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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

C’est l’histoire d’une poulinière qui ne sait faire que des classiques…

International / 23.07.2018

C’est l’histoire d’une poulinière qui ne sait faire que des classiques…

Par Franco Raimondi

Samedi, à Dieppe, un jeune homme regardait sur son téléphone portable les Oaks d’Irlande et quand Sea of Class (Sea the Stars) est venue s’imposer à l’issue d’une fin de course exceptionnelle, il n’a pas pu cacher ses larmes. Le jeune homme, c’est Alessandro Botti. Il avait acheté et entraîné la mère de la pouliche, Holy Moon (Hernando), qui a désormais sa place dans le livre des records. Sea of Class est sa quatrième gagnante d’Oaks, après trois pouliches qui ont remporté les Oaks d’Italie.

Le conte de fées des quatre sœurs gagnantes d’Oaks commence avec un coup de cœur, celui d’Alessandro Botti qui a acheté leur mère, Holy Moon, pour 2.600 Guinées irlandaises, quelques mois avant l’arrivée de l’euro. Le professionnel, un tout jeune adulte à l’époque, se trouvait à Goffs pour faire ses classes sur le terrain et trouver quelques yearlings à intégrer dans l’écurie familiale. Il en avait déjà acheté deux et il était sur le point de partir quand il a vu une pouliche élégante, avec un peu de classe et un pedigree intéressant. L’entraîneur se souvient : « J’avais encore quelques sous à dépenser et j’ai pensé : si le prix ne monte pas trop, je peux essayer. Je l’ai eue à la deuxième enchère. Le seul défaut qu’on pouvait lui trouver, c’est qu’elle était un peu légère. »

La pouliche d’Alessandro… On peut pardonner à une pouliche à 3.000 € d’être un peu légère. À cette époque, avec les courses italiennes qui marchaient à toute vapeur, il suffisait de gagner un maiden pour se rembourser d’une telle somme. Holy Moon a fait beaucoup plus que cela. Elle s’était manifestée comme une pouliche pour les Oaks d’Italie, avec un facile succès lors de ses débuts et, à San Siro, on parlait d’elle comme de la pouliche d’Alessandro… Après une deuxième place dans le trial pour le classique, Alessandro Botti l’a dirigée vers un chemin moins compliqué : « J’étais assistant chez mon père, Giuseppe, et mon oncle, Alduino, et j’ai eu la chance de m’occuper directement d'Holy Moon. Elle avait de la classe mais il fallait la courir avec un certain intervalle. Pour elle, nous avions visé le Premio Terme di Merano, une Listed à l’affiche le 15 août à Merano. J’ai un souvenir précis : il faisait très chaud et j’étais inquiet à cause de ça. Heureusement tout s’est bien passé et Holy Moon a décroché son black type. »

L’opération d’élevage de la famille Botti n’était pas encore celle qu’elle est devenue. Holy Moon méritait bien sa place dans la jumenterie maison et, à la fin de sa saison de 4ans, elle a été retirée avec 117.000 € de gains, un black type majuscule et la sensation qu’elle pouvait avoir un bon avenir de poulinière. Alessandro Botti se souvient : « J’aimais acheter des femelles avec un bon pedigree, Holy Moon correspondait à ce portrait-robot. D’ici à imaginer qu’elle aurait donné quatre gagnantes d’Oaks, il y a un long chemin… »

Le projet Razza del Velino., La femelle Mooney Ridge (Indian Ridge), premier produit d'Holy Moon, a été élevée sous l’ancienne griffe Dioscuri. C’est avec le deuxième, Holy Ballet (Shamardal) que l’opération d’élevage de la famille Botti a pris la dénomination Razza del Velino, puis avec le troisième, la pouliche Cherry Collect (Oratorio) que la poulinière est devenue classique. Entre temps, la crise a frappé fort les courses et l’élevage en Italie. Les allocations ont chuté et toute la corbeille d’aides pour les éleveurs, saillies subventionnées et bonus, ont disparu.

Cherry Collect ouvre la série. Le doublé classique Premio Regina Elena (Gr3) & Oaks d’Italia (Gr2) a indiqué qu'Holy Moon avait un grand potentiel de poulinière, mais l’élevage, on le sait, est une activité de longue haleine. Il faut attendre avant de récolter les fruits. L’année suivant celle de Cherry Collect, qui est née en 2009, est arrivée Charity Line (Manduro). Elle a gagné les Oaks d’Italie et le Premio Lydia Tesio (Gr1) la saison suivante et le monde des courses italien, dans son ensemble, pensait qu'il était impossible que douze mois plus tard, Final Score (Dylan Thomas) puisse offrir un troisième succès classique à sa mère. Une mauvaise estimation, car elle a remporté les Oaks avec le statut d’invaincue et a terminé sa carrière en remportant le Premio Lydia Tesio (Gr1). Stefano Botti, qui a entraîné les trois sœurs, jugeait Final Score la meilleure en classe pure.

Charity Line chez Teruya Yoshida. Les trois étalons qui ont produit les trois sœurs n’étaient plus à la page quand les pouliches ont gagné les Oaks. Oratorio (Danehill) était parti pour l’Afrique du Sud en 2012, mais quand il a rencontré Holy Moon il officiait à 25.000 €. Manduro (Monsun) est proposé à 7.000 € par le haras du Logis, mais il était à 20.000 £ quand il a sailli la poulinière. Dylan Thomas (Danehill) coûtait 25.000 € au moment du rendez-vous qui a produit Final Score. La Razza del Velino est un haras professionnel, il doit faire les comptes et serrer les cordons du budget. C’est pour cela que les trois sœurs sont toutes parties pour le Japon : Cherry Collect et Final Score chez Katsumi Yoshida et Charity Line chez son frère Teruya.

Final Score, deux produits millionnaires. Il est encore beaucoup trop tôt pour les juger comme poulinières mais les Yoshida ne regrettent pas leur investissement. Deux des quatre premiers produits de Cherry Collect ont été vendus pour 191 millions de yens (1,461 million d’euros) et elle compte déjà la gagnante de 3ans Danon Grace (Deep Impact). Le premier produit de Charity Line, un mâle de 2ans par Orfèvre (Stay Gold), a été gardé par Shadai. Final Score est une réussite dans les rings de ventes : sa 2ans, une pouliche par Deep Impact (Sunday Silence), a été adjugée 155 millions de yen (1,18 million d’euros), alors que son yearling par Black Tide (Sunday Silence) a affiché 140 millions (1,071 million d’euros) cette année à la J.R.H.A.

Le croisement avec Sea the Stars. Le croisement d'Holy Moon avec Sea the Stars (Cape Cross) a été choisi en 2014, quand la poulinière comptait deux gagnantes des Oaks. Sea of Class, élevée par la Razza del Velino, près de Rieti, dans le centre d’Italie, est passée à la vente Tattersalls de décembre parce qu’elle est née très tard, le 23 mai, et madame Tsui l’a payée 170.000 Gns. Les deux frères Botti n’étaient pas très sûrs de la vendre, mais enfin, il faut aussi penser à la caisse…

Une seule femelle est restée à la maison. Une seule femelle issue d'Holy Moon est restée dans la jumenterie Razza del Velino. Il s’agit de son premier produit, Mooney Ridge, qui a gagné deux courses et avait entamé sa deuxième carrière avec des étalons basés en Italie. Avec le très moyen Vita Rosa (Sunday Silence), elle a produit le placé de Groupe Troublemaker et a mérité des fiancés plus cotés. Un très beau mâle par Holy Roman Emperor (Danehill) sera proposé, avec deux douzaines de yearlings de la Razza del Velino, à la vente SGA, au programme le 22 septembre à Milan.

Prochain défi, un Derby. Holy Moon a donné quatre gagnantes classiques et une autre lauréate de Groupe, Wordless (Rock of Gibraltar). Son défaut : ses femelles sont meilleures que les mâles, même si Back on Board (Nathaniel) s’est classé deuxième dans le Derby Italien (Gr2) et que Magic Mystery (Pour Moi) a décroché son black type en Italie. Le prochain défi pour la poulinière des miracles est de produire un mâle lauréat classique. Elle a un yearling par Oasis Dream (Green Desert) proposé dans le book 1 de Tattersalls, en octobre prochain, un foal par Golden Horn (Cape Cross) et elle est pleine de Gleaneagles (Galileo). C’est jouable…  Déjà, préalablement aux Oaks de Charity Line, on se disait : il est impossible pour une poulinière de produire deux sœurs lauréates des Oaks. Elle en a fait quatre !