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À LA UNE - Dubawi, quand le rêve du cheikh Mohammed devient réalité

Élevage / 20.09.2018

À LA UNE - Dubawi, quand le rêve du cheikh Mohammed devient réalité

Ce week-end, la production de Dubawi a fait feu de tout bois. De la disparition tragique de son père, Dubai Millennium, à la montée en puissance de ses fils, nous vous proposons de revenir sur son histoire en dix dates clés.

Par Adrien Cugnasse

À l’image de la casaque Godolphin, les produits de Dubawi (Dubai Millennium) sont en grande forme. Les succès de Kitesurf (Prix Vermeille), Quorto (National Stakes), Brundtland (Prix Niel), Too Darn Hot (Champagne Stakes)… sont encore dans toutes les mémoires. Après Left Hand (Dubawi) et Bateel (Dubawi), Kitesurf offre à son père une troisième victoire successive dans le Qatar Prix Vermeille (Gr1). Nous avons consulté le palmarès de cette course jusqu’à l’édition 1940 : aucun étalon n’a réussi pareil exploit depuis cette date.

LES 10 DATES CLÉS DE L’HISTOIRE DE DUBAWI

24 mai 1998. En Europe du Nord, on a parfois tendance à ne pas prendre très au sérieux le programme de sélection italien. Pourtant, si on prend l’exemple des Oaks d’Italie, ces épreuves méritent une certaine considération. Cette course fut le début de l’explosion de Danedream (Lomitas) sur la scène internationale. Mais elle a aussi et surtout révélé une longue série de bonnes poulinières. En ne citant que les plus récentes, on peut penser à Guadalupe (Monsun), la mère de Guignol (Longines Grosser Preis von Baden, Gr1, Pastorius Grosser Preis von Bayern, Gr1, deux fois) et de Giuliani (Grosser Dallmayr-Preis, Gr1), Night of Magic (Peintre Célèbre), la génitrice de Nightlower (Preis von Europa, Gr1, deux fois), Bright Generation (Rainbow Quest), la deuxième mère de l’étalon du haras de Grandcamp Dabirsim (Qatar Prix Jean-Luc Lagardère & Darley Prix Morny, Grs1), High Hawk (Shirley Heights), la mère d’In the Wings (Grand Prix de Saint-Cloud, Coronation Cup & Breeders' Cup Turf, Grs1)… Mais le meilleur exemple remonte au quatrième dimanche du mois de mai 1998. Luca Cumani n’a jamais oublié ses origines milanaises et ce jour-là, Zomaradah (Deploy) lui a offert la première de ses deux victoires dans les Oaks d’Italie (Gr1 à l’époque). L’élève et représentante du cheikh Mohammed Obaid Al Maktoum a ensuite remporté les Royal Whip Stakes (Gr2) au Curragh, le Premio Lydia Tesio (Gr2) et les E.P. Taylor Stakes (Gr2) à Woodbine. Zomaradah était une très bonne pouliche, mais il lui manquait le changement de vitesse nécessaire pour atteindre les sommets. Un élément qui ne fut pas oublié au moment de son entrée au haras. Son premier produit n’est autre que Dubawi (Dubai Millennium).

28 octobre 1998. De la vitesse, Dubai Millennium (Seeking the Gold) en avait. Et même beaucoup. Celui qui était nommé Yaazer à l’âge de 2ans s’annonçait comme un poulain exceptionnel. Lors de ses débuts, le 28 octobre 1998 à Yarmouth, il avait fait forte impression, si bien que le journaliste du Racing Post présent avait écrit : « Yaazer a tout simplement détruit l’opposition. » Son entraîneur, David Loder, suggéra qu’on lui donne un nouveau nom, à la hauteur de ses impressionnantes capacités. C’est ainsi que le cheikh Mohammed décida de le renommer Dubai Millennium, avec l’ambition de remporter l’édition 2000 de la Dubai World Cup (Gr1). Et c’est effectivement ce qu'il s’est passé le 25 mars 2000 à Nad Al Sheba ! À 3ans, sous la férule de Saeed bin Suroor, Dubai Millennium a remporté les Queen Elizabeth II Stakes (Gr1), de six longueurs, ainsi que le Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois (Gr1). Son seul véritable échec fut le Derby d’Epsom (Gr1) où, comme la plupart des produits de Seeking the Gold (Mr Prospector), il a prouvé qu’il ne tenait pas. À 4ans, son succès de huit longueurs dans les Prince of Wales's Stakes (Gr1), la dernière sortie de sa carrière, restera comme sa plus belle performance sur le vieux Continent. Le cheikh Mohammed a toujours dit que Dubai Millennium était le cheval d’une vie. Timeform le crédita d’un rating de 140, le huitième meilleur de tous les temps. On n’avait plus vu cela depuis Dancing Brave (Lyhard). La marge de ses victoires impressionnait, au point qu’un duel face à Montjeu (Sadler’s Wells), avec six millions de dollars à la clé, fut évoqué. Cet hypothétique match au sommet aurait certainement été difficile à mettre en place, les deux champions affectionnant des distances très différentes. L’idée fut d’autant plus vite balayée que Dubai Millennium s’accidenta. Direction le haras. Dans sa célèbre rubrique "World of Breeding", Tony Morris confiait alors à ses lecteurs : « À quel point Dubai Millennium était-il bon ? Nous ne le saurons jamais car aucun cheval n’a réussi à le faire galoper sur 1.600m et 2.000m. »

30 avril 2001. Malheureusement, Dubai Millennium n’aura eu le temps de saillir que 82 des 100 juments qui lui étaient promises, au tarif de 100.000 £. En avril 2001, gravement malade, on lui diagnostiqua la maladie de l'herbe. Problème, le cheval n’allait jamais au paddock. Toutes les pistes furent explorées, en allant même rechercher dans la littérature des cas détectés chez des chevaux travaillant dans les mines. En vain. Il fut euthanasié le 30 avril 2001. Le désarroi dans son entourage fut énorme. Sa disparition causa par ailleurs la deuxième plus grosse perte de l’histoire des assurances équines outre-Manche, avec un trou de 30 millions de livres à combler. Le cheikh Mohammed décida alors de racheter un maximum de produits et de juments pleines de son étalon. L’aura du cheval était telle qu’il fut même au centre d’un fait divers assez incroyable. Son frère utérin Dubai Excellence (Highest Honor), lauréat d’une course à Chepstow, fut exporté en Australie où il avait réussi à attirer 80 juments grâce à la renommée de son illustre aîné. Mais son modèle intriguait et, rapidement, il fut scientifiquement prouvé que Dubai Excellence n’était pas celui que l’on croyait. Les Australiens d’Evergreen Stud avaient en effet reçu un certain Samooj. Le vrai Dubai Excellence se trouvait au même moment en Ukraine… Après la mort de Dubai Millennium, Tony Morris écrivait dans les colonnes du Racing Post : « L’étude de l’histoire des courses atteste du fait que les meilleurs ne produisent jamais un cheval aussi bon qu’eux. » Même les experts peuvent se tromper. Car dans l’unique génération de Dubai Millennium, on trouvait sept black types, dont un champion, Dubawi.

21 mai 2005. Pour prendre la défense de Tony Morris, on peut tout de même dire que le palmarès de Dubawi n’est pas au niveau de celui de son père. Mais tout de même, c’était un remarquable cheval de course. Lauréat des National Stakes (Gr1) à 2ans, le pensionnaire de Saeed bin Suroor échoua dans les 2.000 Guinées (Gr1) de Footstepsinthesand (Giant’s Causeway). Cette épreuve s’était courue en bon terrain. De retour sur une piste moins légère, Dubawi remporta haut la main les 2.000 Guinées d’Irlande (Gr1), le 21 mai 2005. Lanfranco Dettori a monté Dubawi lors de deux de ses trois succès de Gr1. Il a récemment confié à Franco Raimondi : « Sa victoire dans les Guinées en Irlande est un moment à part. C’était l’époque de la rivalité Godolphin vs Coolmore, avec Kieren Fallon en selle sur Oratorio (Irish Champion Stakes, Coral Eclipse Stakes & Prix Jean-Luc Lagardère, Grs1). Kieren était un vrai diable. Quand il commençait à envoyer ses chevaux, il sifflait. Dubawi allait facilement. Mais ils étaient derrière nous, j’entendais le sifflement de Kieren… Je n’ai jamais su s’il cherchait à m’induire en erreur, ou s’il avait vraiment commencé à solliciter son cheval. Toujours est-il que nous ne les avons revus qu’après le poteau. Je ne sais pas si Dubawi a fait sa meilleure valeur au Curragh ou dans le Prix Jacques Le Marois. À Deauville, j’avais dû renoncer à le monter suite à une fracture. »

14 août 2005. À Epsom, par manque de tenue, Dubawi termina troisième du Derby (Gr1) de Motivator (Montjeu). Dubai Millennium n’était pas le seul fautif dans son incapacité à tenir les 2.400m. Bien qu’ayant des éléments de tenue dans son pedigree, sa mère, Zomaradah, avait montré que les 2.200m des Oaks d’Italie étaient le bout du monde pour elle. De retour sur 1.600m, le 14 août 2005, Dubawi domina avec style une grande édition du Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard-Jacques Le Marois (Gr1). Cette édition était très supérieure à celle que son père avait remportée. Dubawi dominait notamment le tenant du titre, Whipper (Miesque’s Son), et la quintuple lauréate de Gr1 Divine Proportions (Kingmambo), dont il s’agit de la seule défaite. Dubawi était-il un pur miler ? À ce sujet, Lanfranco Dettori explique : « Après son succès du Curragh, il a couru le Derby. C’était un saut dans l’inconnu et nous avions décidé de le monter comme un cheval qui tenait. Je pense qu’il était le meilleur cheval de la course, et dans le Derby, on ne peut pas courir battu. En fait, la tenue était le seul point d’interrogation de sa candidature. Il est venu facilement et, pendant un instant, j’ai cru que nous allions gagner. Mais il a craqué pour finir, il était vraiment fatigué. Ceci étant dit, dit je pense qu’il était un de ces miler capables d’aller jusqu’à 2.000m. Il n’a jamais couru sur cette distance, cela restera donc une supposition. Mais dans le Derby, à 400m du poteau, il faisait figure de possible gagnant. »    

27 mai 2009. Dubawi est entré à Dalham Hall Stud en 2006, à l’endroit même où son père officiait précédemment. Ses débuts au haras furent difficiles. Benoît Jeffroy était alors le représentant de Darley en France. Au mois de mars, il nous a confié : « Certains cracks ont sailli une jumenterie d’exception et pourtant ils ont échoué au haras. À l’inverse, lorsque Dubawi est arrivé sur le marché, je travaillais pour Darley. J’avais toutes les peines du monde à vendre ses saillies. Personne n’en voulait, malgré ses performances, car il ne plaisait pas physiquement. Mais Dubawi était vraiment améliorateur et il est sorti grâce à la qualité sa production. » Boudé par le marché, Dubawi n’était pas à la mode. Son prix de saillie fut baissé à 15.000 £ en 2009. On lui reprochait de produire des petits chevaux, ronds, qui ne marchaient pas suffisamment bien. Une possible exportation au Japon fut même évoquée. Mais le cheikh Mohammed et son frère, le cheikh Mohammed Obaid Al Maktoum, ne pouvaient pas se résoudre à vendre l’un des deux seuls fils de Dubai Millennium au haras. Leur patience a payé. Et la lumière est venue de France. Plus précisément de Marseille-Borély. Le 27 mai 2009, Dubai Story (Dubawi) s’imposait dans le Prix Vincent, sous la férule de Patrick Khozian. Cet élève de Julian Ince, Heiko Volz et Paul Hutching restera dans les annales comme le premier vainqueur de son père. Il fut surtout la première étincelle d’un véritable feu d’artifice car, comme nous l’expliquait récemment Sam Bullard, directeur de l'étalonnage à Darley : « Sa première production comptait plus de gagnants de Groupe que celle de n’importe quel étalon depuis la création du Pattern. La vérité réside sur les champs de course. Il est courant qu’un étalon connaisse une baisse de son prix de saillie en deuxième, troisième ou quatrième saison. Notre but est d’élever des chevaux de course. Ils ne sont pas toujours les plus populaires aux ventes, car d’autres facteurs entrent en jeu dans le jugement des acheteurs. Comme son père, Dubawi transmet son courage et sa volonté de vaincre. »

1er août 2014. Forte de 118 poulains, la première génération de Dubawi comprenait 15 lauréats de courses black types, dont six au meilleur niveau : Makfi (2.000 Guinées et Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois, Grs1), Poet’s Voice (Queen Elizabeth II Stakes, Gr1), Monterosso (Dubai World Cup, Gr1), Lucky Nine (Hong Kong Sprint, Sha Tin & Kris Flyer International Sprint, deux fois, Grs1), Dubawi Heights (Gamely Stakes & Yellow Ribbon Stakes, Grs1) et Prince Bishop (Al Maktoum Challenge Round 3 & Dubai World Cup, Grs1). Le 1er août 2014, en s’imposant dans les Thoroughbred Stakes (Gr3), Wannabe Yours (Dubawi) est devenu le cinquantième gagnant de Groupe individuel de son père. L’étalon de Dalham Hall Stud a atteint ce cap en 2.038 jours. Aucun autre sire n’avait été aussi vite. Sam Bullard nous a expliqué : « On dit souvent que les bons chevaux vont dans tous les terrains. C’est certainement aussi le cas pour les bons étalons. Les produits de Dubawi s’adaptent à toutes les pistes. Ils héritent de son tempérament exceptionnel et les femelles réussissent aussi bien que les males. Avec 16 % de lauréats black types et 11 % de gagnants de Groupe parmi ses partants, les chiffres attestent du fait que Dubawi est un étalon exceptionnel. »

LES CINQ ÉTALONS AYANT LE PLUS RAPIDEMENT DONNÉ 50 GAGNANTS INDIVIDUELS DE GROUPE

Étalon                                Date en jour

Dubawi                              2.038

Danehill                             2.191

Galileo                               2.317

Giant’s Causeway             2.683

Montjeu                             2.768

18 août 2013. Ayant prouvé qu’il était capable de produire des chevaux de haut niveau sur toutes les distances, avec un pourcentage de réussite impressionnant, Dubawi n’a pas tardé à retrouver les faveurs du marché. À ce jour, 26 yearlings ont dépassé le cap psychologique du million (en euros, en dollars ou en Gns). Cette barre a été franchie pour la première fois à Deauville, le 18 août 2013. Le lot 163, présenté par Coulonces Consignment, avait fait monter les enchères jusqu’à 1,5 million d’euros. Le bon avait été signé par James Harron Bloodstock. Logiquement, le harem de Dubawi a beaucoup évolué depuis ses débuts. Sam Bullard précise à ce sujet : « La qualité des juments qu’il saillit actuellement est tout à fait remarquable. Les juments de ce niveau méritent les plus grands égards et l’étalon doit être suffisamment disponible pour pouvoir les saillir au moment idéal. C’est la raison pour laquelle il ne saillit pas des books illimités. Pour qu’il reste au sommet, ses propriétaires sont très attentifs à la qualité des poulinière qu’on lui confie. Dubawi a actuellement 289 foals et yearlings à l’élevage, 68 sont issus de gagnantes de Gr1 et 39 d’une jument ayant déjà produit à ce niveau. C’est un étalon facile à croiser car sa production est polyvalente. Les meilleurs éleveurs savent choisir les juments à lui confier. C’est un remarquable outcross à la lignée de Northern Dancer. On peut leur envoyer des juments étendues, avec de la taille. Parmi les très bons Dubawi, on trouve tous types de tailles et de conformations. »

10 mai 2015. On dénombre à travers le monde pas moins de 20 fils de Dubawi au haras, dont quatre en France : Hunter’s Light (haras du Logis), Red Dubawi (haras de la Croix Sonnet), Waldpark (European Bloodstock Management) et Zarak** (Aga Khan Studs). En s’imposant dans la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), Make Believe (Makfi) a offert un premier Gr1 et un premier classique à un fils de Dubawi. Poet’s Voice (Dubawi) a donné trois classiques, Poetic Dream (2.000 Guinées allemandes), Sand Zabeel (Oaks d’Italie) et Summer Festival (Derby italien). En 2018, son fer de lance n’est autre que Poet's Word (King George VI & Queen Elizabeth Stakes, Prince of Wales's Stakes, Grs1). Sam Bullard nous a dit : « Dubawi a plusieurs fils très prometteurs au haras, dont le lauréat des Guinées Night of Thunder. Nous sommes aussi très heureux du bon accueil de Postponed par les éleveurs. En France, les éleveurs ont une belle opportunité avec Hunter’s Light. C’était un très bon cheval de course. Proposé à un tarif très attractif, ses premiers produits sont très prometteurs. » Dubawi s’affirme aussi en tant que père de mère, avec notamment Tantheem (Prix de Cabourg, Prix de Meautry & Qatar Prix du Petit Couvert, Grs3), Hey Gaman (deuxième de The Emirates Poule d'Essai des Poulains, Gr1), Comedy (Darley Prix de Cabourg, Gr3), Blair House (Emirates Airline Jebel Hatta, Gr1), Royal Julius (Premio Presidente della Repubblica, Gr2)...

5 juillet 2018. À l’image de Makfi, exporté au Japon, les fils de Dubawi partent à la conquête du monde. Au début du mois de juillet, l’arrivée d’Erupt (Dubawi) en Afrique du Sud a été officialisée. Ce lauréat du Juddmonte Grand Prix de Paris en 2015 et du Canadian International (Grs1), effectuera ses débuts au haras en Afrique du Sud, chez Main Chance Farm, cette saison…