Arqana : « Notre priorité est de défendre la compétitivité de la France sur la scène internationale » - Par Adeline Gombaud

Institution / Ventes / 16.08.2018

Arqana : « Notre priorité est de défendre la compétitivité de la France sur la scène internationale » - Par Adeline Gombaud

Arqana : « Notre priorité est de défendre la compétitivité de la France sur la scène internationale »

Par Adeline Gombaud

À vingt-quatre heures du coup d’envoi de la vente Arqana, rendez-vous majeur de l’élevage français, Éric Hoyeau, Freddy Powell et Alix Choppin, l’équipe dirigeante de l’agence deauvillaise, ont répondu à nos questions. Les sujets abordés sont variés : calendrier, étalons, conjoncture, avenir des courses et des ventes…

Jour de Galop. — Commençons par le calendrier. Le mois d’août présente des avantages, notamment celui d’être la première vente européenne, mais des inconvénients aussi. Les vendeurs estiment souvent que cette vente arrive un peu tôt pour les yearlings. Quel est votre point de vue à ce sujet ? Est-ce que cela pourrait évoluer prochainement ?

Éric Hoyeau, Freddy Powell & Alix Choppin. — Nous sommes très conscients de ce sujet. Nous répondons d’abord que la vente d’août historique s’adresse à des sujets à la maturité affirmée, avec des physiques et des pedigrees présentant des atouts commerciaux. Pour les sujets moins précoces, nous avons fait monter en puissance la vente d’octobre, en lui conférant une gradation qui n’existait pas dans le passé. Si bien que, désormais, les vendeurs disposent de deux ventes premium, celle d’octobre ayant depuis plusieurs années prouvé sa capacité à attirer des acheteurs internationaux. Pour les profils plus précoces physiquement, avec des pedigrees différents, nous avons créé la v.2. Donc réellement, chaque yearling trouve sa place dans l’éventail de nos ventes. Enfin, il faut savoir que la vente d’août n’est pas un OVNI dans le paysage international. La vente de Saratoga, qui arrive une semaine avant la nôtre, dans un environnement assez similaire (lieu de villégiature associé à un meeting de courses) rencontre son public, de même que celle de Doncaster qui a lieu une semaine après Arqana.

Le parc étalon français a beaucoup progressé ces dernières années. Dans quelle mesure cette amélioration se ressent-elle dans votre activité et dans quelle mesure vos résultats l’ont-ils favorisée ?

Les bons étalons français ont été bâtis par les efforts des éleveurs qui n’ont pas hésité à investir dans des juments de qualité en France ou à l’étranger, et parfois pour des sommes à six chiffres ! Peut-être qu’Arqana a pu être l’une des étincelles de ce renouveau, il y a une dizaine d’années… Il s’agit réellement d’un cercle vertueux, et il est certain que la proportion de chevaux conçus en France dans notre catalogue n’a jamais été aussi importante.

France Galop a baissé les allocations l’an dernier et le PMU est à -3 % depuis le début de l’année. Que pensez-vous de cette situation ? A-t-elle un impact sur les ventes ?

Des chantiers sont en cours, aussi bien du côté de France Galop que du PMU, pour redresser la barre et nous espérons qu’ils porteront leurs fruits, même s’il est évident que les résultats ne peuvent pas être immédiats. La France se situe encore comme le pays d’Europe où les allocations sont les plus fortes. Il est important que l’on conserve un vrai programme de sélection qui permette de valoriser les jeunes chevaux, d’autant plus qu’il est prouvé que la qualité des courses n’est pas antinomique avec le volume des enjeux. Et puis le pur-sang n’est pas un animal de rente !

Le marché des chevaux à l’entraînement, et notamment celui des 2ans, est particulièrement fort actuellement. Ne vient-il pas concurrencer celui des yearlings ?

Au contraire ! Plus le marché des chevaux à l’entraînement est fort, plus c’est un encouragement à investir dans des yearlings, car cela génère l’espoir de belles plus-values.

L’heure est aux regroupements internationaux dans tous les secteurs de l’économie. Est-ce une chose à laquelle vous avez déjà pensé ? Ou à laquelle vous pensez pour l’avenir ?

Arqana est encore une jeune société. Notre priorité actuellement, c’est de toujours améliorer le service que l’on offre à nos clients, acheteurs ou vendeurs. Cette année, nous nous sommes dotés d’une nouvelle cour. Les années précédentes, ce fut la rénovation de l’établissement. Nous affrétons des avions pour les étrangers, nous avons un "repository" à la pointe de la technologie. Nous sommes conscients que nous pouvons encore nous améliorer, comme n’ont pas manqué de le souligner nos vendeurs dans vos colonnes, et nous en avons pris bonne note, mais notre priorité est de défendre la compétitivité de la France sur la scène internationale, avec un outil à la hauteur de la qualité de notre production.

À quoi ressembleront les ventes dans dix ans ?

Si vous avez déjà regardé Le Baron de l’écluse avec Jean Gabin, ou même lu l’ouvrage de Guy Thibault sur l’histoire des ventes, vous avez noté qu’il y a des choses immuables : il y a un siècle ou plus, on vendait déjà des yearlings, déjà à Deauville, déjà au mois d’août, et déjà pendant un meeting de courses ! Bien sûr, des choses ont évolué. À l’époque, il n’y avait ni toit, ni internet, ni communication, etc. Donc il y a des fondamentaux, liés à l’animal que l’on vend, son pedigree, sa conformation. C’est le cœur de métier. Tous les à-côtés évoluent avec l’époque dans laquelle on vit, et je pense que dans dix ans, on aura continué à innover sur ces à-côtés.

On voit fleurir des ventes boutiques dans des lieux emblématiques. À quand une vente Arqana sur le toit de l’Arc de Triomphe, au Grand Palais ou au Louvre ?

On réfléchit à toutes les éventualités, et nous sommes régulièrement sollicités par d’autres secteurs du marché. Mais avec Arqanaonline, nous avons en quelque sorte conçu une vente dans un endroit extraordinaire, car même Thomas Pesquet dans sa capsule spatiale aurait pu enchérir !

Cette question nous ramène à l’importance du site de Deauville dans le succès de la vente. Est-ce que vous auriez connu les mêmes résultats dans un autre endroit ?

Certainement pas ! Deauville est un lieu à part, c’est l’une des rares ventes où les gens peuvent venir à pied. Il est certain qu’il existe un vrai effet destination qui compense largement la faible superficie du site.

Comment expliquez-vous que tous les ans, sur toutes les grandes ventes internationales, on trouve toujours de nouvelles personnes pour investir dans les courses ?

Le rêve ! Le cheval de course continue à faire rêver, et à procurer des émotions que même ceux qui ont déjà tout n’ont jamais ressenties avant. Et puis le prestige du Prix de l’Arc de Triomphe et de la France en général rejaillit sur notre activité.

Un grand entraîneur américain a dit : « Cela fait 250 ans qu’on nous annonce la mort des courses, mais elles seront encore là dans 250 ans. » Partagez-vous cet avis ?

Les courses s’inscrivent parfaitement dans l’air du temps : c’est une expérience que l’on peut partager, proche de la nature… C’est un motif d’espoir. Les courses ont résisté à deux guerres mondiales, aux krachs de la bourse, aux chocs pétroliers… Elles ont survécu parce qu’elles ont évolué et elles devront encore évoluer pour s’adapter à leur environnement.

Quel est votre sentiment sur la paix de Keeneland, le fait que Coolmore achète des produits des étalons Darley et inversement ?

Cette paix a été initiée à Deauville, avec l’achat d’un produit d’Australia par un satellite de Godolphin ! Cela ne peut être que positif pour le marché. Plus on ouvre de portes, plus il y a de débouchés pour la production des éleveurs.

Les superpuissances, comme celles que l’on vient de citer, ont bâti des jumenteries incroyables. N’y a-t-il pas un risque cela finisse par les détourner du marché des yearlings ?

Non, et c’est bien là la magie de l’élevage : tout est basé sur la sélection, et il y a sans cesse des branches nouvelles qui émergent. Il est prouvé que lorsqu’on arrête d’investir dans des nouveaux courants de sang, on régresse. L’autarcie n’est possible pour personne. Sans compter que ces superpuissances étant aussi propriétaires d’étalons, elles se doivent de s’intéresser à leur production.

Que préférez-vous : adjuger un top price ou voir l’un des chevaux que vous avez vendus gagner un Gr1 ?

Sans hésiter, voir l’un des chevaux que l’on a vendus gagner un Gr1 ! C’est la finalité de l’exercice. Le top price, c’est un épiphénomène. Ce qui compte, c’est le pourcentage de vendus, les prix moyen et médian, pour que les éleveurs couvrent leur charge, amortissent leurs investissements et puissent ensuite réinvestir.

Votre vente est la seule en Europe à proposer des produits d’American Pharoah. Était-ce imaginable il y a dix ans ?

Le format de notre vente permet d’exposer des choses rares qui pourraient être noyées dans des ventes fleuves. Nous avons déjà vendu le dernier produit de Kingmambo, ou encore le fruit du croisement entre Lammtarra et Urban Sea, Melikah.