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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les six faits marquants du premier semestre 2018… en France

Courses / 12.07.2018

Les six faits marquants du premier semestre 2018… en France

Six mois se sont écoulés. Nous sommes déjà en juillet. Même si le Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1) n’est pas encore couru, cela commence à sentir l’été et Deauville du côté des courses françaises. C’est le moment pour tirer un premier bilan de l’année 2018, en piste, dans les haras et sur les rings de ventes. Nous avons choisi six chevaux, hommes et faits qui ont marqué ce début de saison. Aujourd’hui, focus sur l’étranger. Prochainement, nous passerons l’obstacle au crible.

Par Franco Raimondi et Anne-Louise Echevin

ParisLongchamp : du très bien et du beaucoup moins bien

L’événement de l’année était la réouverture de Longchamp, désormais ParisLongchamp. Un hippodrome flambant neuf pour faire entrer les courses françaises dans la modernité et leur donner un nouvel élan. On attendait donc beaucoup de choses de ParisLongchamp. Certains espoirs commencent à devenir réalité. Mais tout est loin d’être parfait.

Tout le monde n’apprécie pas le design de l’hippodrome, notamment de sa tribune. Le parti pris architectural est fort : on aime ou on n’aime pas. ParisLongchamp sait cependant séduire grâce à ses immenses pelouses, son charme bucolique. France Galop a fait confiance au groupe Noctis pour animer l’hippodrome, notamment dans le cadre des Jeuxdi. Cela marche : le public est de plus en plus nombreux lors de ces rendez-vous. Alors oui, tous ne viennent pas pour les courses. Mais faire venir ces jeunes sur les hippodromes est un premier pas pour leur permettre de découvrir notre univers. Si vous vous rendez au Petit Pré lors des courses, vous constaterez qu’un certain nombre de jeunes mettent une pièce pour s’amuser et poussent avec enthousiasme leur cheval dans la ligne droite. C’est un début. Ce n’est pas cela qui va relancer instantanément le pari hippique. Mais les petits ruisseaux font les grandes rivières et Rome ne s’est pas construite en un jour.

Le moins – et quel gros moins ! – est l’état de la piste. L’écrin des courses françaises ne peut pas se permettre d’avoir une piste en si mauvais état : des parties sans gazon, des trous non rebouchés. Fausse, hachée, dure… Les critiques tombent de toute part. On peut essayer de trouver des excuses : la météo a été extrêmement compliquée, passant de pluies diluviennes – ou neige – à mini-canicule en un temps très rapide. Il y avait plus de réunions à ParisLongchamp ce premier semestre que dans le passé. La piste a été probablement surexploitée, comme ce fut le cas à Deauville par exemple l’an dernier. Elle est logiquement fatiguée. Mais cela n’explique pas qu’elle soit dans un si mauvais état. Espérons que les équipes de France Galop puissent déjà commencer à corriger le tir durant l’été, pour avoir un beau Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, sur une belle piste aux étoiles…

Un Jockey Club sans Fabre… mais il est de retour !

André Fabre ne court pas ses chevaux pour se faire plaisir et se promener des balances aux écuries avec des selles sous ses bras. Cette année, il n’a pas eu un partant dans le Qipco Prix du Jockey Club (Gr1), une course qu’il a gagnée à quatre reprises et dont il est monté sur le podium seize fois depuis 1987. Il ne s’agit pas d’une première. Déjà, en 2009, l’année du succès de Le Havre (Noverre) le maître cantilien avait assisté en spectateur au French Derby. Et, surprise, cette année comme en 2009, il n’était pas représenté dans The Emirates Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Un classique sans un Fabre n’est pas un classique…

L’entraîneur a sellé 99 sujets de la "cuvée 2015", dont 57 ont gagné aux moins une course à 2ans ou 3ans. Parmi eux, les poulains entiers sont au nombre de vingt-huit et ceux qui ont remporté un succès à 3ans sont seize. Les 3ans sont le moteur de chaque écurie et un entraîneur n’est pas un magicien : il peut leur faire gagner leur course, même deux, mais c’est aux poulains de mériter le ticket classique. Pour une raison ou une autre, le Jockey Club et la Poule sont arrivés trop tôt pour les poulains de chez Fabre et d’autres ont dû faire l’impasse. Mais André Fabre revient.

Cascadian ** (New Approach), dans le Qatar Prix Jean Prat (Gr1), a donné une annonce, samedi Folamour (Intello) jouera sa chance d’outsider dans le Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1), une course que Fabre a remportée à treize reprises et, dimanche, Gyllen (Medaglia d’Oro) est monté dans le train du Prix Eugène Adam (Gr2). Espérons que Mer et Nuages ** (Lope de Vega) puisse revenir pour l’automne…. Sa ligne droite dans le Prix Machado (Classe 1) est l’une des impressions le plus foudroyantes de la saison.

Siyouni, un champion sire français

Siyouni ** (Pivotal) domine le classement des étalons avec une avance de presque 800.000 € sur Elusive City (Elusive Quality). C’est encore trop tôt pour lui assigner la couronne de champion sire… Cette dernière manque aux français depuis 2012, l’année où le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe était remporté par Solemia, qui avait offert le titre à son père, Poliglote (Sadler’s Wells). Motivator (Montjeu) l’a gagné deux fois, en 2013 et 2014, alors qu’il était au haras du Quesnay, mais les chevaux qui ont contribué à ses succès, en premier lieu Trêve, étaient conçus alors qu’il n’était pas chez nous. Il faut remonter à 2004 pour trouver un français champion sire en France : Linamix (Mendez). L’effet Arc de Triomphe est décisif et, durant les cinq dernières années, l’étalon tête de liste avait dépassé les trois millions de gains. Siyouni est à 1.866.215 €… À plus de la moitié du chemin, il lui manque un peu moins de 600.000 € pour battre son record et de nombreux chevaux peuvent l’aider. La reine est Laurens, bien sûr, mais il faudra aussi compter sur la bombe City Light et les 119 poulains et pouliches de 2ans.

Peslier, la cravache qualité

Christophe Soumillon et Pierre-Charles Boudot nous promettent une belle empoignade pour la Cravache d’or. Les deux sont partagés par deux victoires et roulent avec une réussite supérieure à 16 %. Mickaëlle Michel continue à gagner des courses. Elle est à quarante-neuf succès et le record des femmes jockeys – les cinquante-neuf succès de Delphine Santiago – est très proche.

Notre Cravache d’or de la première moitié de la saison va à Olivier Peslier. Oui, notre Olive qui caracole en 21e position dans le classement, avec vingt-neuf succès. Il a mérité ce trophée virtuel pour sa monte en selle sur Teppal (Camacho) dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). Cette année, il a aussi remporté le Prix d’Ispahan (Gr1) avec Recoletos (Whipper) et cinq autres Groupes. C’est-à-dire que sept succès sont arrivés dans les Groupes et trois autres dans des courses black type. Une victoire black type sur trois, c’est énorme.

Study of Man **, au bon souvenir de Miesque

Un an après Senga (Blame), une semaine après Alpha Centauri (Mastercraftsman), Study of Man ** (Deep Impact) mettait la casaque Niarchos au premier plan dans les classiques grâce à sa victoire dans le Qipco Prix du Jockey Club (Gr1). Il y a quelque chose de très symbolique dans cette victoire. Study of Man est le résultat d’un travail entamé en 1978 par Stavros Niarchos. Cette année-là, il achète Pasadoble (Prove Out) pour 45.000  $. Elle deviendra la mère de Miesque (Nureyev) et, depuis, cette souche est devenue une dynastie, vivante encore quarante ans après cet achat de Pasadoble. Alpha Centauri est aussi une descendante de Miesque. Real Steel (Deep Impact), gagnant d’une Dubai Turf et futur étalon à Shadaï, est un descendant de Miesque… Karakontie (Bernstein) l’est aussi.

Study of Man, c’est l’alliance de la tradition via cette famille développée depuis des années, et de la modernité, avec le choix d’un croisement avec le japonais Deep Impact. La famille Niarchos a certainement fait partie des premiers grands éleveurs européens à tenter des croisements inédits, dès les années 90, avec Sunday Silence par exemple. C’est certainement une tendance qui va se développer de plus en plus : auparavant, c’était aux États-Unis, où on allait chercher des courants de sang alternatifs. Il y a eu l’Australie, saturé du sang de Danehill. Désormais, les grands élevages européens se tournent vers l’est… La famille Niarchos fait partie des précurseurs dans ce domaine. Elle a vécu les hauts et les bas de l’élevage. Si ses couleurs reviennent au premier plan, elle a aussi connu des années plus difficiles… C’est la loi de l’élevage et des courses.

Waldgeist et Waldlied, la fratrie terrible des 2.400m

On peut parler de révélations… Oui, même pour Waldgeist (Galileo), pourtant gagnant de Gr1 à 2ans et placé classique à 3ans. Le représentant du Gestüt Ammerland et de Newsells Park se révèle pleinement cette année, à 4ans. Il n’a pas brillé pour sa rentrée dans le Prix d’Harcourt (Gr2). Pardonnons-le, le terrain lourd demande d’être à 100 % d’entrée de jeu. Depuis, Waldgeist ne fait que monter en puissance. Il n’est pas impressionnant dans un rond de présentation, ce n’est pas un déménageur. Mais sur la piste, il dégage cette impression de puissance. Gagnant du Prix d’Hédouville (Gr3) et du Grand Prix de Chantilly (Gr2), il a ensuite fait un truc pour remporter le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1). André Fabre et son entourage ont fait avec lui le choix de la patience, lui ont laissé le temps de revenir après un second semestre 2017 compliqué. Cela paye. Waldgeist a le droit de continuer sa progression et peut encore nous étonner.

Waldlied (New Approach), sa petite sœur, n’a pas brillé lors de ses débuts, à 2ans, l’an passé. En 2018, elle a explosé. Gagnante de son maiden le 1er mai, elle laisse ensuite une forte impression dans le Prix de Royaumont (Gr3) avant de survoler le Prix de Malleret (Gr2), le même jour que son grand frère. Les limites de Waldlied sont inconnues. Une épreuve comme le Qatar Prix Vermeille (Gr1) lui tend les bras, même s’il pourrait y avoir de l’opposition si une Magic Wand (Galileo) ou une Enable (Nathaniel) venaient y pointer le bout de leur nez. Waldgeist et Waldlied, les enfants terribles de Waldlerche (Monsun), qui leur a légué qualité et cette robe alezane. Deux révélations sur 2.400m et toute une belle histoire à poursuivre.