PRIX DE DIANE LONGINES J-4 - Le coup de poker de Nicolas Clément

Courses / 12.06.2018

PRIX DE DIANE LONGINES J-4 - Le coup de poker de Nicolas Clément

Par Adrien Cugnasse

Nicolas Clément court toujours après une première victoire dans le Prix de Diane Longines. Avec Amazing Lips (Camelot), il visera certainement plus une place sur le podium. Celui qui est encore le plus jeune entraîneur à avoir remporté l’Arc tente un coup de poker… Ce qui lui a déjà porté chance par le passé !

Jour de Galop. – Amazing Lips n’a pas encore gagné mais à chaque fois, elle a été battue par des pouliches qui ont confirmé. Quel est votre sentiment ?

Nicolas Clément. – Amazing Lips n’a couru que trois fois. Elle a débuté par une deuxième place derrière Musis Amica (Dawn Approach) à 2ans. Cette dernière sera très en vue ce dimanche dans le Diane. Pour sa rentrée à 3ans, elle a été battue de moins d’une longueur par Victorine (Le Havre) qui a nettement dominé le Prix Mélisande (L) lors de sa sortie suivante. Enfin, en dernier lieu, elle est montée sur le podium du Prix Cléopâtre (Gr3), en finissant un peu par à-coups, derrière Castellar (American Post) qu’elle va retrouver ce dimanche. Les lignes sont donc encourageantes mais il va bien sûr falloir qu’Amazing Lips ait progressé. La pouliche sera montée par Stéphane Pasquier, qui connaît une période de forme, ayant récemment remporté le Qipco Prix du Jockey Club. Son dernier travail, ce dimanche, était bon. Le terrain un peu souple ne va pas la déranger. Dans son cas, il faut simplement éviter les deux extrêmes, c’est-à-dire trop rapide ou trop lourd. On peut penser qu’après quelques intempéries en début de semaine, la piste va sécher. 

Ce dimanche, elle va s’élancer avec de nouvelles couleurs. Quelle est la stratégie de ce propriétaire japonais ?

C’est un peu ambitieux de courir le Diane avec une pouliche qui est encore maiden. Mais elle vient de changer de casaque et son nouveau propriétaire, Susumu Hayashi, un client de Patrick Barbe, souhaite courir ce classique. Elle s’élancera en tant qu’outsider mais si elle parvient à monter sur le podium, ce sera un grand plus pour l’élevage. Elle sera certainement exportée à la fin de l’automne. Avant cela, elle pourrait prendre la direction de Deauville pour les Prix de la Nonette (Gr2) ou Psyché (Gr3). Les éleveurs japonais obtiennent de bons résultats à l’élevage à partir des pouliches acquises à l’entraînement en France. C’est lié à la qualité des souches et du programme français. Depuis quatre décennies, ils importent les meilleurs courants de sang. Et à présent, avec Deep Impact (Sunday Silence), on voit qu’ils exportent leurs lignées à l’international, notamment vers l’Australie, l’Europe et les États-Unis.

Parfois, il faut savoir tenter des coups de poker, comme vous l’aviez fait avec Saumarez…

J’étais un jeune entraîneur âgé de 26 ans et j’ai reçu ce cheval en transit vers les États-Unis, où il devait intégrer l’effectif de Charlie Wittingham. Saumarez (Rainbow Quest) avait couru à 2ans outre-Manche. Le premier challenge fut de convaincre le propriétaire, et son manager, de supplémenter dans le Grand Prix de Paris (Gr1) celui qui n’était alors qu’un placé au niveau black type… sur la foi de ce que je voyais le matin ! Il a gagné ce premier Gr1, avant de remporter le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Cette victoire de prestige fut un moment clé dans ma carrière.

Avant-cela, vous avez travaillé chez Vincent O’Brien. Cette légende de l’entraînement était aussi un acheteur hors pair. Quel souvenir gardez-vous de cette période ?

J’étais stagiaire assistant et tout était extrêmement organisé. Il n’avait que 60 chevaux, mais c’était le nec plus ultra. Son souci de la prévention du risque était impressionnant. En 1985, il avait plusieurs très bons chevaux dans son effectif comme Leading Counsel [Irish St. Leger, ndlr], Tate Gallery [National Stakes] et Law Society [Derby d’Irlande]. Il avait un grand souci du détail et tout était pensé pour le bien-être des chevaux. Aller à la piste tous les matins, le voir travailler, c’était très formateur, bien qu’il parlât très peu. Notre métier, c’est avant tout de l’observation. J’ai aussi travaillé chez un élève de Vincent O’Brien, John Gosden, qui était alors installé aux États-Unis. Dans les deux cas, l’entraînement était dur, mais bien fait, car aux mains de véritables hommes de chevaux. Je suis resté assez proche de John Gosden. Vincent O’Brien avait un très bon œil, il était très bon juge… Mais il avait toute une équipe autour de lui pour les ventes, avec notamment Tom Cooper [le père d’Alan Cooper]. C’est ainsi qu’ils ont acquis aux États-Unis des sujets de la classe de Nijinsky (Northern Dancer), The Minstrel (Northern Dancer) et tant d’autres. D’une manière plus générale, j’ai tendance à penser que seul, on est moins fort face à la quantité de chevaux à inspecter avant une vente.

Justement, comment fonctionnez-vous au moment des achats ?

Avec Tina [Rau], ma compagne, nous nous aidons mutuellement. Étant courtier, elle a sa clientèle et moi j’ai la mienne. Je travaille parfois avec d’autres courtiers et de son côté, elle achète parfois pour d’autres entraîneurs. Mais nous faisons la sélection en vue des ventes ensemble. Nous procédons ainsi depuis plusieurs années. Cela crée une synergie. C’est en procédant ainsi, avec quatre yeux, que nous avons déniché à des tarifs raisonnables des chevaux comme French Fifteen [acquis 30 000 €, Critérium International et 2e des Guinées] et Style Vendôme [acquis 92.000 €, Poule d’Essai des Poulains]. Ils faisaient suite aux achats de Stormy River [acquis 60.000 €, Poule Jean Prat], Vespone [acquis 68.000 €, Poule Jean Prat et Grand de Paris]

Pourquoi avoir fait le choix de revenir vous installer en France après votre expérience américaine ?

J’étais très jeune lors de cette période et d’un point de vue administratif, ce n’était pas forcément évident. C’est finalement mon frère, Christophe, qui s’est installé aux États-Unis avec succès. Nous nous étions dit que c’était certainement une bonne chose de ne pas travailler au même endroit. D’une manière plus générale, j’ai une certaine fibre internationale, j’aime aller aux courses à l’étranger et cela m’a permis d’accueillir des propriétaires venus des quatre coins du monde dans mon effectif. Le galop est global et il faut l’envisager de cette manière. Surtout que les chevaux français ont un certain crédit aux yeux des Australiens, notamment car ils ont prouvé leur capacité à être performants dans ce pays.

Qu’est-ce qui fait encore courir Nicolas Clément ?

Toutes les victoires sont belles, quel que soit leur niveau. Je rêve forcément de faire gagner le Diane ou le Jockey Club à l’un de mes propriétaires. Mais le graal, c’est bien sûr le Derby d’Epsom. Pour s’imposer, il faut un cheval capable de s’adapter à cette piste si exigeante au niveau de l’équilibre, avec suffisamment de tenue et de vitesse. C’est le summum. J'ai toujours la même passion pour ce qui constitue le cœur de notre métier : trouver un bon cheval, l’acheter au bon prix, le préparer dans un objectif et le valoriser de manière optimale.

Vous avez récemment été élu à la tête de l’association des entraîneurs au galop, suite au départ à la retraite de Christiane Head. Comment cumuler ce mandat et votre activité d’entraîneur ?

J’ai accepté ce mandat sur proposition de Christiane Head. La cause est noble et je suis d’autant plus motivé que l’équipe qui m’entoure dans cette association est compétente et dynamique. En outre, j’ai reçu le soutien de nombreux confrères, ce qui est forcément stimulant. Les domaines d’action ne manquent pas : programme, sanitaire, prévoyance, disciplinaire… Nous devons tous ensemble façonner l’avenir du galop, avec un équilibre entre le programme alimentaire, qui soutient les enjeux, et celui de sélection, qui sert de base au commerce et à l’élevage. Il y a une certaine écoute du côté de France Galop. Enfin, il est important que le savoir-faire français, avec ses qualités de mise au point et de dressage, soit reconnu à l’international.