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Jour de Galop

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DEAUVILLE, D’ICI ET D’AILLEURS - Del Mar, en tongs et short !

Magazine / 20.07.2018

DEAUVILLE, D’ICI ET D’AILLEURS - Del Mar, en tongs et short !

Par Franco Raimondi

Le meeting de Deauville, qui commence le 28 juillet prochain, n’est pas une spécificité française. Des courses l’été, sur un lieu de villégiature coté, avec toute une vie sociale organisée autour du cheval, cela existe ailleurs. Aujourd’hui, cap sur la Californie, avec l’hippodrome de Del Mar.

Le dictionnaire des stéréotypes dirait que Del Mar est la version californienne de Saratoga et pourtant les deux hippodromes sont aux antipodes. Exactement comme la Californie et New York ! C’est la modernité face à l’histoire, le décontracté face au formalisme, le soleil et le vent de l’océan Pacifique face aux forêts de l’Upstate New York. Dans tous les pays, il existe une rivalité Nord-Sud. Aux États-Unis, c’est l’East Coast (la tradition) face à la West Coast (le changement). L’histoire de Saratoga est longue de 155 ans, celle de Del Mar a commencé en 1937. En novembre dernier, l’hippodrome californien a écrit un chapitre important, avec sa première Breeders’ Cup. Même si le dress code dans les hippodromes américains est beaucoup moins strict que chez nous, ce qui est admis à Del Mar ne le serait jamais à Saratoga, et pas pour un problème de température ! Un propriétaire en short et tongs n’est pas l’exception, mais plutôt la règle. Les courses du vendredi commencent à 16 heures, ce qui est très tard selon le standard aux États-Unis, pour donner au public le temps de profiter des plages ou de faire le déplacement de Los Angeles. C’est un hippodrome estival, décontracté, au parfum du Mexique, qui n’est pas si loin.

Le jour de la défaite de Cigar. Tout comme Saratoga, Del Mar a la triste réputation d’être un tombeau pour les favoris. C’est ici que, le 10 août 1996, la grande série de Cigar (Palace Music) s’est terminée dans le Pacific Classic (Gr1). Une foule record (75.201 spectateurs) avait rempli l’hippodrome pour assister à la 17e victoire consécutive du champion de Bill Mott. Hélas, son jockey, Jerry Bailey, est tombé dans le piège tactique préparé par Richard Mandella, et il a été battu par le Wertheimer Dare and Go (Alydar).

American Pharoah, débuts perdants et un premier Gr1. La piste, vous l’avez vue lors de la Breeders’ Cup, est exactement le contraire de ce que l’on imagine en Europe pour faire courir des chevaux. C’est très "West Coast", c’est-à-dire que la vitesse est primordiale et les chevaux qui viennent de l’Est sont lourdement désavantagés. Pourtant les grandes écuries de la Californie n’hésitent pas à courir leurs meilleurs 2ans à Del Mar. American Pharoah (Pioneerof The Nile) y avait fait ses débuts (perdants) avant de gagner le Del Mar Futurity (Gr1), la course que l’on peut qualifier de Prix Morny californien.

La chasse gardée de Baffert. Del Mar, c’est la chasse gardée de Bob Baffert, qui a gagné treize fois le Futurity, sept fois sa version féminine, les Del Mar Debutante (Gr1), et qui, avec cinq succès dans le Pacific Classic (Gr1) – la grande épreuve pour les chevaux d’âge –, est à une victoire du record du regretté Bobby Frankel. L’entraîneur a même choisi, pour ses tapis de selle, les couleurs du drapeau (jaune et bleu) de l’hippodrome.

La première Breeders’ Cup. La crise des courses en Californie, avec la fermeture de Hollywood Park, a généré des changements à Del Mar. Depuis 2014, le meeting estival a été agrémenté d’une prolongation l’automne (là où la Breeders’ Cup a trouvé sa place), mais sa vocation est toujours la même. Les données de l’été 2017 sont loin des jours de gloire des années 1990, quand le public avoisinait les 37.000 spectateurs par réunion, mais, tout compte fait, face à la concurrence des autres loisirs, les 13.240 turfistes qui ont payé leur ticket lors de chacune des 36 réunions, ce n’est pas si mal !

Bing Crosby chante encore. Del Mar n’est pas, vous l’avez compris, Saratoga, mais c’est la réponse californienne à New York. C’est l’hippodrome des stars de Hollywood, comme Bing Crosby, un vrai passionné de courses, qui ne ratait pas une seule réunion et qui a joué un rôle très important dans le succès de l’hippodrome avec sa chanson Where the Turf Meets the Surf. Il suggérait de se rendre à Del Mar en avion, en train ou en voiture parce qu’il y a un grand sourire sur chaque visage et un gagnant dans chaque course. Un peu simplet, d’accord, mais, après 79 ans, la chanson est encore chantée au début des opérations et en fin de réunion et le sprint le plus important de la saison est nommé les Bing Crosby Stakes (Gr1).