propriétaire et éleveur australien.

 

Pour ceux qui suivent l’actualité internationale, le nom des Hutchins (propriétaires de la marque de chaussures pour femme Famous Footwear) est associé avec celui de Typhoon Tracy (Red Ransom), gagnante de six Groupes 1 en Australie et cheval de l’année là-bas. C’est la première championne élevée par cette famille impliquée dans les courses depuis une vingtaine d’années. Le virus a été inoculée par une fille d’Anabaa, achetée en Nouvelle-Zélande, et exploitée avec succès par John O’Shea en Australie. Ce début sur les chapeaux de roue a contribué à des investissements importants, dont un que l’on peut qualifier de crucial : celui de Tracy’s Element (Last Tycoon), achetée un million de dollars australiens comme future poulinière, avec une saillie gratuite de Red Ransom négociée par Mme Hutchins en personne… Le fruit de ce croisement ? Typhoon Tracy ! Depuis, les Hutchins ont acheté un haras, Element Hill, dans la province de Queensland, où stationnent une quarantaine de juments, et Josh, leur fils, a pris la direction de la structure. Désormais, Element Hill fait partie des top vendeurs de Magic Millions…

 

L’Allemagne, l’Australie… et le Sud-Ouest. Lady Athena n’a pas eu le parcours le plus classique pour aller sur le Prix de Diane Longines. Son histoire n’est pas commune non plus… Yan Durepaire, son entraîneur, se souvient : « Je l’avais vue yearling chez Anna Sundstrom, où elle était préparée pour les ventes. C’est facile à dire aujourd’hui, mais elle m’avait tapée dans l’œil. Arthur Hoyeau m’a présenté à Josh Hutchins, qui l’avait élevée avec ses parents. Le contact est bien passé, et quand ils ont décidé de garder la pouliche pour l’exploiter, ils me l’ont confiée, après être venus visiter mon écurie. » Monblue (Monsun), la mère de la pouliche, avait été achetée pleine de Soldier Hollow en décembre 2013, à la vente d’élevage Arqana, pour 400.000 €. Elle provenait du haras de Saint Pair, avec de sérieuses références, en Allemagne, comme en Australie ! Gagnante de Listed en Italie, Monblue bénéficiait en effet d’un update de choix pour des investisseurs australiens. Son frère, Salon Soldier (Soldier Hollow), déjà placé de Gr3 en Allemagne, venait de gagner un gros handicap lors du festival de la Melbourne Cup. Redoute’s Choice, lui, allait entamer sa deuxième année de monte à Bonneval…

 

Les chemins de traverse. Lady Athena a débuté au mois d’octobre de ses 2ans, dans un maiden toulousain, par une honorable sixième place. Yan Durepaire se souvient : « Dans son modèle, la pouliche indiquait qu’elle n’était pas spécialement précoce. Mais il fallait commencer à l’aguerrir en vue de son année de 3ans. Pour ses débuts, la pouliche n’a pas eu le meilleur des parcours, et on peut qualifier sa sixième place de très propre. Il fallait qu’elle apprenne quelque chose et c’est ce qui s’est passé, sachant que je n’ai pas pour habitude de spécialement gratter mes chevaux pour leurs débuts. Nous l’avons recourue en fin d’année, pour confirmer ce qu’elle nous montrait le matin. Elle a gagné avec la manière, même si elle ne battait sans doute pas un lot extraordinaire. Elle avait plu à Jean-Bernard Eyquem. L’essentiel était acquis : nous avions suffisamment de points de repère pour se permettre de l’engager dans les classiques en février… »

Lady Athena aurait dû effectuer sa rentrée en avril à Saint-Cloud, dans le Prix La Troienne (Classe 2), une course remportée par Shahnaza (Azamour). Mais suite à un défaut de vaccination à l’époque où elle était yearling, la pouliche n’a pas été autorisée à courir. « J’avais dans l’idée de courir cette Classe 2 pour aller sur le Cléopâtre ensuite. Il m’a fallu revoir mes plans. Soit j’allais sur le Cléopâtre directement, au risque de lui donner une course dure, soit je choisissais une Classe 1 à Chantilly, sur le parcours du Diane. C’est cette seconde option que j’ai choisie. Cela lui a permis de reconnaître le parcours, de découvrir l’hippodrome… Chantilly peut perturber certains chevaux : c’est ce qui s’est passé ce jour-là pour la fille de Zarkava. Lady Athena a bien gagné et s’est très bien comportée durant l’avant-course. Le mental, c’est l’une de ses forces. Elle est très bien dans sa tête, ce qui devrait lui permettre d’affronter le monde, le défilé, l’ambiance particulière d’un jour de Diane sans perdre de l’influx. Et puis Jean-Bernard Eyquem, à qui elle sera associée, la connait parfaitement. Il n’a pas non plus besoin de faire ses preuves à ce niveau de compétition ! »

 

Et après, Royal Ascot ! Yan Durepaire a déjà sellé une partante dans le classique cantilien… Mais il découvrira en revanche Royal Ascot où il présentera la 2ans Byron Bay (Showcasing) dans les Albany Stakes (Gr3), le 22 juin. « Byron Bay, c’est d’abord l’histoire de copains. Elle appartient à Patrice Détré, Anne Hoyeau, Arthur Hoyeau, Franck Amar, Nicolas Girot et Vincent Cox, un autre Australien ! Ensemble, nous avions eu Thewayiam (Thewayyouare), que nous avions bien vendue aux Etats-Unis, et nous sommes repartis ensemble sur une yearling. C’est Arthur qui l’a choisie. La pouliche a tout de suite montré beaucoup de maturité et de précocité. Elle assimile les choses très vite et je n’étais pas surpris de la voir gagner d’emblée. Elle a fait un très bon gazon pour préparer cet engagement et nous n’y allons pas pour faire de la figuration. » Plus largement, Yan Durepaire connait une belle période de forme, avec 13 victoires et 34 places pour 67 partants depuis le début de l’année (soit 70 % de chevaux dans l’argent !). Il analyse : « C’est avant tout une question de chevaux… J’ai des bons chevaux, confiés par des clients qui savent se montrer patients, et j’ai une très bonne équipe, dynamique et impliquée… Les périodes de forme, c’est difficile à expliquer. Souvent, avoir un très bon cheval dans son écurie tire vers le haut les autres… Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas changé ma façon de travailler ! »

 

– Adeline Gombaud.