LE TOUR DES HARAS - AOÛT 2018 - Marc Violette : « Que le yearling passe en vente ou non, nous nous occupons de lui avec le même soin »

Institution / Ventes / 09.08.2018

LE TOUR DES HARAS - AOÛT 2018 - Marc Violette : « Que le yearling passe en vente ou non, nous nous occupons de lui avec le même soin »

Comme chaque année, les journalistes de JDG ont visité les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire un peu décalé. Aujourd’hui, nous faisons étape à la Louvière, avec Marc Violette, le directeur du haras.

Jour de Galop. – L’aspect de votre métier que vous préférez ?

Marc Violette. – Le fait de travailler en pleine nature. Cela donne un sentiment de liberté. Il faut composer avec un certain nombre d’éléments, comme les animaux, le climat et le terroir. C’est presque unique et c’est passionnant. Tous les ans, c’est différent.

Et celui que vous aimez le moins ?

La partie administrative et commerciale. On sort du naturel quand on attaque ces choses-là.

HARAS DE LA LOUVIÈRE

La Louvière 61380 Maheru

La qualité que vous appréciez le plus chez un cheval ?

Sa beauté, son élégance et son courage. C’est agréable de voir de belles juments ou un yearling qui se déplace bien dans un herbage.

Et le défaut qui vous fait hésiter ?

Une vilaine tête ou un mauvais œil. On essaye de deviner des choses à ce moment-là. Élie de Brignac m’avait confié : « On peut lire l’âme d’un cheval dans son œil. » Pour moi ça compte beaucoup.

Si vous deviez convaincre un novice d'acheter un yearling en août, que lui diriez-vous ?

J’ai du mal à répondre à cette question. Le candidat doit être certain de ses moyens et de sa passion. Il faut être conscient de ce que l’on fait.

Si vous aviez la possibilité de faire évoluer la vente d'août sur un aspect, que changeriez-vous ?

Une chose impossible : la date. Le mois d’août arrive trop tôt pour beaucoup de yearlings. On les prépare en plein été alors qu’ils devraient être dehors. Cela n’empêche rien sur le plan sportif mais c’est une question de confort. Pour le reste, Arqana fait du très bon travail. Cela se passe plutôt très bien, tout en sachant qu’on ne peut pas satisfaire tout le monde en permanence. Je n’ai pas grand-chose à redire sur le fonctionnement de cette vacation. Un grand travail de prospection a été effectué. C’est un sacré boulot. Les vendeurs sont bien plus professionnels que par le passé. Et les résultats sont là. À mon avis, le pourcentage de réussite des yearlings issus des ventes Arqana est supérieur à celui de Newmarket.

Qui auriez-vous aimé être, si vous n'aviez été vous ?

Mon jumeau ! (rires) Plus sérieusement, il y a des gens que j’apprécie dans notre univers. Certains peuvent être des exemples. Mais il y a des gens inspirants dans tous les métiers. Ceux qui ont un don et qui savent le mettre au service des autres sont admirables. Néanmoins, je ne suis pas fanatique d’une personne en particulier.

Quelle est, selon vous, la spécificité de votre préparation aux ventes ? Votre patte personnelle ou la chose la plus importante à vos yeux ?

Que le yearling passe en vente ou non, nous nous occupons de lui avec le même soin. Nous essayons de travailler dans les conditions les plus naturelles, pour qu’il ne souffre pas de sa préparation. C’est toujours une grande satisfaction quand les acquéreurs nous disent que le yearling qu’ils ont acheté évolue dans le bon sens, qu’il n’a pas perdu de poids lors du débourrage… Nous essayons de rester dans le vrai, en pensant à l’intérêt du cheval. Pas de poudre aux yeux. Il reste néanmoins important de ne pas dépareiller par rapport au reste de la vente. Et c’est un peu un regret. Vous ne pouvez pas venir avec un lot de yearlings qui soit trop différent de ce qu’on peut voir chez les principaux vendeurs. Nous devons donc trouver une voie médiane, en essayant de faire au mieux. Nous sommes très heureux de voir qu’un certain nombre d’acheteurs reviennent chaque année nous voir. C’est une véritable satisfaction.

"Je ne serais pas arrivé là, si..."

Je n’avais pas effectué une saison aux côtés de Nureyev (Northern Dancer). Quand vous vous occupez d’un étalon aussi célèbre, cela vous donne l’opportunité de rencontrer beaucoup de gens. Inévitablement, cela devient bénéfique pour vous. Quand François Boutin m’a expliqué comment il avait entraîné le cheval, quand Sir Philip Payne-Gallwey vous détaille les raisons qui l’ont poussé à le choisir aux ventes, quand Stavros Niarchos vous dit pourquoi il a investi dans ce poulain… forcément on ouvre grand ses oreilles. C’est fabuleux. J’avais la vingtaine et grâce à Nureyev, j’ai pu serrer la main à Saint-Martin et Piggot ! Cela m’a donné de l’élan pour la suite. C’est important quand on est jeune.

Le lieu où vous vous sentez le mieux ? Et celui qui vous oppresse le plus ?

Dans les herbages du haras, loin de tout le monde. Mais je peux aussi être à l’aise au milieu de gens qui dégagent de bonnes ondes, comme ma famille. À partir du moment où l’on est bien entouré, on est bien partout !

L’odeur que vous préférez ?

Le petit matin, l’herbe, la rosée...

Et celle qui vous fait horreur ?

Il m’est arrivé d’aller au centre d’autopsie de Dozulé. C’est horrible. Écrasant.

À l’école, la matière que vous préfériez ? Et celle que vous haïssiez?

Des professeurs extraordinaires m’ont fait aimer l’histoire et les mathématiques. J’étais imperméable à la physique et la chimie.

Choisissez une photo exposée chez vous, et commentez-la !

Je choisis la photo de Lawman (Invincible Spirit) lors de sa victoire dans le Prix du Jockey Club. Son histoire résume beaucoup de choses. Il est né au mois de mai, l’année où sa sœur Latice (Inchinor) a gagné le Prix de Diane. Comme tous les mâles, il était dès le départ destiné à passer en vente. Au mois de mars de son année de yearling, le poulain a eu une fracture du coude. Lawman a donc dû passer un mois et demi au box. Sa préparation s’est pourtant bien passée et beaucoup de personnes ont voulu le voir. Les gens étaient déçus par sa taille, alors qu’elle était celle d’un poulain né tardivement. Sa masse musculaire n’était pas énorme car nous ne l’avions pas poussé. Beaucoup de gens étaient donc déçus, sans parvenir à se projeter sur l’avenir et l’évolution de ce poulain. Il n’a été vendu que 75.000 €  et c’est Paul Nataf qui l’a acheté, comme sa sœur auparavant. C’est aujourd’hui un très beau cheval et il produit des gagnants régulièrement. Son histoire est riche d’enseignements.

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT
Lot Sexe Père Mère
10 M. Dansili Paratonnerre
29 M.  Le Havre Sandbar
33 F. Free Eagle Serisia
86 M. Kingman Baine
183 M. Lope de Vega Perfect Day
194 F. Dabirsim Rainbows for All
204 M.  Wootton Bassett Sablonnière
311 M. Lope de Vega Hawaiian Heat
337 F. Wootton Bassett Meandra
341 M.  Kodiac Miss Spinamix
LES YEARLINGS DE LA v.2
Lot Sexe Père Mère
352 M. War Command Rajastani
467 F.  Acclamation Late Rosebud

Pile ou Face ! Nous avons soumis les éleveurs à une rafale de questions. Konbini a son Fast & Curious, Jour de Galop a son Pile ou Face : https://youtu.be/_KjlwDbnbkE