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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

David Menuisier, le seul entraîneur français installé en Angleterre

International / 02.08.2018

David Menuisier, le seul entraîneur français installé en Angleterre

Installé en Angleterre depuis 2014, le Français David Menuisier a sellé le plus beau gagnant de sa carrière samedi dernier, à York. En effet, Thundering Blue a remporté les York Stakes (Gr2) à l’issue d’un rush final. Ce sympathique entraîneur est revenu pour nous sur ce premier succès de Groupe, sa situation en Angleterre ainsi que ses espoirs.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Vous venez de remporter le premier Groupe de votre carrière avec Thundering Blue dans les York Stakes. Parlez-nous de ce cheval…

David Menuisier. – Je n’étais pas plus surpris que cela de le voir remporter ce Gr2. Thundering Blue (Exchange Rate) est un cheval sur la montante, qui ne fait que progresser. Il avait déjà montré beaucoup de talent dans sa jeunesse, mais il a eu des soucis de santé. Je l’ai fait castrer à la fin de son année de 3ans et il a gagné sa première course à Epsom quelques mois plus tard. J’ai toujours pensé qu’il avait le potentiel d’un cheval de Groupe. Il a été malheureux dans le John’s Smith Cup Handicap, il y a deux semaines ; il a fini deuxième mais il aurait dû gagner. C’est un cheval qui est meilleur en terrain bon souple.

Vous avez décroché votre première victoire black type grâce au succès de la "FR" Havre de Paix dans le Prix Isola Bella (L) l’année dernière. Comment aviez-vous déniché cette jument ?

Je l’avais achetée pour Clive Washbourn, le propriétaire de Thundering Blue qui est aussi mon client principal. Je l’ai vue dans un pré, elle avait 2ans et n’était pas encore débourrée. J’ai eu le coup de foudre ! Avant de regarder le pedigree d’un cheval, je m’intéresse toujours à son physique, à son allure. Je marche au coup de cœur ! Havre de Paix est tout de même bien née puisqu’elle est par Le Havre (Noverre), avec une mère par Anabaa (Danzig). Elle est partie au haras après sa victoire black type. Comme je n’ai pas assez de budget pour acheter des produits d’un top-étalon comme Dubawi (Dubaï Millenium), je préfère m’intéresser aux chevaux bien faits et plus abordables financièrement.

Pourquoi avez-vous fait le choix de vous installer en Angleterre ?

J’ai été l’assistant de Christiane Head pendant deux ans et demi avant de quitter la France en 2004 pour aller travailler en Californie, où j’ai rejoint l’écurie de Richard Mandella durant deux ans. J’étais donc présent lorsqu’il a gagné quatre épreuves de la Breeder’s Cup le même jour, avec Action this Day (Kris S), Pleasantly Perfect (Pleasant Colony), Johar (Gone West) et Halfbridled (Unbridled). Je suis ensuite parti en Angleterre et je suis devenu l’assistant de John Dunlop pendant six ans, jusqu’à son départ à la retraite. Je suis tombé amoureux de la région ! Je me suis fait des amis et j’ai créé des contacts avec des propriétaires. Dès lors, pourquoi revenir en France, où l’on m’a sûrement déjà oublié (rires) ? Je me suis installé à Pulborough, non loin d’ailleurs de là où entraînait John Dunlop. J’ai commencé avec quatre chevaux élevés par mes parents, car je n’avais pas encore de propriétaires à l’époque. C’est l’un de ces chevaux, Slunovrat (Astronomer Royal), qui a contribué au lancement de ma carrière. C’était un bon cheval qui a gagné six handicaps sous mon entraînement ! Petit à petit, les propriétaires ont commencé à me faire confiance.

Quel est votre effectif aujourd’hui ?

Je m’occupe actuellement d’une trentaine de chevaux, dont cinq qui valent une Listed ou un Groupe. Je ne m’en sors donc pas si mal ! J’ai de bons espoirs avec plusieurs chevaux, parmi lesquels Danceteria (Redoute’s Choice), un 3ans qui vient de gagner trois courses d’affilée, ou encore History Writer (Canford Cliffs), un poulain tardif, mais doué. J’ai aussi un fils d’Intello (Galileo) qui devrait faire un bon stayer.

Comptez-vous revenir en France prochainement pour courir ?

Je compte bien venir pour les ventes à Deauville en espérant trouver des chevaux sympathiques à un prix abordable, et je pourrais également avoir un partant dans le Prix Daphnis (Gr3), le 21 août. Il s’agirait de Vintager (Mastercraftsman), qui est selon moi le meilleur cheval de mon écurie. Il vient de gagner brillamment un handicap à Newmarket et il ne devrait pas en rester là. Vintager s’était auparavant classé troisième de Listed, à deux longueurs de l’invaincue Without Parole (Frankel), et quatrième des Hampton Court Stakes (Gr3) dans un très bon lot. Il a donc de bonnes lignes et pourrait venir tenter sa chance à Deauville si ses nouveaux propriétaires sont d’accord, car le cheval est sur le point d’être vendu. Danceteria pourrait venir lui aussi courir en France en fin d’année. Je pourrais également présenter Thundering Blue dans le Grand Prix de Deauville (Gr2), le 26 août, mais il a d’autres options comme les Juddmonte Invitational Stakes (Gr1) à York. Il pourrait aussi aller courir à Woodbine au Canada…