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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

DEAUVILLE D’ICI ET D’AILLEURS - Baden-Baden, les courses et la santé

International / 17.07.2018

DEAUVILLE D’ICI ET D’AILLEURS - Baden-Baden, les courses et la santé

Royal Ascot à Baden-Baden? C’est fort probablement un record d’idiotie mais j’ai réussi à le faire, en 1993. Il faut savoir que le meeting de Sa Majesté est très fatigant, même en touriste, avec les allers-retours de Londres à l’hippodrome. Et qu'à l’époque, les paris sur les courses anglaises n’étaient pas acceptés dans mon pays. Pas de paris, pas de courses à la télé. En Allemagne, au contraire, avec ses buchmachers on pouvait jouer sur toutes les courses anglaises et les regarder à la télé.

Par Franco Raimondi

Royal Ascot sans stress. C’est donc pour ça que je suis monté dans le train Milan - Baden-Baden et j’ai découvert le plaisir d’un Royal Ascot sans stress. Une jolie routine : réveil à 11 h, achat du Racing Post au kiosque, trois heures de plein relax dans le magnifique sauna de Caracalla Thermen, et ensuite un après-midi chez le buchmacher local. Il a gardé un mauvais souvenir du jeune Italien parce qu'un parieur sans stress est un parieur gagnant… De mon côté, j’ai un autre souvenir de ce séjour, celui de Bruno Schutz, le père d'Andreas, très grand entraîneur que j’avais interviewé par téléphone de Baden-Baden quelques jours avant le Gran Premio di Milano qu’il a gagné avec Platini (Surumu).

Une étape avant la rentrée. Mon record sera difficilement battu, mais je me suis souvent rendu à Baden-Baden. En principe c’était une étape sur le chemin de retour de Deauville, pour retrouver un peu de santé après les folies. Les Allemands, même quand ils font la fête, sont plus posés que nous Italiens et Français. À l’époque, le galop allemand était une planète assez inconnue dans les autres pays. Les Allemands sortaient des chevaux de niveau international mais leurs courses étaient plutôt pour initiés. C’est pendant la Grosse Woche, la grande semaine, que j’ai découvert et apprécié le galop d’un pays qui est si différent de l’Italie.

À quelques bornes de la frontière. Quand on parle de la Grosse Woche, on pense à Baden-Bade, même si l’hippodrome est à Iffezheim, une ville de quelques 4.000 habitants, à deux kilomètres de la frontière française et une douzaine de la ville thermale. Un vieil ami italien prenait son hôtel en France, à une dizaine de bornes de l’hippodrome, parce qu’il était moins cher, et il arrivait à communiquer dans une langue plus facile. C’était excessif : même si les hôtels et les restaurants ne font pas de cadeaux pendant la grande semaine, Baden-Baden a des tarifs supportables.

Thermes et courses. Les thermes sont la grande attraction du site. Si vous n’aimez pas, il vaut mieux rester à la maison. Quand il n’y a pas de courses ou de ventes, c’est-à-dire le lundi et le mardi, la ville est très calme, même endormie, sauf le soir au casino. Les restaurants sont de haut niveau – il y en deux ou trois vraiment top sur les collines alentour –, vous pouvez vous promener aimablement mais, pour un jeune homme ou une jeune femme, c’est franchement un peu rébarbatif.

Bravo monsieur Benazet. Tout change pour les courses. Le directeur du casino, monsieur Édouard Benazet, avait décidé en 1858 d’ajouter un hippodrome aux attractions de la ville. Il a eu raison. La Grosse Woche est la vraie fête du galop allemand et une victoire dans le grand meeting compte comme un succès à Royal Ascot pour les propriétaires. Les Allemands n’ont pas encore inventé des sujets élevés pour ça, les fameux 2ans de Royal Ascot, et le niveau de compétition est très haut, en dépit des allocations qui, certes, restent plus importantes par rapport aux allocations quotidiennes allemandes.

Une approche très sport. Il ne faut jamais oublier qu’en Allemagne, l’approche aux courses est encore très sport, presque en amateur. C’est la grande force du galop allemand qui ne peut pas rivaliser avec la France sur le plan des allocations et qui a une production faible quantitativement pour un vrai impact sur le marché international. On élève pour le plaisir, on garde les chevaux à l’entraînement et c’est avec les plus grands regrets qu’on les vend pour renflouer le budget.

Le plaisir des courses en famille. C’est aussi pour le plaisir pur que les gens se rendent en famille aux courses. C’est un peu gênant pour le turfiste mordu et expérimenté mais il faut faire avec pour s’amuser. Le spectacle en piste vaut le prix du ticket (35 € pour un siège, 55 € dans les loges), vous pouvez admirer un futur gagnant de l’Arc de Triomphe – Danedream (Lomitas) et Marienbard (Caerleon) pour ne citer que les derniers – et passer une agréable journée aux courses. C’est une bonne expérience pour découvrir une autre façon de vivre le galop, comme dans un voyage dans le passé. Comment serait le galop en France sans l’invention du PMU et du tiercé ? Il suffit de traverser la frontière.