Lettre ouverte à Gérard Larrieu

Courses / 23.08.2018

Lettre ouverte à Gérard Larrieu

Par Geneviève Neveux

« Cher Monsieur,

C’est avec consternation que j’ai découvert votre post Facebook concernant les primes à l’éleveur pour les chevaux d’âge, inutilement provocateur sur la forme comme sur le fond. Et si vous avez cherché à tempérer et expliquer le sens de vos propos dans l’interview publiée dans Jour de Galop, je reste en profond désaccord avec vous sur plusieurs points, et ce pour plusieurs raisons.

Vous vous attaquez à la médiocrité que représentent pour vous les petits éleveurs attachés à leurs primes (qui n’existent qu’en France c’est vrai), mais sachez que tous les propriétaires et éleveurs, gros ou petits, y sont très attachés. Je me souviens d’avoir entendu le directeur des haras de Son Altesse l’Aga Khan regretter à l’époque que Zarkava** (Zamindar), née et élevée en Irlande, n’ait pas bénéficié des primes, ce qui représentait un gros manque à gagner. Leur politique d’élevage intègre donc nécessairement cette dimension, non essentielle peut-être mais importante, pour eux comme pour nous tous. Doit-on le leur reprocher ? 

Vous vous attaquez aussi aux "mauvais" chevaux de 6ans et plus qui feraient mieux de faire de la promenade, mais sachez que s’ils sont encore à l’entraînement à cet âge-là, c’est qu’ils ont une utilité, à tout le moins celle de motiver leurs propriétaires qui, même s’ils y sont un peu de leur poche, apprécient de voir courir et gagner ces vieux chevaux, qui en plus fournissent des pelotons conséquents et assurent une grande partie de la recette du PMU, et donc du financement des courses. Votre analyse concernant les enjeux sur les maidens comparé aux handicaps est certainement valable mais combien d’entre eux ne comptent que cinq, six ou sept partants, notamment en début d’année ou en dehors des meetings ?

En ce qui concerne les petits éleveurs, ce que vous semblez ne pas comprendre, c’est qu’ils font partie de l’écosystème des courses et assurent un débouché pour les juments et produits en surnombre ou de moindre qualité des grands élevages, qui seraient bien embarrassés s’ils n’avaient pas cette porte de sortie. À titre d’exemple, il se trouve que je vous ai acheté à l’amiable une jument en décembre, et je pense que vous étiez plutôt soulagé d’avoir trouvé un acheteur à l’époque, en tous cas votre consignataire l’était. Donc, petit, moyen ou gros, nous avons tous une utilité dans l’économie du système. Et pour qu’il y ait des grands (l’élite), il faut aussi des petits, et certains sont excellents à leur niveau mais ils ont besoin du soutien de l’Institution et des acteurs des courses, et non pas de leur ignorance ou de leur mépris.  

Un autre point qui me tient à cœur, vous citez en exemple plusieurs entités nouvellement créées et qui ont réussi. Je passe sur celles qui ont bénéficié de l’argent ou des structures familiales, ce serait un peu exagéré de dire qu’elles sont parties de rien mais pour les autres, je sais que la clé de leur réussite, au-delà de leur talent, est le fait qu’elles ont une clientèle fidèle mais qui se trouve être presque exclusivement anglaise ou irlandaise. Et pourquoi ces "étrangers" viennent-ils élever en France ? Pour les primes bien entendu. Je le sais d’autant mieux que dans mon petit haras où nous avons quatre clients, trois d’entre eux sont anglais. Et s’il n’y a que la France qui a des primes, sachez que sans cela, nous serions peu de choses, car nous n’avons pas la tradition hippique de nos voisins anglo-saxons et pourrions difficilement faire face à la compétition. Grâce à ce système nous sommes nombreux à pouvoir développer nos activités, embaucher et donc contribuer à l’économie de nos régions. Revers de la médaille, il y a de plus en plus de chevaux éligibles aux primes, mais c’est la contrepartie du développement de l’élevage sur le sol français, et c’était bien la vision qu’avaient ceux qui ont mis en place ce système, il y a de nombreuses années déjà…

Pour terminer sur les chevaux d’âge et le rétablissement de la prime à l’éleveur en ce qui les concerne, ce que nous demandons est simplement une question de cohérence. Si les éleveurs n’ont plus droit aux primes pour cette catégorie de chevaux, alors allons jusqu’au bout et supprimons aussi celle des propriétaires, ainsi que toutes les "mauvaises" courses pour vieux chevaux, et vous assisterez à une dégénérescence rapide du système car chacun, petit ou gros, au sommet ou au bas de l’échelle, a besoin des autres pour vivre.  

En vous souhaitant une aussi belle réussite comme éleveur que celle que vous avez comme courtier…

Bien à vous »