LE MAGAZINE - La Pharoahmania va-t-elle frapper à Deauville ?

International / 08.08.2018

LE MAGAZINE - La Pharoahmania va-t-elle frapper à Deauville ?

Par Franco Raimondi

Il y a dix ans, les premiers foals du crack Deep Impact (Sunday Silence) sont passés sur le ring de la J.R.H.A. Select Sale à Hokkaido. Nous avons ensuite eu la chance d’admirer d’autres champions qui marquent une époque, comme Sea the Stars (Cape Cross), Frankel (Galileo) et American Pharoah (Pioneerof the Nile). Trois cracks sur le marché, dans le court délai de huit ans depuis 2011, quand les premiers produits de Sea the Stars sont passés en vente, c’était un risque mais le secteur économique du pur-sang, avec sa compétitivité, continue à attirer des clients sur la production haut de gamme.

Les quatre étalons dont il est question ont effectué leurs débuts dans une fourchette de prix (en euros) comprise entre 73.240 et 168.000 (soit les 200.000 $ d’American Pharoah). Ils ont eu beaucoup de clients : American Pharoah a eu 160 foals, Deep Impact 147, alors que les deux européens n’ont pas mal travaillé avec 119 produits pour Frankel et 115 pour Sea the Stars. Ils ont engendré un chiffre d’affaires (théorique, soit prix de saille multiplié par le nombre de foals) très haut. American Pharoah est à 26,88 millions d’euros (presque trois fois et demie ses gains), Frankel a généré une valeur de 17,60 millions (proche de cinq fois ses gains en piste), Sea the Stars est à 9,77 millions face à des gains proches de 5 millions d’euros. Le cas de Deep Impact est un peu spécial : il a généré 10,76 millions d’euros mais les allocations du galop japonais lui avaient permis de toucher 9,2 millions et le taux de change était défavorable pour le yen.

Chaque économie est différente. Les premiers Deep Impact sont arrivés sur le marché quand la succession à son père, Sunday Silence, était encore ouverte. Il n’y avait pas un Galileo japonais, comme c’est le cas pour Sea the Stars et Frankel, dont la production doit rivaliser sur les rings et ensuite en piste avec celles de leur frère et père. En 2008, les yearlings étaient un segment minoritaire du marché japonais, beaucoup moins chaud que celui des foals. Deep Impact avait 36 lots, dont 31 ont trouvé preneurs pour un prix moyen de 365.684 €. Ses produits ont enregistré 26 % du chiffre d’affaires de la vente !

Les premiers foals de Sea the Stars sont passés sur les rings en 2011 et ils ont enregistré un prix moyen de 446.982 €. L’offre était très compacte, treize foals sur quatorze ont changé de propriétaire. Trois ans plus tard, c’était le tour des premiers Frankel. Tout ce qui est rare est cher et quatre de ses huit foals ont affiché un prix moyen de 788.283 €, avec un top price de 1,8 million pour La Figlia, une fille de Finsceal Beo (Mr Greeley) qui a ouvert son palmarès il y a un mois, à 4ans.

Les tests des yearlings. Sea the Stars et Galileo ont affronté le vrai test du marché avec leurs premiers yearlings. On s’en souvient bien. Le crack de la famille Tsui avait 46 sujets, dont 35 ont été achetés avec un top price de 1,2 million à Deauville pour un prix moyen de 361.879 €. Les deux top-lots de Frankel ont été – et c’est spécial – vendus en Irlande et en France, ce sont les pouliches Goldrush (1,7 million, gagnante de Listed) et Ghalyah (1,2 million, inédite). Le prix moyen pour les 19 vendus sur 26 est de 672.161 €.

La première année des étalons stars

Étalon Deep Impact Sea the Stars Frankel American Pharoah
Prix de saille (€) 73.240 85.000 150.000 168.000
Premiers foals 147 115 119 160
Foals proposés 36 14 8 13
Foals vendus 31 13 4 10
Prix moyen 365.684 446.982 788.283 383.519
Médian 296.683 344.341 577.162 333.320
Top price 1.305 .400 850.000 1.800.000 850.418
Yearlings proposés 7 46 26 18
Yearlings vendus 5 35 19 14
Prix moyen 363.460 361.879 672.161 454.133
Médian 215.000 255.051 471.614 312.930
Top price 853.000 1.200.000 1.700.000 1.391.120

Un foal millionnaire en dollars. La barre est très haute pour American Pharoah qui, comme Sea the Stars et Galileo, doit affronter la concurrence d’étalons confirmés comme Tapit (Pulpit), War Front (Danzig) et Medaglia d’Oro (El Prado). L’année dernière, il a passé un premier test avec les foals. À la veille de la vente de novembre de Keeneland, quand 14 de ses 22 produits dans le catalogue ont été scratchés, il y a eu quelques doutes mais finalement, dans la grande vente et chez Fasig Tipton, le héros de la Triple couronne a enregistré 10 vendus sur 13, avec un prix moyen de 383.519 €. Il a eu aussi son millionnaire en dollars (850.418 €), une demi-sœur du gagnant de Gr1 Bodemeister (Empire Maker), achetée par Narvick International.

Et quatre yearlings. Cette année, American Pharoah a ajouté quatre autres millionnaires en dollars à son palmarès : deux yearlings adjugés cette semaine à Fasig Tipton, un demi-frère de Caravaggio (Scat Daddy) acheté un million à Keeneland en janvier, et un japonais qui a permis à Katsumi Yoshida de réaliser un super profit. L’éleveur avait acheté sa mère, Crisp (El Corredor), pleine d'American Pharoah, pour 350.000 $, à Keeneland en novembre 2016. Il a vendu le poulain à Danox Co. pour l’équivalent de 1.629.000 $ et a encore la jeune poulinière de 11ans, qui est une gagnante des Santa Anita Oaks (Gr1).

81 lots à Keeneland… American Pharoah, après Fasig Tipton, affiche un prix moyen de 454.133 €, presque trois fois le prix de saillie. Le plus dur reste à faire parce que l’étalon d’Ashford Stud est représenté par 81 yearlings dans les catalogues de Keeneland en septembre prochain. Vous avez bien lu : 81 yearlings pour un étalon de première production qui a fonctionné à 200.000 $ ! Pour avoir une comparaison, Tapit en a 48, Medaglia d’Oro 54 et War Front 34. L’année dernière Kodiac (Danehill) a eu 176 yearlings dans les catalogues des ventes en Europe dont 159 sont passés sur les rings et 139 ont trouvé preneurs. Il s’agit des sujets engendrés par un étalon confirmé et issus de saillies à 25.000 €.

… Dont la demi-sœur de Songbird. La plupart des American Pharoah (71) sont concentrés dans les cinq premières sessions, mais on en a déniché un le dernier jour, en treizième session. La qualité est là, c’est logique. Dix-huit sujets sont issus de gagnantes de Gr1 ou qui ont donné des lauréats de Gr1. En feuilletant le catalogue, on tombe, entre autres, sur la sœur de la championne Songbird (Medaglia d’Oro) et le frère du lauréat de la Breeders’ Cup Classic Mucho Macho Man (Macho Man). C’est une offre énorme, et même beaucoup trop importante.

Deux pouliches à Deauville. En Europe, on a vécu d’un peu loin la cavalcade d’American Pharoah qui, pour nous, n’est ni Sea the Stars, ni Frankel. En attente du catalogue de Tattersalls octobre, qui doit sortir en fin de semaine, on a trouvé deux American Pharoah à Deauville. Il s’agit de deux pouliches. Le haras d’Étreham présente une demi-sœur de la double gagnante de Gr1 et deuxième de l’Arc de Triomphe Shareta (Sinndar). La demi-sœur de 2ans, une pouliche par Declaration of War (War Front), a été adjugée l’année dernière 500.000 €. L’écurie des Monceaux propose une pouliche élevée en association avec le haras de Saint-Pair, premier produit de la gagnante de Gr3 aux États-Unis Marbre Rose (Smart Strike).

À un millionnaire du record de Frankel. Malgré l’offre mammouth, il est assez facile de pronostiquer un record pour American Pharoah. Si ses produits aux États-Unis et à Deauville sont munis de quatre jambes, d’une tête et d’une queue, il fera bien plus qu’une douzaine de millionnaires en dollars. Il est à un seul millionnaire du record de Frankel (cinq yearlings et un foal). Ensuite ses poulains et pouliches doivent montrer qu’ils galopent. Deep Impact est à 97 gagnants de Groupe (dont 37 de Gr1) en huit générations de 3ans et plus, Sea the Stars à 27 (9 de Gr1) en cinq générations et Frankel à 20 (4 de Gr1) en deux générations. Allez le Pharoah !