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Jour de Galop

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Un long week-end de Derby

Courses - International / 04.06.2018

Un long week-end de Derby

Par Franco Raimondi

Le goût de la victoire est certainement encore plus doux quand votre grand rival est battu. C’est un lundi de fête chez Godolphin, qui a enfin réussi à remporter son premier Derby, après avoir présenté 38 chevaux dans 20 éditions de la course. Pour le cheikh Mohammed Al Maktoum, il n’y a pas mieux que de gagner avec un produit maison, issu d’un étalon Darley et d’une poulinière par un étalon maison, et qui est de surcroît l'un des très rares chevaux en Europe où le nom de Lammtarra (Nijinsky) figure encore dans le pedigree. Cerise sur le gâteau, Masar (New Approach) a passé l’hiver à Dubaï, en suivant l’une des grandes idées du patron de Godolphin qui n’avaient pas fait l’unanimité, bien au contraire.

Le bon choix de Pascal Bary. La clé pour gagner, du plus petit au plus haut niveau, c’est de placer le bon cheval dans la bonne course. Cette loi s’est vérifiée le week-end passé, d’Epsom à Chantilly. Masar méritait sa place dans le Derby et il s’est surpassé. Study of Man ** (Deep Impact) pouvait aussi courir à Epsom mais le choix de rester à Chantilly a payé, avec le succès dans le Qipco Prix du Jockey Club (Gr1). Aurait-il gagné en Angleterre ? La réponse est simple : non, et sans prendre trop en compte les ratings du Racing Post qui ont donné huit livres de différence entre les deux, à la faveur (évidemment) de l’anglais.

Un Jockey Club à l’américaine. Le Derby et le Jockey Club sont deux courses très différentes. Et pas seulement pour les 300m d’écart. Epsom n’est pas fait pour tous les chevaux. Chantilly, au contraire, est une piste facile à comprendre, même pour un cheval têtu. Le classique anglais ne fait pas de cadeaux aux chevaux qui ne tiennent pas les 2.400m, alors qu’à l’inverse, le French Derby demande aux 3ans la vitesse d’un miler et un peu de tenue. On en a eu la démonstration ce dimanche. Les premiers 1.600m ont été parcourus en moins de 1’37, c’est-à-dire sur le pied d’une bonne course sur le mile en terrain souple. La sélection s’est jouée sur la vitesse et le gagnant est celui qui a été le plus capable de résister à la fatigue. Les derniers 400m en 24’’60, même en terrain souple (3,5), sont un signe très clair. Ce dimanche, on a assisté à une course américaine sur le dirt, disputé sur le gazon de Chantilly !

À Epsom, il faut tenir. Le Derby a roulé à un train plus régulier et s’est joué sur une longue accélération progressive. Les chevaux de tenue ne se sont pas retrouvés débordés pour suivre et ils ont pu jouer leur chance d’une façon plus propre. Masar et Dee Ex Bee (Farhh) ont été capables de soutenir leur effort jusqu’au bout, alors que Roaring Lion (Kitten’s Joy) a manqué de tenue, tout comme Hazapour (Shamardal). Saxon Warrior (Deep Impact), lui, n’a pas montré la même vitesse qu’à Newmarket dans les Guinées.

Et si Roaring Lion… Study of Man n’aurait pas gagné sur les 2.400m d’Epsom mais deux des battus du Derby auraient pu jouer un premier rôle dans le French Derby. Il s’agit de Roaring Lion et d’Hazapour, qui ont couru comme des chevaux de 2.000m. Il reste à comprendre comment ils auraient évolué dans une course à l’américaine... Study of Man était au bon endroit, Roaring Lion et Hazapour au mauvais. Cela peut arriver dans tous les sports, encore plus dans les courses.

Masar option Eclipse. Les classiques sont aussi le moment de la découverte. Maintenant, à chacun son métier. Study of Man restera, dans un premier temps, sur 2.000m avec l’objectif de gagner une grosse course en Angleterre et en Irlande pour étoffer son C.V. d’étalon. Masar sera probablement supplémenté dans les Eclipse Stakes (Gr1), en quête d’un doublé qui a réussi à trois champions de la trempe de Golden Horn (Cape Cross), Sea the Stars (Cape Cross) et Nashwan (Blushing Groom) au cours des trente dernières années. L’impression, c’est que ces 3ans doivent rester le plus loin possible de Cracksman (Frankel)…

Quand l’équipe joue mal… Sauf attendre le St Leger, qui est bien loin, la course qui reste pour Aidan O’Brien et ses 3ans, c’est le Derby irlandais (Gr1). L’escadron de Ballydoyle est sorti battu d’Epsom et de Chantilly. Le succès de Forever Together (Galileo) dans les Oaks est une trop petite consolation pour l’opération de pur-sang la plus forte d’Europe. Les mâles de 3ans d’Aidan O’Brien ont franchement déçu. Saxon Warrior, qui est quand même déjà gagnant classique, a des excuses pour sa mauvaise course, mais pour une fois, cette année, c’est l’équipe qui n’a pas délivré de bonne performance. Déjà, au niveau tactique, l’un des points forts chez Ballydoyle, tout a mal fonctionné. Les trois valets de Saxon Warrior à Epsom ne l’ont pas aidé dans sa tâche. À Chantilly, Rostropovich (Frankel) s’est retrouvé pris de vitesse dans une course menée rondement par ses coéquipiers. Tout cela peut arriver, mais les stratégistes de Ballydoyle ont toujours taillé des courses de haute couture pour leurs chevaux.

Le pire cauchemar pour Ballydoyle. La quatrième place de Saxon Warrior, c’est le pire classement pour Ballydoyle dans les dix dernières éditions du Derby. Seul Giovanni Canaletto (Galileo), le capitaine de l’équipe 2015, avait raté l’objectif de terminer dans les trois premiers. Il y a eu pire dans le passé, mais depuis 2001, année où Galileo (Sadler’s Wells) a donné le premier de ses six succès à Aidan O’Brien, Ballydoyle a eu à treize reprises (sur dix-neuf éditions) au moins un poulain dans les trois premiers à Epsom. Le record est beaucoup moins bon à Chantilly où Highland Reel (Galileo), deuxième en 2015, et Westphalia (Danehill Dancer), troisième en 2009, sont les seuls à avoir figuré dans le tiercé gagnant.

Ballydoyle et le Derby d’Epsom depuis 1998

Année Meilleur poulain de Ballydoyle (classt) Rating Battu de Gagnant RPR
2018 Saxon Warrior (4e) 115 4,5 Masar 123
2017 WINGS OF EAGLES (1er) 121
2016 US Army Ranger (2e) 122 1,5 Harzand 124
2015 Giovanni Canaletto (4e) 111 10 Golden Horn 127
2014 AUSTRALIA (1er) 125
2013 RULER OF THE WORLD (1er) 121
2012 CAMELOT (1er) 126
2011 Treasure Beach (2e) 120 tête Pour Moi 121
2010 At First Sight (2e) 117 7 Workforce 129
2009 Fame and Glory (2e) 121 1,75 Sea the Stars 124
2008 Washington Irving (5e) 114 7,25 New Approach
2007 Eagle Mountain (2e) 121 5 Authorized 130
2006 Dylan Thomas (3e) 117 0,25 Sir Percy 121
2005 Gypsy King (5e) 112 10,5 Motivator 129
2004 Meath (14e) 60 40 North Light 123
2003 The Great Gatsby (2e) 119 1 Kris Kin  120
2002 HIGH CHAPARRAL (1er) 130
2001 GALILEO (1er) 127
2000 Aristotle (10e) 99 18 Sinndar 128
1999 Saffron Walden (7e) 114 6,5 Oath 124
1998 Second Empire (8e) 108 9,5 High-Rise 123

Le Derby irlandais, la dernière chance. Le Derby irlandais est donc la dernière occasion de briller pour les 3ans de la cuvée 2015 de Ballydoyle. Depuis 2006, quand les premiers produits de Galileo ont pris 3ans, Aidan O’Brien a sorti au moins un gagnant de Derby en Angleterre, en France ou en Irlande à dix reprises. Il y est parvenu, même quand il avait des mauvais chevaux ou que ses poulains étaient obligés d’affronter des cracks, comme fut le cas en 2009, la saison de Sea the Stars (Cape Cross). Il a vingt-cinq jours pour retrouver le vrai Saxon Warrior ou s’inventer un gagnant de Derby irlandais.