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Jour de Galop

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LE MAGAZINE -  Le "New Approach" gagnant de Godolphin

Courses - International - Élevage / 06.06.2018

LE MAGAZINE - Le "New Approach" gagnant de Godolphin

Le sortilège d’Epsom s’en est allé. Vingt-trois années et trente-trois partants après la première participation de la casaque Godolphin en 1995, avec Vettori (Machiavellian) huitième sous la selle de Ray Cochrane, Masar (New Approach), un pur produit maison, a peint de bleu le Derby d’Epsom.

Par Franco Raimondi

Une aïeule achetée à Deauville. La troisième mère de Masar est Melikah (Lammtarra). Elle est la sœur aînée de Galileo (Sadler’s Wells). Elle avait été achetée par le cheikh Maktoum Al Maktoum à Deauville. Il avait sorti dix millions de francs, un top price symbolique, pour l’avoir. Elle fut tout de suite intégrée dans le projet Godolphin, qui avait alors ses écoles primaires à Évry, où David Loder apprenait les rudiments du métier aux 2ans. Pour la casaque Godolphin, elle a gagné les Pretty Polly Stakes (L) à Newmarket, avant de terminer troisième des Oaks, deuxième dans des Irish Oaks, et de tirer sa révérence à la suite d’une cinquième place dans le Prix Vermeille de Volvoreta (Suave Dancer).

L’héritage du cheikh Maktoum. Godolphin, à l’époque, fonctionnait encore comme l’équipe "All Star" des frères Maktoum. Le cheikh Maktoum Al Maktoum a emmené sa pouliche à Gainsborough Stud et elle n’est passée sous les couleurs de Darley qu’en 2006, après le décès de celui qui était l’aîné des Maktoum. C’est le cheikh Maktoum Al Maktoum qui a élevé la deuxième mère de Masar, Villarica (Selkirk). Elle fut entraînée par Sir Michael Stoute, avant de suivre sa mère chez Darley qui figure comme éleveur de Khawlah (Cape Cross), la mère de Masar. Après une belle carrière en bleu à Dubaï, elle a donné comme deuxième produit le futur héros d’Epsom.

C’était en 1987… Il faut revenir quelques années en arrière pour mieux comprendre comment le projet Godolphin a enfin élevé un gagnant de Derby d’Epsom. En 1987, les chevaux de la famille étaient encore répertoriés en un seul livre d’élevage, à la couverture bleue comme la casaque de Godolphin. Ce bouquin comportait 650 pages, avec le titre suivant : Al Maktoum Bloodstock.

Le cheikh Mohammed avait le plus de poulinières (126), suivi par le cheikh Maktoum (79) et le cheikh Hamdan (71). Le cheikh Ahmed en avait onze et le cheikh Marwan, quatre. Du côté des foals, Darley avait soixante produits, Gainsborough quarante-sept et Shadwell trente-neuf… Il faut ajouter à cela cinq foals appartenant au cheikh Ahmed et trois au cheikh Marwan.

Presque 300 chevaux en Europe. C’était énorme si l’on considère que le cheikh Mohammed et le cheikh Maktoum avaient figuré pour la première fois parmi les dix propriétaires leaders en Angleterre en 1982, respectivement aux septième et huitième places. Il suffisait en réalité d’avoir un peu plus de 100.000 livres de gains. Le cheikh Hamdan a figuré parmi les dix premiers en 1984. Le cheikh Mohammed avait enregistré 297 chevaux à l’entraînement en Europe sous dix-huit professionnels différents. C’était bien sûr le regretté Sir Henry Cecil qui en avait le plus (43), suivi par Sir Michael Stoute (42) alors que André Fabre pouvait compter sur trente-deux sujets de la casaque.

Dont trois à Ballydoyle… L’Angleterre était bien sûr la base, mais le cheikh Mohammed avait aussi trois chevaux en Italie chez Frank Turner. L'un d’entre eux était une femelle, Sheer Audacity (Troy). Elle était frappée de lenteur et a été très vite bradée, produisant le très bon gagnant de Gr1 Pelder (Be my Guest) et Oath (Fairy King), le lauréat du Derby 1999. Le cheikh Mohammed avait aussi trois chevaux à Ballydoyle. C’était l’époque de Vincent O’Brien, qui avait reçu deux poulains de 2ans, par Seattle Slew (Bold Reasoning) et Northern Dancer (Nearctic), en même temps que le 3ans Fair Judgment (Alleged), en association avec Robert Sangster. Ce dernier a gagné au niveau Gr2 avant d’être vendu comme étalon au Japon.

Dubai Millennium, nouvel élan. Retrouvons le projet Godolphin trente et un ans et un Derby plus tard. Tout a changé avec l’arrivée de Dubai Millennium (Seeking the Gold), qui a disparu très tôt mais a laissé Dubawi, un point de départ. Darley, petit à petit, est passé de haras privé, même avec des étalons, à une véritable structure commerciale. L’objectif du cheikh Mohammed reste celui de se faire plaisir en gagnant les grandes courses, mais ce vrai leader, homme d’idées visionnaire, ne pouvait pas avoir qu’un "simple" élevage. Il était propriétaire de beaucoup de terrain comparé à Coolmore, alors il a commencé son travail, tout en développant des organisations de haut niveau en Australie, aux États-Unis et au Japon.

Le cœur de l’écurie, 152 chevaux de 3ans. Le cheikh Mohammed a fait ses épreuves lorsqu’il a repris le cheptel de son frère, le cheikh Maktoum Al Maktoum. L’incorporation de Gainsborough n’était pas un jeu d’enfant et générait les mêmes interrogations que celles ayant trait à l’incorporation de l’élevage Lagardère dans celui de Son Altesse l’Aga Khan. Darley et Godolphin ont réussi à développer leur projet, tout en y apportant plusieurs changements. Coolmore reste tout de même le grand compétiteur mais, après "la paix de Keeneland", les choses ont beaucoup évolué.

La section courses de Godolphin comptait ce mercredi sur cent cinquante-deux poulains et pouliches de 3ans confiés aux quatre entraîneurs qui travaillent depuis longtemps avec les produits maison : Charles Appleby (53 sujets), Saeed bin Suroor (40), André Fabre (41) et Henri-Alex Pantall (18). Sans oublier ceux acheté à l’entraînement et qui sont restés chez leurs entraîneurs d’origine, ainsi qu’une autre douzaine basée chez d’autres professionnels.

Trente-sept étalons, 3.453 poulinières. Darley a réussi à surpasser Coolmore dans la chasse à la clientèle. D’après les données officielles, les trente-sept étalons qui ont fonctionné en Angleterre, Irlande et France sous le drapeau de Darley ont sailli… 3.453 poulinières. Coolmore en avait vingt-trois à vocation plat et ils ont reçu 2.642 poulinières. Les étalons qui ont dépassé la centaine de saillies sont au nombre de dix-huit chez Darley et quatorze chez Coolmore, qui garde cependant encore un avantage assez important en termes de chiffre d’affaires. Mais cet écart est en train de se réduire.

Plus d’achats et plus de ventes. Les étalons Darley ont beaucoup travaillé avec les poulinières Godolphin. Parmi les produits nés en 2016 et élevés par Godolphin, nous pouvons compter cinquante-quatre Dubawi (Dubai Millennium), trente-trois Shamardal (Giant’s Causeway), vingt-deux New Approach (Galileo) et dix-sept Teofilo (Galileo). La gestion des étalons offre des revenus plus importants pour investir sur le marché. D’après la base de données de Bloodhorse, Godolphin a acheté quatre-vingt-neuf sujets pour 51,3 millions de dollars en 2017, dont soixante-quinze yearlings pour 40,53 millions de dollars. L’année précédente, John Ferguson avait signé le bon pour soixante et un produits, le tout moyennant 27,8 millions de dollars. Parmi ces lots, quarante-huit yearlings achetés pour 24,7 millions de dollars. Godolphin a dépassé Shadwell comme tête de liste des acheteurs.

C’est aussi sur le plan des ventes que nous avons pu remarquer un changement. Godolphin a vendu en 2017 un total de six cent cinquante-sept sujets pour un chiffre d’affaires de 32,9 millions. En 2016, ce chiffre était de 29,4 millions pour six cent trente-trois vendus. Ce sont des chiffres qui comptent comme une victoire. Il fallait un adversaire pour Coolmore. Godolphin est en train de revenir à l’attaque… avec un New Approach !