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Jour de Galop

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Préparer la piste du Grand Prix de Saint-Cloud, un véritable travail d’orfèvre

Courses / 29.06.2018

Préparer la piste du Grand Prix de Saint-Cloud, un véritable travail d’orfèvre

Jean-Guillaume d’Orglandes est le directeur des pôles pistes et espaces verts pour les hippodromes de l’Ouest parisien. À quelques jours du Grand Prix de Saint-Cloud, il nous a dévoilé les secrets de la préparation en vue de cette échéance…

L’arrosage. « Notre premier travail, c’est de suivre les prévisions météorologiques. Elles constituent le point de départ de la planification de notre travail. Nous disposons de données plus précises que le grand public, avec en particulier l’évapotranspiration potentielle (ETP). Il s’agit, pour un sol, de la quantité d’évaporation qui pourrait se produire. Ce critère nous permet de déterminer l’arrosage à prévoir pour assurer la qualité du gazon mais aussi la souplesse du sol de la piste. En ce moment, compte tenu des températures et du vent séchant, l’ETP est élevée. Nous devons restituer au sol environ 8 mm d’eau par jour. Ce chiffre évolue bien sûr aussi au fil des contrôles, à l’aide du pénétromètre. Nous les multiplions, en particulier après l’arrosage. Le premier apport d’eau intervient à trois heures du matin. Cet arrosage nocturne permet de limiter les pertes d’eau. La manière dont on arrose est importante. L’arrosage a débuté deux mois avant la réunion du Grand Prix. Dans la nuit de mercredi à jeudi, nous avons apporté 20 mm, en deux arrosages, pour éviter tout risque de ravinement. L’eau a ainsi le temps de s’infiltrer. Ce jeudi, nous allons arroser à hauteur de 20 ou 25 mm, en deux fois. Enfin, en fonction des résultats de nos contrôles, nous allons peut-être procéder à un bassinage [arrosage superficiel en pluie fine destiné à humecter le végétal, ndlr]. »

Plusieurs mois de travail. « La piste a bénéficié de travaux d’entretien. En prévision de la réunion du Grand Prix de Saint-Cloud, l’hippodrome n’a pas accueilli de courses pendant quinze jours. Dès la fin de la dernière réunion précédant cette période de pause, nous avons travaillé mécaniquement le sol, afin de favoriser son oxygénation ainsi que la pénétration de l’eau. La piste a droit à trois tontes en l’espace d’une semaine : dimanche, mercredi et samedi. Au fil des réunions, le décordage nous permet de préserver la partie la plus empruntée de la piste. Nous accordons une attention toute particulière à cette zone, qui bénéficie de tontes minutieuses et d’un arrosage précis. L’apport d’engrais est très important. Nous utilisons des produits à libération lente, qui tiennent plusieurs mois. Cela permet d’assurer la bonne santé et la coloration du gazon. Nous travaillons avec du vivant et le turf doit faire preuve d’une attention constante. Le sol sablo-argileux et le gazon ne doivent pas souffrir d’un stress hydrique car il faut ensuite beaucoup de temps pour les remettre à niveau. »

Un poumon vert pour toute l’agglomération. « L’hippodrome de Saint-Cloud accueille beaucoup de préparatoires aux échéances qui se courent à ParisLongchamp et Chantilly. La piste est très appréciée des propriétaires et des entraîneurs, qui saluent son homogénéité. Lorsqu’Edmond Blanc s’est occupé de la construction de l’hippodrome, il s’est particulièrement attaché à ce point, tout en se donnant les moyens de bien faire. C’est aussi un hippodrome qui est remarquable d’un point de vue esthétique. C’est encore un autre aspect sur lequel Edmond Blanc avait été attentif, avec en particulier de nombreux arbres. Certains cèdres du Liban datent de cette époque et le Paris Country Club, dont le golf est installé sur l’hippodrome, reprend cet arbre dans son logo. L’hippodrome est classé parmi les sites historiques de la région parisienne et il est en partie ouvert hors des réunions de courses, notamment le restaurant Les Gentlemen d’Epsom. C’est un poumon vert pour toute l’agglomération et les abords ont été aménagés pour que les sportifs et les promeneurs puissent en profiter. Les habitants, les élus et les associations locales y sont très attachés. Ils se sont d’ailleurs fortement mobilisés lorsque, il y a quelques années, un projet saugrenu prévoyait de construire des logements à la place de l’hippodrome. »