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Jour de Galop

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LE MAGAZINE - Pour sauver les courses, les Anglais ont besoin du mutuel… et nous de l’antepost !

Courses / 28.06.2018

LE MAGAZINE - Pour sauver les courses, les Anglais ont besoin du mutuel… et nous de l’antepost !

Qui l’eut cru ? Les Anglais, que l’on croyait définitivement acquis à la cote fixe, aimeraient développer un pari mutuel à la française ! C’est ce que vient de suggérer Nicholas Cooper, président de l’Association des propriétaires de chevaux de course en Angleterre. 

Ça tombe bien parce qu’en parallèle, l’antepost est quasiment notre seule chance de relancer un semblant de culture hippique en France ! Gais, gais, marions-nous…

Par Anne-Louise Échevin

FOBTs, mode d’emploi. Nous avons déjà abordé à plusieurs reprises le cas des FOBTs dans Jour de Galop. Ces machines proposent des jeux de loterie, comme la roulette ou le bingo. Comme c’est le cas avec les machines à sous, on leur reproche d’être extrêmement addictives et les associations les présentent comme le "crack du joueur". Pour lutter contre ce fléau, le gouvernement a décidé de réduire drastiquement la mise maximale sur ces machines : elle va passer de 100 £ à… 2 £ !

Pour les bookmakers, c’est une catastrophe car, selon eux, cela va mettre en faillite des milliers de betting shops : 4.000 points de vente pourraient fermer. William Hill parle, à lui seul, de fermer 900 points de vente, presque 40 % de son parc.

Les conséquences pour les courses hippiques sont simples : moins de betting shops = moins de possibilité de parier. Moins de betting shops = moins de droits de diffusion télévisuelle pour les courses = moins de financement pour l’Institution des courses. Si les bookies disent vrai (on les sait capables d’intox…), la perte pour l’Institution hippique britannique varierait entre 40 et 60 millions de livres par an.

Une question morale. Les FOBTs sont un sujet très compliqué… D’une part, l’Institution des courses hippiques anglaises a actuellement un besoin vital des revenus indirects proposés par les FOBTs. Elle a d’ailleurs souligné son inquiétude lors des différentes consultations avec le gouvernement. Mais, d’autre part, ces machines créent un très gros problème moral. Certes, les courses sont liées au jeu, mais l’Institution axe sa communication sur le jeu intelligent. Réfléchir, analyser, décortiquer… L’opposé du jeu de hasard ! L’Institution des courses anglaises dépend donc peut-être des FOBTs, mais elle ne peut légitimement pas appuyer son financement sur du jeu de hasard extrêmement addictif et potentiellement destructeur. Pour ces raisons, elle ne peut pas non plus s’opposer à la réduction drastique de la mise maximale sur les FOBTs.

Première solution : jouer sur les marges. Président de l’Association des propriétaires de chevaux de course en Angleterre, Nicholas Cooper vient de publier le rapport annuel de son association. Il y présente deux hypothèses pour compenser le manque à gagner lié aux FOBTs.

La première, proposée par le gouvernement, n’est pas faite pour rendre les bookmakers heureux. Il s’agit d’augmenter le prélèvement sur les cotes fixes, en taxant plus les paris en ligne sur les courses étrangères. Nicholas Cooper explique : « L’exemple de l’Irlande, en particulier, montre la différence que cela peut faire. Beaucoup de joueurs basés en Grande-Bretagne jouent sur les courses irlandaises sans que cela ne [nous] rapporte, alors que les courses irlandaises génèrent des revenus à partir des courses britanniques. »

L’idée est que les marges sont beaucoup moins élevées sur le online que dans le réseau en dur. C’est un cercle vicieux – théorique – qui se profile : si vous fermez des betting shops, les parieurs vont se rabattre sur internet où les prélèvements pour le Levy sont moindres – voire, selon Nicholas Cooper, inexistants. Il faut donc augmenter ces marges. Évidemment, si vous parlez de taxes à un bookmaker, ce dernier ne va pas l’entendre de cette oreille. Leur but n’est pas de faire de la charité mais du chiffre d’affaires. Les bookmakers ont donc rapidement réagi en expliquant que l’augmentation des prélèvements se ferait finalement au détriment du joueur… Le fameux taux de retour joueur ! Et que l’Institution hippique et les bookmakers feraient mieux de travailler main dans la main pour rendre l’hippisme plus attractif. Good luck !

Deuxième solution : le pari mutuel. La deuxième solution proposée par Nicholas Cooper nous intéresse plus. C’est le développement du pool betting, soit l’équivalent de notre pari mutuel. Il y a en Grande-Bretagne un projet lancé par Britbet et Betfair avec l’Alizeti Consortium – lequel a acquis 25 % du Tote – pour développer un pool betting commun. Nicholas Cooper explique (via un article du Racing Post) qu’il espère que ce projet « marchera bien pour leur profit mutuel » car « l’argent du pool betting est le nerf de la guerre. » Nicholas Cooper dit aussi dans son rapport : « Non seulement les parieurs importants du marché constatent l’évidence : le pool betting peut proposer de bons revenus. Mais ils doivent aussi être attirés par l’importance de l’argent qu’ils peuvent y placer. Alors que cette nouvelle ère du pool betting commence à se lancer, il sera fascinant de voir si les parieurs britanniques jouant traditionnellement sur de la cote fixe peuvent être incités à jouer sur autre chose que leur mode de pari traditionnel. Réussir à augmenter de façon significative le pool betting, qui représente actuellement 5 % du marché du jeu sur les courses, va être difficile mais, avec les différentes parties concernées qui l'évoquent désormais, il y a une chance de s’en sortir. »

Faire cohabiter les cotes fixes et le mutuel. Développer un marché proposant cotes fixes et mutuel n’est pas une révolution. Cela se fait en Australie, cela se fait aussi aux États-Unis avec le Future Wager sur les épreuves de la Triple couronne… Le système a l’avantage de proposer des solutions variées, susceptibles de séduire un large éventail de parieurs : les connaisseurs aiment l’antepost, les connaisseurs aiment analyser une course pour placer un jeu de combinaisons, les néophytes apprécient la simplicité du jeu gagnant et, sans le savoir, plébiscitent la cote fixe car, à l’inverse, ils ne comprennent pas que la cote de leur cheval ait pu baisser entre le moment où ils ont joué et l’arrivée…

La Grande-Bretagne est, vue de France, le grand pays de l’antepost et de la cote fixe. Les Britanniques, qui peinent à financer les allocations de leurs courses, ont souvent souligné que le système français était plus vertueux. Dans la rivalité entre cote fixe et pari mutuel, personne n’a totalement tort ni raison. L’idéal est probablement un système proposant une alliance des deux.

Il faut lancer l’antepost en France ! La cote fixe est inconciliable avec le pari mutuel… même si les bookmakers, en faisant évoluer leurs cotes fixes en fonction des enjeux, organisent une sorte de pari mutuel qui ne porte pas ce nom.

Bref, à moins de changer la loi française, il ne faut pas rêver de cote fixe sur notre sol. Mais l’antepost, lui, n’est pas incompatible avec le pari mutuel. La France hippique traverse une crise et l’antepost est une solution à essayer. Pas forcément pour toutes les courses ! Mais, pour les courses de Gr1 par exemple, l’antepost a un intérêt majeur. Combien de Français n’ont pas fait appel à des proches basés en Grande-Bretagne pour leur demander de placer un antepost sur le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe ? Plutôt que de le faire chez les bookmakers, faisons-le au PMU !

Comment faire de l’antepost en mutuel ? Prenons l’exemple d’un antepost sur le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Le PMU ouvrirait d’abord les paris entre le lundi suivant le Qipco Prix du Jockey Club et le samedi précédant le Prix de Diane Longines. Les parieurs français pourraient parier sur une liste de 20 chevaux "partants possibles" dans l’Arc. Tous les paris seraient mis sous scellés en attendant le verdict du premier dimanche d’octobre…

Puis idem : le PMU ouvrirait un second livre, indépendant du premier, entre le lundi du Prix de Diane Longines et la fin juin. On pourrait imaginera un troisième livre avant les Qatar Arc Trials et un quatrième juste après.

Quelques minutes après l’Arc, le PMU publierait plusieurs rapports gagnants : celui du jour J (le seul actuellement possible), mais aussi celui du Livre 1 (dont les rapports dépendraient de ce que les joueurs ont misé entre le lundi suivant le Qipco Prix du Jockey Club et le samedi précédant le Prix de Diane Longines), du Livre 2, du Livre 3, etc.

Voilà qui ne peut qu’augmenter les enjeux. Et tant pis si ces sommes sont "gelées" pendant quelques mois ou semaines. Nous savons bien que la doxa du PMU est le recyclage. Mais parfois, il faut savoir un peu ouvrir son jeu pour gagner !

L’antepost face à la culture Tiercé. Demandez à quelqu’un qui ne connaît rien aux courses ce que les courses évoquent chez lui. Vous obtiendrez le plus souvent une réponse : Tiercé et bar PMU. N’y voyons pas une chose totalement péjorative, car trouver le Quinté implique une certaine expertise. Mais tout de même, la culture des courses françaises est devenue celle du Tiercé, du numéro versus le cheval ou le jockey.

L’antepost est un autre état d’esprit. Il permet de développer une vraie culture hippique. Parce qu’il faut suivre constamment les chevaux et les professionnels. Parce qu’il faut apprendre à les connaître. Parce qu’il faut disséquer un programme, français et international. L’antepost sur un Prix de l’Arc de Triomphe exige de suivre les meilleures courses françaises mais aussi internationales ! Les performances de la nuit de la Dubai World Cup, les courses de Royal Ascot, les Derby, le Grosser Preis von Baden, la Japan Cup, les meetings de York, Glorious Goodwood, les Irish Champion Stakes…

Et puisque les Anglais et les Irlandais viennent un peu plus courir en obstacle à Auteuil, ouvrons une fenêtre antepost après Cheltenham, Aintree ou Punchestown sur la Grande Course de Haies d’Auteuil ! Et peut-être que cela donnera encore plus envie aux Français de jouer sur les grands meetings internationaux, qui en tireront aussi des bénéfices. L’antepost a vraiment une place à trouver en France et un rôle-clé à jouer dans la relance de la culture hippique dans notre pays.

Les EpiqE Series, c’est de l’antepost ! Le marketing commun des courses a lancé les EpiqE Series. L’idée est bonne, mais elle est incomplète : l’aspect sportif, bien sûr, mais les courses sont liées au jeu. Le circuit EpiqE Series est une occasion en or de lancer des paris antepost. Le PMU a d’ailleurs tenté l’expérience avec le Prix d’Amérique : il a déjà ouvert des antepost à l’issue des préparatoires lors du meeting 2015/2016. Mais il s’agissait d’un jeu concours.

Faire la promotion des EpiqE Series et des grandes courses françaises, bien sûr. Mais pourquoi le public néophyte ou spécialisé n’aurait-il pas le droit, à l’issue de chaque étape EpiqE, d’avoir la possibilité de placer une somme en antepost en vue de l’Arc ou du Prix d’Amérique ? Peut-être cela inciterait-t-il ce public néophyte, avec un ticket en poche, à revenir pour la finale EpiqE Series et, ainsi à se prendre au jeu. L’antepost ne va peut-être pas intéresser un public aussi large que celui du Quinté ou autres Multi. Mais les petits ruisseaux font les grandes rivières. La France hippique doit lui donner une chance.