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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Patrick Chedeville : « Dans notre métier, on ne peut pas avoir d’a priori »

Institution / Ventes / 02.08.2018

Patrick Chedeville : « Dans notre métier, on ne peut pas avoir d’a priori »

Comme chaque année, les journalistes de JDG ont visité les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire un peu décalé. Premier épisode : Patrick Chedeville et le haras du Petit Tellier.

HARAS DU PETIT TELLIER

Le Petit Tellier, 61200 Sévigny

Jour de Galop. – L’aspect de votre métier que vous préférez ?

Patrick Chedeville. – Il y en a plusieurs. Mais ce sont certainement les poulinages et la saison de monte. De janvier à juin, notre activité est très intense. C’est aussi la période à laquelle nous sommes certainement les plus proches de nos animaux. Chaque année, une grosse quarantaine de poulains voient le jour au haras du Petit Tellier et quand on aime cela, on oublie vite la fatigue ! À une époque, nous étions montés jusqu’à 70 poulinages. Je ne suis pas mécontent d’en avoir un petit peu moins à présent.

Et celui que vous appréciez le moins ?

Joker. Je n’apprécie pas trop la paperasse, mais ce n’est pas moi qui m’en occupe.

La qualité que vous appréciez le plus chez un cheval ?

Le mental. En sachant qu’on ne peut pas avoir d’a priori dans notre métier. Parfois les chevaux peuvent nous surprendre, positivement comme négativement. À tous les niveaux.

Et le défaut qui vous fait hésiter ?

C’est une question délicate. Cela dépend de la catégorie. Mais il y forcément des choses sur lesquelles on doit passer, sauf si on est milliardaire. Mon père m’a toujours dit : « Un éleveur commercial élève avec ce que les autres ne veulent plus. » En sachant que si on élève avec ce que l’Aga Khan ne veut plus, cela reste largement supérieur à ce qu’un éleveur lambda ne préfère pas conserver. Je souhaite que les juments soient belles et féminines. Pas communes. Il faut qu’elles présentent un certain chic. On doit trouver une certaine masculinité chez les étalons. C’est le cas de The Grey Gatsby (Mastercraftsman). Il est le premier gris à faire la monte ici, de toute l’histoire du haras du Petit Tellier. Pour sa première année, il a reçu 110 juments, un score remarquable compte tenu du nombre de nouveaux étalons en 2018.

Pensez-vous qu’un étalon a besoin de chance pour réussir ?

C’est un mot que l’on trouve partout et que je n’affectionne pas vraiment. Il englobe le fait qu’on puisse syndiquer un étalon dans de bonnes conditions, avec de bons éleveurs, qui lui envoient de bonnes juments et dont les produits sont entraînés par de bons entraîneurs ainsi que montés par de bons jockeys. Mais la chance, c’est aussi la part non maîtrisable. Prenez deux éleveurs qui se rencontrent sur l’hippodrome. Le premier vient de gagner une grande course et il se réjouit de ce succès. Mais le deuxième, à la fin de la discussion, lui annonce : « Tout compte fait, tu as eu de la chance qu’il soit né chez toi ! »

Si vous deviez convaincre un novice d'acheter un yearling en août, que lui diriez-vous ?

Je ne suis pas un acheteur de yearlings. Mais à mon sens, il faut savoir ne pas faire de fixation sur certains défauts. Sur ce point, les choses ont beaucoup évolué. À présent, les gens ne regardent plus que les défauts, en particulier au niveau des aplombs. Mais c’est certainement lié au fait que les professionnels d’hier sont différents de ceux d’aujourd’hui. Pendant quatre journées à Deauville, en août, on vend l’élite d’une nation. Certains acheteurs n’ont plus le temps de venir voir l’ensemble des chevaux dans les haras. Dès lors, après sélection sur le papier, ils externalisent cette activité et parfois ils passent à côté de certains futurs bons chevaux de course.

Si vous aviez la possibilité de faire évoluer la vente d'août sur un aspect, que changeriez-vous ?

Je ferai simplement une recommandation. Il faut bien veiller à ce que Le Drakkar reste ouvert de 23 h à tard dans la nuit. Si vous enlevez cela, les ventes de Deauville ne seront plus tout à fait les mêmes !

Qui auriez-vous aimé être, si vous n'aviez été vous ?

Après réflexion, je reste sans réponse. Mais peut-être mon père, si vous voulez vraiment un nom.

Quelle est, selon vous, la spécificité de votre préparation aux ventes ? Votre patte personnelle ou la chose la plus importante à vos yeux ?

Je fais attention d’amener des yearlings à leur destination, c’est-à-dire au débourrage ou à l’entraînement, et faire en sorte qu'ils ne perdent pas les kilos en supplément qu’on leur a mis sur le dos. Je prépare des poulains pour qu’ils deviennent des chevaux de course. J’évite donc de les surcharger en mélasse.

"Je ne serais pas arrivé là, si..."

Je n’avais pas acheté Trelex (Exbury). Ce fut un achat salutaire car elle a bien produit et ses poulains se sont toujours bien vendus. J’ai eu la chance de le dénicher alors que j’étais un jeune éleveur. Elle m’a donné onze produits pour dix vainqueurs dont Big John (Prix Thomas Bryon & de Ris-Orangis, Gr3), Fifre de Go (2e du Prix de l’Agence Française, Listed)… J’avais acquis Trelex, alors que je n’étais âgé que d’une vingtaine d’années, aux ventes de Bagatelle. En sortant du manège, j’ai vu sa tête sortir de son box et j’ai eu le coup de foudre. On aurait dit une biche. Rapidement, sur le ring, j’ai dû abandonner face à la montée des enchères. À ce moment-là, ma mère s’est retournée et elle m’a dit d’en rajouter une ! Et c’est ainsi que j’ai pu l’acquérir. Ce fut une bonne leçon. À présent, je veux des juments belles et élégantes comme Trelex.

Le lieu où vous vous sentez le mieux ? Et celui qui vous oppresse le plus ?

Le mieux ? C’est ici ! Il n’y a pas forcément d’endroit où je suis oppressé.

L’odeur que vous préférez ? Et celle qui vous fait horreur ?

J’aime l’odeur du crottin et celle du foin au début de l’été. Il n’y a pas de mauvaises odeurs à la campagne, on respire le bon air !

À l’école, la matière que vous préfériez ? Et celle que vous haïssiez?

J’affectionnais l’histoire et la géographie. Et c’est encore le cas. J’aimais moins les mathématiques et le français. Mais quand on est jeune, on passe à côté de beaucoup de choses. À présent, j’ai appris à apprécier la langue française. Et j’ai aussi appris à compter !

Choisissez une photo exposée chez vous, et commentez-la !

Il s’agit de Ma Préférence (American Post), sous mes couleurs, lors de sa victoire dans le Prix de l’Air (Gr3) à Toulouse. C’est une pouliche qui m’a été rendue après l’avoir vendue sur le ring de Deauville. Je l’ai mise à l’entraînement chez François Rohaut, alors que je ne le connaissais pas très bien, sur la foi de ses bons résultats avec les pouliches. Ma Préférence est devenue poulinière ici et elle nous a notamment donné Onthemoonagain (Cape Cross), notamment deuxième du Shadwell Prix de la Nonette (Gr2).

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT
Lot Sexe Père Mère
182 F. Sea the Moon Perfect Bounty
199 M. Olympic Glory Rocky Mixa
218 F. Dabirsim Snow Valley
244 M. Elvstroem Well Planned
303 F. Dabirsim Flores Del Lago
319 M. Maxios Kamellata
LES YEARLINGS DE LA v.2
Lot Sexe Père Mère
365 M. Elvstroem Silver Market
395 F. Dabirsim Baracoa
399 F. Dabirsim Big Monologue
401 F. Elvstroem Britney
424 F. Bated Breath Deva

Pile ou Face ! Nous avons soumis les éleveurs à une rafale de questions. Konbini a son Fast & Curious, Jour de Galop a son Pile ou Face !

http://www.jourdegalop.com/video/pile-ou-face-patrick-chedeville