LE MAGAZINE - À la rencontre de Géraldine Cillo, Madame Chaser Day

Élevage / 15.07.2018

LE MAGAZINE - À la rencontre de Géraldine Cillo, Madame Chaser Day

Par Christopher Galmiche

Le vendredi 15 juin a eu lieu le Chaser Day 2018 à Paray-le-Monial. Ce jour-là, Géraldine Cillo (élevage Figerro) a été la grande héroïne du jour. En effet, chez les foals, elle a présenté à la fois le champion des mâles, un fils de Free Port Lux, et la championne des femelles, une fille de Vision d’État. À l’issue d’une finale 100 % Figerro, la femelle s’est imposée comme la championne suprême devant le mâle. Retour sur ce tour de force, mais aussi sur l’arrivée de Géraldine Cillo dans le monde des courses, ses croisements, ses juments, son élevage et son histoire avec le cheval.

Un doublé fort en émotion. Sitôt après le dénouement du Chaser Day, côté foal, Géraldine Cillo était au box, en larmes, avec ses proches. Pour une professionnelle qui vient de se lancer dans le monde des courses et de l’élevage, les concours sont la première escale sur la route des hippodromes. Et les émotions, en cas de succès, sont similaires à celles ressenties après une victoire en course. Elle nous a raconté : « C’était vraiment un grand moment de faire le doublé lors du Chaser Day. C’était inattendu, d’autant plus que je débute. Mes premiers poulains sont nés l’année dernière avec des juments que j’ai récupérées déjà pleines. Et les poulains nés cette année sont le fruit de mes choix personnels. Cette réussite au Chaser Day était totalement inespérée. J’espérais faire une bonne place avec l’un des poulains parce que je savais que j’avais des produits de bonne qualité. Mais je ne m’attendais pas à un tel doublé. Cela fait plaisir et chaud au cœur, d’autant que beaucoup de personnes m’ont encouragée. »

Les concours, Géraldine Cillo les avait déjà expérimentés avec ses chevaux de sport. Ce sont des événements incontournables. Elle participait pour la deuxième fois au Chaser Day. L’an dernier, elle s’était classée deuxième d’une section avec Halcyon (Evasive’s First), le frère de la championne suprême. « J’ai toujours participé aux concours d’élevage avec les chevaux de sport et c’est très important. Cela apprend beaucoup de choses aux poulains de faire des concours. On n’en tire que du positif par la suite. » D’autant que grâce à ce doublé et le sponsoring du haras de la Hêtraie, Géraldine Cillo a décroché les saillies de Bathyrhon et de Great Pretender.

Histoires de croisements. Honneur au vainqueur, c’est donc une fille de Vision d’État et de Terebella (Muhtathir) qui a été sacrée championne suprême chez les foals. Son éleveur nous a expliqué l’histoire de son croisement : « Je viens des chevaux de sport et j’ai toujours eu pour habitude de voir un maximum les étalons que je choisis. Cela reste d’actualité. J’étais allée voir Vision d’État lors de la présentation au haras de Tréban. Le cheval m’a beaucoup plu. Je pense qu’il correspondait bien à ce que je recherchais. La jument produit très grand et je ne souhaitais pas lui ramener de la taille. Ses performances étaient exceptionnelles, et il avait un papier d’obstacle. C’était vraiment mon coup de cœur de l’année. Je suis encore en contact avec l’ancien propriétaire de la jument [Hubert Favre, ndlr] avec lequel nous en avons discuté. Mon choix le satisfaisait aussi. Les poulains de la jument sont exploités chez Guillaume Macaire. J’appelle régulièrement Hubert Favre pour discuter de mes choix de croisement et avoir son avis. Nous sommes associés sur une autre jument. J’ai mes impressions, mais j’écoute aussi des éleveurs comme lui, qui font cela depuis des années. » Champion des foals mâles, le fils de Free Port Lux et de Petite Fille (Robin des Champs) a été acquis par Philippe Peltier. « J’ai acheté une demi-part de Free Port Lux lorsqu’il est arrivé à Cercy. Je commençais juste à avoir quelques juments et, par l’intermédiaire d’un ami, j’ai su qu’il était syndiqué. Je disposais d'une saillie. Le choix était évident pour Petite Fille de me porter sur Free Port Lux. Elle avait déjà bien produit avec Network. Elle a de la taille mais je n’ai pas peur de lui associer des étalons avec de la taille. C’était vite choisi. J’ai refait le même croisement ! »

Voir les étalons de visu. C’est toujours intéressant de savoir ce qui pousse un éleveur à choisir un étalon plus qu’un autre. Géraldine Cillo attache pour sa part beaucoup d’importance au fait de voir l’étalon de ses yeux. « Pour choisir mes étalons, il y a plein de facteurs. J’aime énormément voir les chevaux car j’attache une grande importance au modèle. Cette année, j’ai emmené Terebella à It’s Gino, que j’ai vu au salon à Vichy cet hiver. Si je n’avais pas vu l’étalon, je n’y serais peut-être pas allée. Il m’a vraiment plu lorsque je l’ai vu. C’est une jument à laquelle je veux ramener de la masse. Il correspondait bien à la jument, le papier était là en face. Le modèle reste primordial. Puis vient le papier, ses performances, celles de la production... »

Une dizaine de poulinières... L’élevage Figerro est situé à Volesvres, dans la Saône-et-Loire, à quelques kilomètres de l’hippodrome de Paray-le-Monial. Dix juments sont stationnées là-bas. « Je suis sur une petite commune, juste à côté de Paray, à Volesvres. Nous avons dix poulinières, principalement en pur-sang. Ce sont les rencontres qui m’ont fait les acquérir. J’ai la chance d’avoir de bonnes juments, qui ont déjà produit. Elles ont couru avec de bons résultats, cela aide aussi. Ma première poulinière est une ancienne jument de Jean-Paul Gallorini, Carmenga (Tiger Hill), la mère de Chinco Star (Malinas). Cette jument ne remplissait plus et monsieur Gallorini souhaitait la vendre. Une amie travaillait au haras à l’époque et elle a été vendue, mais ils n’ont pas réussi à l’embarquer. C’est comme cela que mon amie l’a récupérée. Elle m’a appelée pour aller l’embarquer et elle m’a proposé, la première année, que nous la mettions à la saillie ensemble. Malheureusement, elle n’a pas rempli. Mon amie me l’a vendue. J’ai réussi à la faire remplir l’année dernière. Elle m’a fait un joli poulain cette année, qui a un vrai mental. Ensuite, je voulais trouver d’autres juments. J’ai appelé un éleveur que je connaissais très bien depuis mon enfance : Didier Berland. Quelque temps après, il m’a appelé car il voulait réduire son effectif. Il m’a proposé trois juments. Dans le lot, il y avait Petite Fille, la mère du fils de Free Port Lux, Quephaeton (Trempolino), la mère de Chef Étoilé (Coastal Path), et Pâquerette du Rheu (Lute Antique), que j’ai perdue d’une septicémie foudroyante. Par l’intermédiaire de Didier Berland, j’ai rencontré monsieur Favre, qui voulait se séparer de Terebella. J’ai pu récupérer cette jument. L’année dernière, j’avais donc quatre juments, qui étaient pleines pour cette année. Par la suite, j’ai pu avoir d’autres juments, toujours par l’intermédiaire de Didier Berland, comme Élégance Reconce (Lucarno), la fille de Pâquerette du Rheu, qui a gagné une course l’année dernière pour ses débuts, Dansala Reconce (Kapgarde), de la souche de Jean-Louis Berger, Villemanzie (Villez), sur laquelle nous travaillons avec monsieur Favre, et j’ai acheté à Didier [Berland, ndlr] Kruscyna (Ultimately Lucky) et Vénus des Bordes (Assessor). La dernière jument que j’ai récupérée est Uranie des Neiges (Great Pretender), qui vient d’un petit élevage à côté de chez moi, celui de monsieur Martin. Elle appartient à des amis d’enfance et après la mort de ce dernier, son fils ne voulait pas que la souche disparaisse. Donc j’ai pris la jument. »

… Et un étalon ! Géraldine Cillo a vite vu augmenter son nombre de juments et elle s’est aussi lancée dans l’étalonnage grâce à l’arrivée de Nom de d’La à Volesvres. « Avec mon mari, nous avons racheté une ferme qui abritait uniquement des bovins allaitants. Nous avions les terrains et les bâtiments et nous avons fait de gros aménagements. Nous avons cinquante-deux hectares. Cet hiver, nous avons récupéré un étalon, Nom de d’La. Je ne pensais pas avoir un jour un étalon. Alexandrine Berger est ma voisine, car nous sommes sur la même commune. Elle m’avait appelée pour avoir des renseignements sur différents haras du secteur. Une semaine après, ils m’ont demandé si cela m’intéresserait de récupérer cet étalon. Nous n’avons pas réfléchi longtemps et le lendemain, nous nous sommes lancés. J’aimais beaucoup Nom de d’La et je lui avais déjà emmené une jument la saison dernière. Je suis une passionnée d’élevage et ça me permet de boucler la boucle. À l’issue de la première saison, ça s’est très bien passé. J’espère pouvoir proposer un nouvel étalon pour la saison prochaine. »

Le dressage avec les courses en toile de fond. Comme de nombreux éleveurs de chevaux de sport, Géraldine Cillo s’est lancée dans le monde des courses, et plus particulièrement celui de l’obstacle. « J’étais déjà éleveur de chevaux de dressage. Mais je me suis toujours intéressée aux courses, notamment d’obstacle. Auparavant, limitée par la surface, je ne pouvais pas m’y intéresser de plus près. Puis, lorsque nous avons acheté la ferme, j’avais d’autres projets sur celle-ci, mais je voulais trouver deux ou trois poulinières de course. Dans notre secteur, nous avons un gros foyer de chevaux de course. Avec l’acquisition de la ferme, c’était l’occasion de mettre le pied dans les courses. Finalement, cela a été beaucoup plus vite que je ne l’avais imaginé. Je voulais deux ou trois poulinières et j’en ai dix plus un étalon (rires)… J’ai vécu de belles rencontres dans le monde des courses. Nous avons sympathisé avec des éleveurs. Je découvre encore plein de choses, notamment au niveau des pedigrees. J’ai toujours des chevaux de dressage. J’ai trois poulinières et je continue comme cela à ce niveau-là. Les chevaux de dressage restent une passion pour moi. »