Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Miesque et l’élevage Niarchos, deux classiques en une semaine !

Courses / 04.06.2018

Miesque et l’élevage Niarchos, deux classiques en une semaine !

Par Adrien Cugnasse

Grâce à Alpha Centauri (1.000 Guinées d’Irlande) et Study of Man ** (Qipco Prix du Jockey Club), la casaque et l’élevage Niarchos ont remporté deux classiques en moins de huit jours. La liste pourrait encore s’allonger car la saison est loin d’être terminée… Alan Cooper, le racing manager de l’entité, a répondu nos questions.

Jour de Galop. – Pasadoble, la mère de Miesque, fut achetée 45.000 $ par monsieur Niarchos en 1978, à Keeneland. C’était très raisonnable par rapport aux 1,6 million de francs de Persepolis, un autre de ses achats cette année-là. Pourquoi avait-il fait l’acquisition de Pasadoble ?

Alan Cooper. – Il était conseillé par François Boutin et mon prédécesseur, Sir Philipp Payne Gallwey. Or monsieur Boutin aimait le fait qu’elle avait du sang français dans son pedigree, notamment celui de Sanctus (Grand Prix de Paris & Prix du Jockey Club, Grs1), son père de mère. De même, la mère de Pasadoble (Prove Out) était une sœur de la française Comtesse de Loir (Val de Loir) qui fut une remarquable jument de course [meilleur 3ans français en 1974, gagnante du Prix Saint-Alary, deuxième du Critérium des Pouliches, du Prix de Diane, du Prix de l'Arc de Triomphe, du Prix Vermeille, des Washington D. C. International Stakes et des Canadian International Championship Stakes, Grs1, ndlr]. Pasadoble fut dans un premier temps utilisée comme leader pour River Lady (Poule d'Essai des Pouliches, Gr1) qui s’est mortellement accidentée dans le Prix de Diane. N’étant plus alors un faire-valoir, Pasadoble a pu mener sa carrière de course pour elle-même, remportant notamment les Prix de la Calonne et de Liancourt (Ls). Dès lors, elle a pu entrer au haras et être croisée avec un étalon de monsieur Niarchos, Nureyev (Northern Dancer). C’est ainsi qu’a été conçue Miesque. Comme on dit en anglais, the rest is history !

Stravos Niarchos était alors l’un des plus importants acheteurs au monde, ses investissements de taille lui permettant "d’entrer" dans les plus grandes souches…

Je pense que l’on peut dire qu’il a su saisir les opportunités qui se présentaient sur le marché en achetant des juments fondatrices comme Northern Trick (Northern Dancer), Coup de Folie (Halo) et bien d’autres. Cela lui a permis de créer son élevage et son écurie de course en partant avec de très bonnes souches.

La souche de Miesque vous a donné quatre de vos cinq dernières victoires classiques [avec Karakontie, Study of Man et Alpha Centauri], dont deux en l’espace d’une semaine. Combien de femelles avez-vous de cette souche ? Combien de juments l’élevage Niarchos compte-t-il en totalité ?

Nous avons plusieurs femelles, de différentes générations, qui sont reliées par la voie femelle avec Miesque. Dimanche, aux courses, on m’a dit que cette championne était l’aïeule de 35 black types [sans compter Study of Man]. C’est considérable. Au total, nous avons environ 90 juments réparties entre l’Europe et les États-Unis.

Study of Man a grandi à Coolmore. L’élevage Niarchos est lié à ce haras irlandais depuis des décennies…

C’est en effet une histoire très ancienne. Monsieur Niarchos était associé avec Vincent O’Brien, John Magnier et Robert Sangster sur un certain nombre de chevaux, entre autres Sadler’s Wells (Northern Dancer) et Caerleon (Nijinsky).

En 1994, Limnos naissait au Japon pour l’élevage Niarchos. De même, on se souvient des victoires de Shiva [Tattersalls Gold Cup, Gr1] qui était née dans ce pays. L’élevage Niarchos est vraisemblablement la première entité européenne à avoir fait naître là-bas, et dès le milieu des années 1990, la casaque a compté des produits de Sunday Silence dans son effectif. D’où vient ce lien avec le Japon ?

Tout a commencé avec l’achat d’Hector Protector (Woodman) par monsieur Yoshida pour le stationner à Shadaï Farm. Ce poulain avait notamment remporté les Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois, les Prix Morny et de la Salamandre, le Grand Critérium et la Poule d'Essai des Poulains (Grs1). Il nous a accordé le droit d’envoyer quelques juments à ce cheval que nous aimions beaucoup. De bonnes relations se sont ainsi développées avec les éleveurs japonais. Bago (Nashwan) a été acquis par la Japan Racing Association pour entrer au haras. Nous lui avons aussi envoyé des juments et nous avons toujours maintenu un peu d’élevage dans ce pays.

Monsieur Niarchos était un fin connaisseur des courses françaises. Il a toujours été fidèle à la France et aux entraîneurs français. Ses successeurs ont poursuivi dans cette voie, y compris dans les périodes moins fructueuses…

De notre point de vue, il est très important de pouvoir travailler avec des entraîneurs qui connaissent bien nos familles de chevaux, et ce sur plusieurs générations. Celui qui a connu la mère et la deuxième mère, par exemple, peut en tirer un "plus" au niveau de l’entraînement.

Vous êtes aussi capables de faire appel à des entraîneurs moins connus, comme Jessica Harrington. Grâce à Alpha Centauri, elle a décroché son premier classique. Pourquoi avoir fait appel à ses services ?

Nous avions vendu un yearling, Pathfork (Distorted Humor), qui avait réalisé de bonnes performances sous son entraînement, remportant notamment les National Stakes (Gr1). C’est dans ce contexte que Jessica Harrington et Maria Niarchos se sont rencontrées. Jessica Harrington a accepté de prendre quelques chevaux à l’entraînement pour notre casaque. Et cela fonctionne bien.

Le haras de Fresnay-le-Buffard a accueilli des étalons, comme Ocean of Wisdom ou Dream Well. Par la suite, les sires de la casaque ont été stationnés ailleurs, souvent en partenariat. Quelle est votre politique actuelle ?

Fresnay-le-Buffard a accueilli beaucoup d’étalon, ceux que vous avez cités, mais aussi Persepolis (Kalamoun), Ti King (Artic Tern), Baillamont (Blushing Groom)… Nureyev avait d’ailleurs commencé à faire la monte dans ce haras. Actuellement, au sujet du stationnement des étalons, tout dépend de la volonté des éleveurs, qu’ils soient aux États-Unis ou en Europe. Si une entité veut acheter un stallion prospect, nous étudions sa proposition en essayant de garder une participation dans l’étalon.

Inoubliable Miesque

En août 2016, nous avions consacré une série d’articles à la grande Miesque, à l’occasion des trente ans de ses débuts victorieux dans le Prix de Lisieux, l’un des plus prestigieux maidens du meeting de Deauville. Pour honorer la mémoire de la championne, Maria Niarchos nous avait fait partager ses souvenirs de Miesque, en piste comme au haras. Voici quelques extraits de son texte :

« La course qui a vraiment révélé́ Miesque fut le "Marcel Boussac". Ce jour-là, elle a fait quelque chose d’extraordinaire. Je n’ai pas assisté à toutes les éditions du "Marcel Boussac". Mais je n’ai jamais vu une pouliche capable de refaire tout le peloton, en venant de la dernière position, pour finalement s’imposer en quelques foulées. Je pense que l’on ne reverra jamais un truc pareil, ou il faudra du moins encore attendre des années. Toute sa carrière a été́ extraordinaire, elle a fait des choses incroyables, au point qu'il est impossible de choisir une course plutôt qu’une autre. Ses deux victoires dans la Breeders’ Cup sont peut-être le point culminant de la carrière de Miesque. Ce doublé avait aussi marqué les Américains. Miesque avait du caractère et ce fameux esprit de compétition. Après chaque défaite, elle est repartie. Je me souviens bien du jour des 1.000 Guinées. Nous étions trois dans son box pour la seller : François Boutin, Alan Cooper et moi-même. Elle a essayé de commettre un triple homicide ! Nous sommes sortis du box terrorisés. C’était sa façon de se "charger" avant la course. Elle avait un tempérament de gagnante et devenait agressive.

La carrière de Miesque au haras a été un rêve : un éleveur ne peut pas avoir plus. Imaginez-vous : une grande championne capable de donner deux gagnants classiques avec ses deux premiers produits ! Elle est restée au Kentucky. À cette époque, on trouvait là-bas plus d’étalons dotés d'un profil "gazon" qu’aujourd’hui. Nous avons eu la chance de tomber sur le bon croisement avec Mr Prospector, d’ou Kingmambo. Miesque a bâti une famille très importante. »

Trente-six black types au total. Miesque revient sur le devant de la scène comme deuxième mère de Study of Man. La matrone est à l’origine de pas moins de trente-cinq black types dans le monde entier. Elle a donné en une semaine deux classiques : Alpha Centauri (Mastercraftsman), lauréate des 1.000 Guinées irlandaises, et Study of Man, gagnant du French Derby une semaine plus tard. Miesque est la troisième mère de la pouliche, issue d’une fille d’East of t

MIESQUE (1984 F., par Nureyev) EAST OF THE MOON (1991 F., par Private Accont) MOON DRIVER (1997 F., par Mr. Prospector)
Prix de Diane Hermès (Gr1) Mojave Moon (1996 M., par Mr. Prospector)
Helike (2001 M., par Rahy)
North of Neptune (1998 F., par Mr Prospector) Moon Prospect (2003, M. par Sadler’s Wells)
Enquete (2011 F., par Indian Charlie)
Moon’s Whisper (1999, par Storm Cat) IBN MALIK (2013 H., par Raven’s Pass)
Hamsat Elqamar 2005 F., par Nayef) Rabiosa Fiore (2013 F., par Sakhee’s Secret)
Canda (2000 F., par Storm Cat) AUTOCRATIC (2013 M., par Dubawi)
EVASIVE (2006 M., par Elusive Quality)
Alpha Lupi (2004, par Rahy) ALPHA CENTAURI (2015 F., par Mastercraftsman)
Irish 1.000 Guinées 
TENTH STAR (2009 M., par Dansili)
MOON IS UP (1993 F., par Woodman) Sun Is Up (1998, par Sunday Silence) KARAKONTIE (2011 M., par Bernstein)
BOTTEGA (2007 M., par Mineshaft)
SUNDAY SUNRISE (2006 M., par Lemon Drop Kid)
AMANEE (2008 F., par Pivotal)
Jadeer (2012 M., par Fastnet Rock)
SEVEN MOONS (2000 F. par Sunday Silence) Dona Niarchos (2009 F., par Mizzen Mast)
Monevassia (1994 F., par Mr Prospector)
Woman Secret (2002, par Sadler’s Wells) WILD WIND (2008 F., par Danehill Dancer) WILD BUD (2014 F. par Dubawi)
RUMPLESTILTSKIN (2003 F., par Danehill) TAPESTRY (2011 F., par Galileo)
JOHN F KENNEDY (2012 M., par Galileo)
Loves Only Me (2006 F., par Storm Cat) REAL STEEL (2012 M., par Deep Impact)
PRODIGAL SON (2013 M., par Deep Impact)
Langley (2011 M., par Deep Impact)
I AM BEAUTIFUL (2012 F., par Rip Van Winkle)
Tower Rock (2009 M., par Dylan Thomas)
Myhrr (1997 F., par Mr Prospector) Tarnished (2011, par Medaglia d’Oro)
Inventing Paradise (1998 F., par Mr Prospector)
Second Happiness (2002 F., par Storm Cat) STUDY OF MAN (2015 M., par Deep Impact)
KINGMAMBO (1990 M., par Mr Prospector)
  MINGUN (2000 M., par A P Indy)

Deep Impact, un père de père de plus en plus présent en Europe

Study of Man rejoindra un jour le haras. On trouve des étalons issus de l’élevage Niarchos partout à travers le monde, de l’Afrique du Sud aux États-Unis et de l’Europe au Japon. Sur le papier, tout est donc possible. Espérons toutefois qu’il rejoigne un haras européen et même encore mieux, français ! L’Hexagone compte déjà un fils de Deep Impact au haras avec Martinborough, qui fait la monte au haras de Grandcamp. On en trouve trois autres sur le Vieux continent avec Danon Ballade (Batsford Stud, Grande-Bretagne), Barocci (Ravdansens Stuteri, Suède) et Albert Dock (SAB-Besnate, Italie).

Une grande édition pour les étalons français et Arqana

Sur les cinq dernières éditions du Derby français, on trouvait entre un (en 2014 et 2015) et deux produits (en 2017 et 2016) d’étalons faisant ou ayant fait la monte en France parmi les cinq premiers. Le cru 2018, avec quatre chevaux issus de pères ayant officié sur le sol français, apparaît donc comme tout à fait exceptionnel pour le parc étalon hexagonal. Nous avons consulté le palmarès de l’épreuve depuis 2015 et une telle réussite des étalons français n'avait jamais été atteinte dans le Prix du Jockey Club. Si le géniteur du gagnant 2018 fait la monte hors d’Europe, le deuxième, Patascoy, est un produit de Wootton Bassett (Iffraaj). L’étalon du haras d’Étreham a déjà donné un lauréat du classique français (Almanzor en 2016). Le troisième et le quatrième, Louis d’Or et Intellogent **, sont issus de la première génération d’Intello (Galileo). Ce dernier, lui-même gagnant du Prix du Jockey Club, a fait la monte au haras du Quesnay et officie actuellement à Cheveley Park Stud. Le cinquième, Not Mine, est un fils de Dabirsim (Hat Trick) qui est stationné au haras de Grandcamp.

Les quatre poulains précédemment cités sont passés sur le ring d’Arqana. Patascoy a été acquis 40.000 € à la vente v.2 par Xavier Thomas-Demeaulte, alors qu’il était présenté par le haras du Long Champ. Louis d’Or, présenté par le haras du Lieu des Champs au mois d’octobre, a été acheté 27.000 € par Tony Castanheira. Intellogent a été acquis par Amanda Skiffington à la vente d’août, pour 320.000 €, alors qu’il était présenté par l’écurie des Monceaux. Lors de cette même vente, Thomas Widmer a signé le bon à 130.000 € pour Not Mine qui était présenté par le haras de Grandcamp.