Une situation toujours explosive en Afrique du Sud

International / 16.07.2018

Une situation toujours explosive en Afrique du Sud

À la fin du mois de juin, le centre d’entraînement de Randjesfontein, à Johannesburg, a été touché par une violente grève des grooms. Le mouvement a commencé le 20 mai mais a atteint un point culminant un mois après : environ 40 % des grooms se seraient mobilisés et ont paralysé le centre d’entraînement de Randjesfontein avec, à leurs côtés, des représentants du parti Economic Freedom Fighters (EFF). Mike de Kock, sur son blog, avait ainsi parlé de 300 grooms armés et proférant des menaces de mort sur les entraîneurs, leurs familles, leur équipe et leurs chevaux. Il avait expliqué être tellement secoué par cet épisode qu’il allait réduire son effectif de 40 %... Voire même partir d’Afrique du Sud.

Un héritage lourd. Cette mobilisation des grooms faisait suite à un échec sur la négociation des hausses de salaire. Depuis, les entraîneurs auraient accepté de mettre en place une hausse assez importante des revenus. Les entraîneurs ont aussi expliqué regretter que, si une minorité d’entre eux ne respectaient pas leurs employés et les traitaient mal, la grande majorité les payaient correctement et les respectaient. Accord ou non, la situation reste malgré tout très tendue. Il faut la mettre dans le contexte politique du pays. L’Afrique du Sud possède un héritage politique lourd, celui de l’Apartheid notamment, qui reste encore aujourd’hui au centre de nombreuses tensions.

Selon les entraîneurs sud-africains, les membres de l’EFF sont derrière les violentes grèves des grooms. L’EFF est un parti d’extrême gauche sud-africain, aux idées radicales. Il a été fondé en 2013 par Julius Malema. Le parti est d’extrême gauche et, pour beaucoup, encourage à la haine raciale. Le parti communiste sud-africain condamne son existence. En 2016, lors d’un meeting avec les membres de son parti, Julius Malema a ainsi dit : « Nous n’appelons pas au massacre des blancs, du moins pour le moment », après avoir expliqué que les terres étant aux mains des blancs devaient être reprises sans compensation, ayant été volées aux Africains lors de la colonisation. Plusieurs cas d’appel à la haine ont ainsi été recensés.

Les entraîneurs demandent à l’EFF de rester à l’écart. Au nom de tous les entraîneurs du centre de Randjesfontein, Geoff Woodruff, cinq fois tête de liste des entraîneurs durant sa carrière, a publié ce communiqué il y a quelques jours : « Nous avons négocié avec bonne foi avec nos grooms et sommes arrivés à un accord. Nous avons dit à l’EFF qu’ils étaient un parti politique et n’avaient donc pas se mêler à un désaccord sur le travail et que nous ne leur parlerons plus désormais. Ils [l’EFF, ndlr] harcèlent les grooms, entraîneurs et assistants entraîneurs, et menacent de violence tous ceux qui tentent de continuer leur travail quotidien. Les grooms se sentent très intimidés et ont peur pour leur sécurité, et n’ont pas eu d’autres choix que de participer à des grèves illégales. Nous avons le sentiment qu’il est temps de mettre fin à cette attitude. » Autant dire que Geoff Woodruff ne va pas se faire des amis.

Les grèves ne sont probablement pas finies. Selon le Racing Post, il n’est pas impossible que les grèves se poursuivent sur les centres d’entraînement d’Afrique du Sud. Trois jours avant le meeting de Durban July, une grève a eu lieu sur le centre de Summervield, à Durban. A priori, l’EFF n’était pas dans le coup. Les entraîneurs ont accepté d’augmenter les salaires. Toujours selon le Racing Post, l’EFF n’aurait pas lâché l’affaire pour autant : des rumeurs disent que le parti politique compte bien encourager les mouvements sur les centres d’entraînement de Cape Town, Durban – où une grève a donc déjà eu lieu –, ainsi que du côté de Port Elizabeth.

Courses sud-africaines en danger. À des milliers de kilomètres, il est difficile de commenter ce qu’il se passe actuellement en Afrique du Sud. Cependant, comme l’a par exemple dit Mike de Kock, il est certain que ces grèves violentes peuvent être, à terme, une menace pour l’existence des courses en Afrique du Sud. L’entraîneur avait dit sur son blog suite au blocage du centre de Randjesfontein et à sa volonté de réduire son effectif de 40 % : « Je pense à toutes les conséquences, qui incluent le chômage d’au moins 100 personnes travaillant dans mon établissements, l’abandon d’une douzaine de chevaux, de parts d’étalons et de poulinières, les ramifications internationales avec nos grands propriétaires basés à l’étranger et la publicité négative que cela engendre, ainsi que les investissements qui seront perdus pour l’Afrique du Sud. Le succès récent des ventes TBA est dû à l’apport des investisseurs internationaux. Ces propriétaires étrangers, qui aiment les courses, ont-ils besoin de ce genre de problèmes ? (…) Les courses sud-africaines sont à l’aube d’un réveil difficile. Je prédis que, dans les deux prochaines années, le nombre de chevaux à l’entraînement baissera de 10 % à 20 %. Il y aura moins d’entraîneurs. Les investissements internationaux vont baisser : les propriétaires locaux comme étrangers ne veulent pas être associés à la violence et à l’agressivité. Pour beaucoup d’entre eux, les courses sont un loisir et un sport. Quand cela devient déplaisant, les gens se tournent vers autre chose. Tous ces indicateurs en baisse impliquent que des centaines de grooms sont sur le point de perdre leur travail. Je reconnais le droit de protester. Je suis bien conscient que tout n’est pas parfait avec nos grooms. Je suis prêt à tout pour améliorer cela, mais pas sous la menace de violence. »